26 août 2009
Une école en Macédoine
Au fait... je n'ai toujours pas le temps d'écrire. Mais j'ai quand même trouvé celui de mettre en ligne une galerie de photos d'un de mes périples en Macédoine (cliquez sur la photo).
Près de Staravina, le bled où nous créchions, se trouvait feu l'école du coin. Une grande école destinée aux enfants de tous les villages environnants. Abandonnée en l'absence d'enfants de moins de soixante ans...
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19 juin 2009
Critique de l'économie
(Encore un bout de lecture que je veux partager. Dans un tout autre registre que la dernière fois... Mais c'est promis, ma prose reviendra !)
« L'économie est devenue notre science sociale, celle qui, sous sa forme vulgarisée, inspire décideurs, hauts fonctionnaires et hommes politiques ; celle qui prétend être la science générale du comportement humain et la plus exacte – donc la plus objective – des sciences sociales ; enfin, celle qui a même réussi à imposer ses méthodes à la réflexion dont l'objet est pourtant le plus « social » : la philosophie politique. Inventée comme la méthode qui devait permettre de garantir l'autorégulation d'une société conçue comme une simple association des individus, l'économie est aujourd'hui incapable de promouvoir une autre conception de la société. La tenir pour la science qui convient à notre temps, c'est donc se résigner à vire avec une conception réduite de l'homme et de la richesse, n'imaginer pour seul mode de régulation que le travail et refuser de faire appel à la politique comme méthode alternative susceptible de servir de guide à la vie en commun. »
Extrait d'un bouquin indispensable : Dominique Méda, Le travail, Aubier, 1995, p. 196
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16 juin 2009
Voyage au bout de la nuit
(Pour changer, je fais un come back ici...un peu de littérature !)

« Mon ami, me confia-t-il, le temps passe et ne travaille pas pour moi... Ma conscience est inaccessible aux remords, je suis libéré, Dieu merci ! de ces timidités... Ce ne sont pas les crimes qui comptent en ce monde. Il y a longtemps qu'on y a renoncé... Ce sont les gaffes... Et je crois en avoir commis une... Tout à fait irrémédiable...
- En volant les conserves ?
- Oui, j'avais cru cela malin, imaginez ! Pour me faire soustraire à la bataille et de cette façon, honteux, mais vivant encore, pour revenir en la paix comme on revient, exténué, à la surface de la mer après un long plongeon... J'ai bien failli réussir... Mais la guerre dure décidément trop longtemps... On ne conçoit plus à mesure qu'elle s'allonge d'individus suffisamment dégoûtants pour dégoûter la Patrie... Elle s'est mise à accepter tous les sacