16.05.2008

Les idées politiques sous la Révolution française (5/8)

295629914.jpgII - 1793, la phase jacobine 

 

b) Une phase de l'égalité ? 

L'égalité semble un principe fondamental de la période. Contrairement à celle de 1789, la Déclaration de 1793 en fait un droit naturel. Elle en fait même le premier. L'égalité civile et politique est approfondie : « tous les citoyens sont également admissibles aux emplois publics ». La souveraineté exprimée par cette Déclaration annonce aussi une plus grande égalité. Elle est toujours nationale mais réside dans le peuple. Le suffrage est donc universel. L'égalité politique est presque complète, même si le fait que ce suffrage est indirect apporte une nuance. Ne reste que l'inégalité entre représentant et représentés. Inspirés par Rousseau, les constituants montagnards ont cherché à avancer dans le sens de la démocratie directe. C'est notamment l'instauration du référendum. Mais là encore, ce principe est suspendu face aux dangers.

L'égalité de 1793 tend aussi à se rapprocher d'une égalité matérielle. La Déclaration insiste sur les droits sociaux des individus.« La société doit la subsistance aux citoyens malheureux ». Alors même que l'égalité politique est mise en sommeil avec la Constitution, l'égalité matérielle progresse. La Convention décrète l'égalité successorale, le partage des biens communaux, prévoit un système d'assistance. Si la propriété dans son principe n'est pas directement menacée, sa définition évolue : pour Robespierre, elle est la manifestation du droit d'exister et « tout ce qui est indispensable pour conserver la vie est une propriété commune à la société entière ». Il estime que la contrainte est nécessaire pour arriver à cet objectif, il faut forcer le riche « à être honnête » afin qu'il soulage et « honore » le pauvre. C'est même une contrainte permanente qui est nécessaire, pour lutter contre la pente naturellement antisociale du riche.  C'est une vision de l'égalité nouvelle par rapport à 1789. Elle ne sanctionne plus le mérite, elle devient une vertu à inculquer et travailler. La prééminence de l'égalité dans la phase jacobine est à nuancer. Affirmée en politique, elle est suspendue de fait. Et l'enthousiasme des jacobins pour l'égalité matérielle ne les empêche pas de réprimer l'agitation populaire des « enragés » qui réclament des mesures immédiates dans ce domaine.

La situation économique tendue entraîne une hausse des prix, ce qui suscite de violents mouvements de protestations populaires. Ils font d'importantes réclamations sur le terrain social. Une formule de Jacques Roux résume ainsi les idées de ces « enragés ». « La liberté n'est qu'un vain fantôme quand une classe d'hommes peut affamer l'autre impunément. L'égalité n'est qu'un vain fantôme quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort sur son semblable ». Ils mettent en avant la nécessité d'une égalité matérielle. C'est elle qui conditionne la liberté. On n'est pas libre s'ils ont dépend d'un autre pour subvenir à ses besoins. Cette idée est parfois mise en pratique de manière radicale au gré de l'agitation. Des épiceries sont pillées au nom d'une restitution au peuple, on s'acharne contre les marques de distinction sociale. Pour certains, l'égalité devient identité : tout doit être pareil pour tous. Cependant, les « enragés » sont dans l'agitation, ils ne théorisent pas et n'ont pas de revendication concrète en termes d'organisation politique. De plus, leurs principales figures se querellent. Ils sont importants en ce qu'ils préfigurent un peu les idées de Babeuf et surtout parce qu'ils maintiennent une pression constante sur le gouvernement révolutionnaire qui parfois réprime, parfois fait un geste dans leur direction.

13.05.2008

Limiter les salaires ?

que_les_gros_salaires_1982.jpgLimiter les salaires. Vraiment, pas qu'un peu. Voilà une proposition qui peut paraître déplacée quand on ne parle que d'augmenter le pouvoir d'achat. Pourtant ce n'est peut-être qu'une manière radicale de poser le problème des inégalités de revenus. C'est en tout cas une idée qui me semble très rarement débattue. Je ne l'ai vue posée qu'une fois : dans le numéro de février de la Décroissance (débat entre Besancenot, Geneviève Adam d'ATTAC et Pierre Khalfa de Solidaires). C'est d'ailleurs en le refeuilletant que m'est venue l'idée de ce billet.
 
 
Quels seraient les avantages d'une limitation des salaires ? Ou plutôt d'une limitation des revenus, les revenus du patrimoine étant plus élevés que les revenus des salaires chez les plus riches.
 
Un avantage social d'abord : à une richesse donnée, l'existence de très haut revenus n'est possible que parce que d'autres sont ridicules. Décider d'une telle mesure s'accompagne donc d'un salaire minimum supérieur à l'actuel SMIC (voire un revenu minimum garanti bien supérieur au SMIC) Limiter les revenus pose la question de la méthode et de la destination des sommes dégagés. Si c'est par l'impôt qu'on créé cette limitation, voilà qui peut entraîner des ressources permettant de développer vraiment des services publics efficaces et gratuits. Par exemple. Une telle mesure me semble également pouvoir se conjuguer avec une diminution du temps de travail.
 
Avantage écologique peut-être. C'est notre mode de consommation qui est en cause face à la crise écologique. Limiter les revenus, c'est limiter les comportements excessifs d'une infime minorité. C'est surtout limiter les comportements d'une part de la population, conséquente cette fois, qu'on fait rêver avec les frasques de cette infime minorité. Et qui, par mimétisme, consomme des ersatz de luxes, encore plus mauvais écologiquement.
 
Un élément philosophique me semble également fondamental. On parle d'égalité, même à droite avec "l'égalité des chances", on parle d'individus, on parle de mérite, de "valeur travail". Y aurait-il des individus qui "valent" 10, 50, 100 fois d'autres individus ; des individus dont le travail mérite une récompense 10, 50, 100 fois supérieure à celle d'un autre ? Bernard Arnault a gagné 27 000 années de SMIC en 2006. 27 000. Comment peut-on justifier ça ?
Dans le même registre, ce serait finalement diminuer l'emprise du marché sur les conditions d'existences des êtres humains : on ne fixerait plus la valeur d'un être humain uniquement à la faveur de l'offre et la demande...
 
 
Alors évidemment je suis conscient que d'importantes limites s'opposent à une telle mesure. Je ne suis d'ailleurs pas convaincu qu'elle soit désirable, je reste à persuader, dans un sens comme dans l'autre. Par quelle méthode : limite stricte, impôt énorme au dessus d'un seuil... ? Comment définir ce seuil ? Je me doute aussi que notre chère Union Européenne ne nous le permettrait pas... ce qui ne me semble pas empêcher le débat. En gros, je n'ai aucune idée de la manière dont on peut caler économiquement une telle idée... mais elle me semble être une piste intéressante de discussion.

11.05.2008

Pourquoi j'ai adhéré au PS

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Cette fois, je parle de moi. Et de mon très récent engagement au sein du Parti Socialiste. Cela surprendra certains qui me connaissent. Car oui, je suis un putain de gauchiste. J'ai voté Besancenot l'an dernier, en hésitant avec Bové. J'ai bloqué ma fac deux fois en trois ans. Je suis abonné à Politis et au Monde Diplomatique. Et je n'ai jamais hésité à taper sur le PS, que ce soit vis-à-vis des nombreuses ambigüités de la campagne de Ségo ou sur la position de faux-cul du PS lors de la modif de la constitution de février dernier, préalable au traité de Lisbonne.

Alors quoi ? Ca y est à 21 ans j’ai appris à retourner ma veste ? Pas vraiment. D’où m’est venue la décision d’adhérer au Parti Socialiste ? Au départ, il y a une envie de réflexion politique, qui me pousse rapidement à vouloir m’engager plus en avant. Mon premier engagement (hors les combats sectoriels universitaires) est celui de la campagne municipale. La démarche comme le projet de la liste d’union de la gauche sur Hérouville, menée par le socialiste Emmanuel Renard, m’avaient séduits. Sur le terrain comme sur ce blog j’ai apporté ma modeste contribution. Premier contact concret et personnel avec le Parti Socialiste. Première défaite aussi. Car la droite conserve la mairie. Déception, à la fois par la réélection de Rodolphe Thomas et par la défaite d’un projet municipal qui me semblait tout simplement bon.  Cette défaite me donne envie de participer à construire une alternative localement. Ce qui rejoint mon envie plus générale d’un engagement durable.

Deux pistes me semblent possibles : le PS ou plus à gauche. Plus à gauche ? Le PCF… hmmm ! LO… pareil. Reste la LCR, ou plutôt le futur-nouveau parti anticapitaliste. Autant dire tout de suite que je ne suis pas convaincu du tout par la démarche d’Olivier Besancenot et de la direction de la LCR. Construire un grand parti de gauche alternatif au PS, ok. Surtout si ce dernier continue à dériver vers le Modem. En s’adressant directement à la base, pourquoi pas. Mais sans parler en même temps au PCF et à LO, sans chercher à travailler avec les forces éparses des « collectifs antilibéraux »… ? Tout ça me semble de mauvais augure. S’il ne s’agit que d’agrandir la LCR, très peu pour moi. D’autant plus que je crains que tout cela ne finisse tout simplement en un « parti d’Olivier » (personnalisation qui se confirme avec son passage chez Drucker aujourd’hui même…). Bref, je ne crois pas qu’on ait là une initiative crédible pour construire une alternative à l’UMP.

Du coup, il n’y a aujourd’hui qu’un parti qui puisse espérer faire bouger les choses, le Parti Socialiste. Je ne suis bien sûr pas enthousiaste devant ce qu’est le PS. Je regrette comme beaucoup la lutte d’égo qu’il offre en spectacle à des journalistes qui n’attendent que ça. J’ai d’ailleurs déjà expliqué quel était mon souhait pour le PS, celui d’un Parti qui soit avant tout un lieu de réflexion en même temps qu’un outil massif de popularisation (bon ok, de propagande…). Je me fais sûrement quelques illusions sur ce que peut encore devenir ce parti. Certes. Mais c’était ça ou rien. Et finalement deux choses ont présidé à ma décision : d’abord cette campagne municipale qui m’a convaincue que je devais m’engager localement et que le meilleur cadre à Hérouville y était le PS ; ensuite, la perspective du Congrès de novembre qui devra être un moment fondamental pour relancer enfin une dynamique à gauche.

J’ai donc payé mes 20 euros de primo-adhérent. C’est fait. Pourtant je ne me sens pas complètement lié. Je participe bien sûr activement à la vie de ma section dont je dois un de ces jours refaire le site web (et oui, il y a du boulot...). Mais si le Congrès me déçoit, je me sentirais tout à fait libre de ne pas renouveler mon adhésion. Si je me suis trompé sur le pari de Besancenot, je reverrais aussi peut-être ma position. Et si les candidats ou programmes socialistes aux prochaines échéances (je pense notamment aux européennes ou il pourrait bien y avoir quelques divergences…)me déçoivent, rien ne m’engage à voter pour le PS, sans nécessairement rendre ma carte... En attendant, contrairement à certains qui me reprocheront d’être allé dans un parti « de droite » (…), je ne resterai pas les bras croisés.

10.05.2008

Cotiser 41 ans, "there is no alternative ?"

bertrand.jpgVoilà. Xavier Bertrand l'a dit et l'impose (il négocie mais annonce déjà le mot de la fin...), il faudra désormais avoir cotisé 41 ans pour obtenir une retraite à pension complète. Un argument de bon sens semble présider à un telle évolution : l'espérance de vie ne cesse de s'allonger, alors pourquoi ne pas travailler plus longtemps ? Revient aussi l'éternelle comparaison avec nos voisins : si d'autres pays l'ont fait, pourquoi se priver de ce progrès ? Et enfin, l'incontournable depuis Margaret Thatcher : il n'y a pas d'autre solution, "there is no alternative". Vraiment ?

 

D'abord, il faut souligner les limites d'une telle évolution. En effet, telle que tourne aujourd'hui la société française, le passage à 41 ans risque surtout d'être une baisse des pensions. D'une part parce que, les études s'allongeant, on entre de plus en plus tard sur le marché du travail ; d'autre part, et surtout, parce que le taux "d'emploi des seniors" n'est aujourd'hui que de 38%, quand bien même l'âge légal de départ à la retraite est de 60 ans, après 40 années de cotisation. Ce qui signifie qu'il y a déjà aujourd'hui un nombre considérable de travailleurs qui atteindront la retraite sans pension complète. Avec l'évolution voulue par Xavier Bertrand, ils seront plus nombreux et leurs pensions seront moins complètes. Evidemment, le ministre n'oublie pas de dire que faire évoluer cette situation est une de ses priorités. Reste qu'il n'explique pas vraiment comment il le fera, et qu'en l'état actuel des choses, sa réforme sera avant tout celle d'une baisse des pensions. N'aurait-il pas d'abord dû faire augmenter le travail des seniors avant d'allonger la durée de cotisation ?

Autre point : cet allongement "brut" à 41 ans ne prend pas en compte une donnée essentielle : l'influence de la pénibilité de l'emploi sur l'espérance de vie. Aujourd'hui l'espérance de vie d'un ouvrier est, de mémoire, d'environ 10 ans plus courte que celle d'un cadre. Si on prend l'argument principal de notre ministre - on vit plus longtemps alors travaillons plus longtemps - l'ouvrier devrait cotiser quelques années de moins que son supérieur.

Un dernier argument, moins concret, plus philosophique peut également s'opposer à cet allongement. Le progrès scientifique avance depuis des siècles dans le sens d'une augmentation de la productivité. N'est-il pas alors concevable de vouloir profiter de nos vies plus longues pour travailler proportionnellement moins tout en produisant plus ? Surtout que l'urgence écologique devrait nous rappeler l'absurdité de toujours vouloir produire plus.

 

Bien. Mais si malgré tous ces défauts, allonger la durée de cotisation est la seule solution pour sauvegarder notre régime de retraite par répartition, comment s'y opposer ? There is no alternative ? Il semble pourtant que oui, d'autres solutions existent, qui font que cette réforme n'est pas LA solution. Pour atteindre l'équilibre, le système des retraites peut donc augmenter la durée de cotisation, on vient d'en voir les inconvénients, augmenter le taux de cotisation, avec des répercussions sur les salaires et sur l'emploi, ou diversifier les sources de revenus. Dans cette dernière optique je voudrais signaler plusieurs pistes.

Une piste régulièrement évoquée est celle proposée par l'éternel gauchiste qu'est Philippe Seguin, premier président de la Cour des Comptes. Il a en effet pondu un rapport dans lequel il estime qu'en taxant les revenus autres que les salaires, et notamment les stock-options, on pourrait en tirer 6 milliards d'euros.

De son côté, Benoît Hamon propose ce qu'il appelle une "cotisation sur la valeur ajoutée". Principe relativement simple : plutôt que de faire payer les cotisations patronales en fonction du nombre de salariés (ce qui encourage par exemple à remplacer des emplois par des machines), il s'agirait de les calculer en fonction des bénéfices de l'entreprise.

Il existe encore près de 30 milliards d'euros d'exonération de cotisation sociale en faveur des employeurs. Certaines ont des effets bénéfiques sur l'emploi ou autre. D'autres moins. Faisons-en un inventaire exhaustif pour évaluer celles qui n'ont sont pas réellement utiles... et supprimons les.

Dernière piste que je soumet pour l'instant : les Français ont placé en gros 1000 milliards d'euros en assurance-vie. 1000 milliards. On en déplace 1% vers les retraites, ça fait 10 milliards... en combinant avec les pistes proposées au dessus, c'est bien plus que ce qu'il faut.

 

Bref. Dans l'absolu, je ne suis pas encore fixé sur l'idée de savoir si l'allongement de la vie doit se traduire par un allongement du travail. Même si je suis sensible à l'idée qu'on n'est pas sur terre que pour travailler. Mais ce qui est certain, c'est qu'une telle réforme ne devrait pas avoir lieu avant qu'on ait réglé la question du chômage des seniors et elle ne doit pas être conçue de manière uniforme, sans prendre en compte la diversité des situations. Et avant d'en arriver là, je crois qu'il y a un certain nombres de pistes à exploiter. J'en ai cité quelques unes, il y en a sûrement d'autres... Il n'y a pas UNE solution miracle, mais plusieurs ressources à exploiter conjointement.

 

06.05.2008

Les idées politiques sous la Révolution française (4/8)

image?id=45929&rendTypeId=4II - 1793, la phase jacobine

 

On regarde parfois la période jacobine comme le négatif de la période précédente, une opposition dont les termes évoluent souvent selon les penchants politiques. Une phase de l'égalité contre une phase de la liberté, une sociale contre une bourgeoise ou une mauvaise contre une bonne. Il existe tout de même quelques éléments de continuité entre 1789 et 1793. Il faut notamment se rappeler que la plupart des hommes de 93 étaient aussi des hommes de 89 (Girondins aussi bien que Montagnards). Leurs idées ont pu évoluer bien sûr, mais c'est aussi les circonstances et les rapports de force qui ont changé. Maintenant que l'Ancien Régime est mort, il faut gouverner et se battre.

a) La patrie en danger

Le 20 avril 1792, la Législative vote la guerre. Le 11 juillet, sous la menace prussienne, elle décrète la « patrie en danger ». Le 10 août, une émeute populaire entraîne la suspension du roi, et la Législative décide sa dissolution avant la réunion prochaine d'une Convention, qui aura pour rôle de donner une nouvelle constitution à la France. Les institutions créées l'année précédente n'ont pas résisté au poids des circonstances.

Cela pose des problèmes par rapport aux principes exprimés depuis 1789. N'est-ce pas une portion du peuple qui vient de remettre en cause la volonté générale, exprimée par l'adoption de la Constitution de 1791 et les élections à la Législative ? N'a-ton pas divisé la souveraineté nationale indivisible ?

Malgré la victoire de Valmy le 20 septembre et la proclamation de la République le 22 septembre, les dangers sont toujours présents et la Révolution se radicalise. Louis XVI est condamné à mort et exécuté le 21 janvier 1793, puis les Jacobins deviennent maîtres de la Convention.  La Constitution à peine votée est suspendue, « jusqu'à la paix » (Saint Just). La volonté de sauvegarder le salut public avait déjà entraîné quelques aménagements des principes entre 1789 et 1792. Désormais, ce sont vraiment les circonstances qui dictent l'action de la Convention. Un gouvernement révolutionnaire est mis en place avec mission de «  fonder la République » affirme Robespierre. Dès lors, le thème de la « patrie en danger » a des implications sur la plupart des idées politiques.

La nation est réduite, excluant les ennemis de la Révolution. Ce n'est pas tout à fait nouveau puisque les émigrés étaient déjà condamnés sous la Constituante. Mais cette opposition entre la nation et ses ennemis prend une place infiniment plus importante. Tout le monde est désormais suspect et plus seulement les anciens privilégiés. La répression s'étend jusque dans le camp même des jacobins avec l'exécution, par exemple, de Danton. Théoriquement, c'est toujours la volonté générale de la nation qui s'impose, mais la nation n'est pendant ces deux années qu'une partie de la France.

La journée du 10 août 1792 a une autre conséquence sur la nation. Le peuple a renversé la représentation, il est désormais le garant du respect de la nation par les représentants. Les sans-culottes obligent ainsi les députés à prendre en compte les aspirations populaires. Mais c'est encore une entorse au principe d'indivisibilité de la souveraineté, car les sans-culottes ne sont qu'eux-mêmes. Et cela remet en cause l'autonomie des représentants, menacés par une volonté particulière.

La liberté semble sacrifiée sur l'autel de la nécessité révolutionnaire. Dans la nation assiégée, un intérêt personnel contraire à l'intérêt général n'est plus égoïsme, mais trahison, crime contre le peuple. Cependant, elle n'est pas oubliée. C'est au nom de la liberté que se bat Robespierre : la Révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis. Mais cette liberté est conditionnée à une action vertueuse. Elle est toujours un droit naturel dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1793, et le rôle de la Constitution est toujours de garantir les droits naturels. Ce principe de 1789 est toujours présent, suspendu à l'achèvement de la Révolution. Quand elle sera victorieuse, la liberté s'imposera : « la Constitution est le régime de la liberté victorieuse et paisible » selon Robespierre.

Comme 1789, la phase jacobine se fonde sur des droits naturels. Mais la hiérarchie n'est pas la même : l'égalité devant la liberté et surtout devant la propriété. Il y a donc une différence sensible sur ce point. Et surtout, la phase jacobine est marquée par une relégation des droits naturels le temps de fonder la République.

04.05.2008

Intermède musical (presque pas politique...)

doc-349.jpgLe vieux Pen en a remis une couche. Qu'est ce que ça m'inspire... pas grand chose. S'il y avait pas ce magnifique groupe dont je serais nostalgique si j'étais moins jeune, j'en aurais même pas causé. Pour rebondir sur l'actu entre chaque repas, je laisse faire Nicolas J, il fait ça très bien. Mais bon... pour placer un clip des Béru, je peux oublier un peu la Révolution française cinq minutes quoi.

Bon, on m'a devancé. Deux fois. J'voulais juste mettre un bout de la chanson Porcherie, Marc a trouvé un joli clip pour aller avec, mais le son est pourri. Alors je mets les deux. 

 

 

 

 

Pensez à monter le son, surtout si votre voisin est borgne ! 

 

 

 

02.05.2008

Les idées politiques sous la Révolution française (3/8)

Mirabeau-DreuxBreze.JPGI - 1789, la phase libérale

 

b) Nation et souverainété

Dès la première heure la Révolution française s'inscrit dans le cadre de la nation.  Le premier acte révolutionnaire est la transformation des Etats Généraux en Assemblée Nationale. L'auteur de la proposition est Sieyès et c'est sa vision de la nation qui prévaut en 1789. C'est un thème qu'il avait mis en avant en janvier 1789 dans son texte « Qu'est ce que le Tiers Etat ? ». Il définit la nation comme « un corps d'associés vivant sous une loi commune et représentés par la même législature ». Ce n'est plus la nation des parlementaires de l'Ancien Régime qui voyaient dans leur consentement à la loi le consentement de la nation ; ce n'est pas non plus la nation ordonnée des Etats Généraux.  Et on est encore plus loin de Louis XIV qui affirmait que « la nation réside toute entière dans la personne du roi ». Pour Sieyès, la nation c'est le Tiers-Etats. Il a pour lui le nombre. Sont ainsi exclus les privilégiés, encombrés d'un héritage historique de titres. Mais avec l'abolition des privilèges, cette distinction même s'efface : la nation est le corps des citoyens égaux devant la loi. C'est la nation de Rousseau, celle qu'il met en avant dans son « Projet de constitution pour la Corse » où il fait appel à un serment civique qui doit faire du citoyen un élément de la nation.

A cette Nation, la Révolution offre la souveraineté dont est privé le monarque de droit divin. C'est l'article 3 de la Déclaration,« le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation ». En la dotant d'une volonté, les Constituants ont fait appel à la volonté générale de Rousseau, mais en la transformant considérablement. Avec la Constitution de 1792, cette volonté est exprimée par des représentants élus par au suffrage censitaire. Pour Sieyès, qui s'éloigne de certains points de « Qu'est ce que le Tiers-Etat », la volonté nationale ne peut s'exprimer que dans la discussion entre les députés de la nation. Elle n'est pas une volonté préexistante qui remontrait depuis l'ensemble des citoyens jusqu'aux représentants. L'argument exclut d'un même coup l'idée d'un mandat impératif. La volonté nationale est donc alors celle de l'Assemblée et il ne peut y avoir de veto suspensif pour le roi. Pourtant, le veto suspensif accordé au roi peut être regardé comme une tentative de concilier représentation et une souveraineté nationale inaliénable. C'est l'avis de Mirabeau : en suspendant le texte voté par les représentants, le roi reporte la question devant la nation qui se prononcera à nouveau lors de la prochaine élection.

 

 

29.04.2008

Les idées politiques sous la Révolution française (2/8)

Sieyes_copier.gifI – 1789, la phase libérale

 

a) L'affirmation des Droits de l'Homme

L'un des premiers actes de la Révolution, et celui qui en est aujourd'hui l'un des principaux symboles, est la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. L'idée n'est pas tout à fait nouvelle et la France n'est pas la première à se doter d'une déclaration de la sorte. On y retrouve certains éléments présents dans la Déclaration d'Indépendance américaine ou dans les constitutions de certains Etats américains (notamment la Déclaration des Droits de Virginie de juin 1776). Mais la Déclaration de 1789 se démarque de tous ces textes par son universalisme : « le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme ». Cette idée d'un ordre politique fondé sur des droits naturels découle directement des idées des Lumières. Locke estime ainsi que la vocation du pouvoir est de garantir les droits naturels. La Déclaration liste ces droits imprescriptibles : « la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression ».

De la liberté, elle donne une définition négative, « la liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». De ce point de vue, être libre c'est être débarrassé des contraintes qui empêchent d'agir. L'affirmation de la liberté par la Déclaration se fait en opposition à l'Ancien Régime et ses abus. Dans cette logique, l'Assemblée s'attelle ensuite à détruire les institutions qui faisaient obstacle à l'indépendance individuelle : privilèges, ordres religieux, corporations. La formule de la liberté qui s'impose est donc celle de l'indépendance individuelle, chère à de nombreux philosophes tels Locke et Montesquieu. Ce n'est pas celle de Rousseau, qui soutient qu'il n'y a de liberté que dans la soumission volontaire à la volonté générale, c'est-à-dire que la liberté s'obtient par la participation active à la vie publique. Cependant la réalité doit apporter quelques aménagements à cette définition de la liberté : en réglementant la presse ou en condamnant les émigrés au nom de l'ordre public ne créé-t-on pas des obstacles nouveau à la liberté ? L'ordre public impose un accroc au principe de la liberté.

En 1789, la liberté est inséparable de la propriété. C'est elle qui garantit la liberté : la propriété permet l'indépendance matérielle et donc la liberté. C'est un des arguments qui justifient le suffrage censitaire. La Déclaration précise que « la propriété est un droit inviolable et sacré ». Cette consécration est dans fil des philosophies du XVIIIe siècle. La propriété est au cœur du système des physiocrates, elle existe déjà dans l'état de nature chez Locke qui la considère comme un droit naturel et pas une institution. Ce principe aussi est mis quelque peu à mal par les faits : on confisque les biens des émigrés. Encore une fois au nom de l'ordre public.

L'article 1 de la déclaration affirme que les hommes « naissent et demeurent libres et égaux en droit ». Mais l'égalité n'apparaît pas comme un droit naturel.  Pour Sieyès, elle est cependant indispensable à la liberté : « une société dans laquelle un homme serait plus ou moins libre, serait à coup sûr fort mal ordonnée, elle cesserait d'être libre ». Mais quelle égalité ? L'idée d'une égalité méritocratique, proportionnelle aux services rendus à la communauté, semblait la plus présente dans les philosophies du XVIIIe siècle. Et si elle doit entraîner de nouvelles inégalités, celles-ci seront supportables. Que les premières places soient attribuées aux hommes éclairés semble préférable à Voltaire. Face à cette égalité méritocratique, certains comme l'abbé Mably pensent qu'il faut faire une plus large place aux besoins. Les besoins sont aussi impérieux chez les moins méritants. C'est une égalité matérielle qui se profile ainsi. Mais l'égalité de la Constituante est avant tout politique. Il s'agit que chacun soit le même face à la loi, qu'il y soit soumis de la même manière et qu'il y participe. Les mesures prises au nom de l'égalité se fondent plus sur l'égalité méritocratique : quand en juin 1790, les députés abolissent la noblesse héréditaire, Lameth affirme que les hommes ne peuvent tirer de dignité que par leurs « fonctions » et leurs « actions ». Toutefois, même l'égalité politique est limitée, le suffrage est censitaire et les représentants sont plus puissants que les représentés.

C'est l'individu que consacrent les droits de l'homme de 1789. Liberté, propriété, égalité, ces valeurs sont toutes articulées dans le sens de la protection des individus contre la puissance collective de l'Etat. C'est en ça que 1789 est héritière des philosophes libéraux du siècle précédent, de Locke à Montesquieu, plus que de Rousseau qui soumet chacun à la volonté générale à laquelle il participe.

18.04.2008

Les idées politiques sous la Révolution Française (1/8)

0384.jpgJe pars en vacances une semaine. Pour vous faire patienter et saliver, voici l'introduction d'un exposé sur les idées politiques sous la Révolution. Avec un peu de chance, le reste suivra !
Bonne lecture...


 

Introduction

 

La Révolution française est un moment fondamental dans l'histoire du pays. Qu'on traite d'histoire sociale, d'histoire économique, d'histoire culturelle, d'histoire politique... elle est toujours incontournable.

En 1789, l'Ancien Régime disparaît. Les Etats Généraux, réunis début mai, se proclament Assemblée Nationale le 17 juin. « Ce décret était la Révolution elle-même » écrit Mme de Staël quelques années plus tard. Effectivement, il est une négation de la société ordonnée d'Ancien Régime. Et les événements des mois et années qui suivent achèvent de renverser l'ordre politique et social. La décennie 1789-1799 est complètement prise par la Révolution. Plusieurs régimes, plusieurs constitutions se succèdent rapidement, les chefs politiques avec. Ce n'est qu'avec le coup d'Etat du 18 brumaire et l'avènement de Bonaparte que la situation se stabilise.

C'est une époque d'ébullition pour les idées politiques. Les idées qui sont nées pendant ce « siècle des Lumières » se trouvent confrontées à la réalité. Elles sont amendées, interprétées, contredites en regard des événements. D'autres idées sont nouvelles ou leurs auteurs, obscurs autrefois, sont mis en avant par la Révolution. Cet ensemble confus donne naissance à peu d'ouvrages de doctrines, mais on y voit apparaître la plupart des thèmes dont débattent les idéologies du XIXe siècle.

Ce sont ces idées que nous étudierons, en nous interrogeant sur les ruptures et continuités qu'elles présentent. Ruptures et continuités par rapport au siècle précédent, ruptures et continuités au sein de la Révolution elle-même.
Au sein de la Révolution elle-même, on distingue généralement trois phases. Une première phase libérale s'étendant de 1789 à 1792, suivie d'une période jacobine en 1793-94. La dernière phase est celle qui suit la chute de Robespierre et semble revenir aux idées libérales. Nous verrons comment les débats et les idées évoluent au gré de ces événements.

14.04.2008

A la recherche du PCF

Affiche_PCF.jpgJe suis aujourd'hui en dernière année de licence. Ce qui signifie que l'an prochain c'est le master. Pour ma part ce sera un master recherche en histoire politique. Première réelle approche de la recherche qui entraîne dès maintenant une réflexion sur le sujet que je vais étudier. Voilà qui est exaltant : c'est à moi qu'il revient de définir quel sera l'objet d'une année entière de travail !

 

Alors je m'y suis collé. D'abord trouver un objet d'étude. Ca ne vous étonnera pas : j'ai choisi de travailler sur les idées politiques. Ou plutôt sur le rôle de l'idée en politique. Comme pour répondre à une problématique que je soulevais il y a quelques semaines pour l'ouverture du Blog du Congrès socialiste par les militants, je m'intéresse à la manière dont les idées politiques pénètrent au sein du corps civique. J'y vois deux choses. D'abord les médias traditionnels (TV, radio, presse écrite) ; je ne m'y attarderai pas. Ensuite, plus complexes, ce que j'appelerai les formes militantes de la propagande. Articulées autour des hommes et des structures politiques : réunions publiques, formations au sein des partis, campagnes électorales... C'est, vous l'aurez deviné, sur ces formes militantes de la diffusion des idées politiques que j'ai choisi de travailler.

 

Reste à traduire ce questionnement encore relativement vague en un sujet précis de Master 1. Après un rapide rendez-vous avec mon futur maître de recherches, je m'oriente vers une étude des structures du PCF en partant de cette interrogation sur la manière dont se transmettent les idées politiques. A priori je me limiterai géographiquement (sûrement la seule Basse-Normandie) et chronologiquement (depuis la Libération, sur la Ve ? je me tâte, et ça dépendra essentiellement des sources disponibles).

 

Ce sera donc un travail à la croisée de l'histoire politique (recherches sur les idées et les structures politiques) et de l'histoire culturelle (diffusion).

 

 

Si vous avez des suggestions, des idées, des commentaires quant à ce sujet de recherche, n'hésitez surtout pas. Car la gestation est toujours en cours et ne demande qu'à être meilleure ! 

 

(J'avoue le titre est racoleur par rapport au contenu du billet. Vous plaigniez pas, vous avez failli avoir droit à "A la recherche du PCF nu" !)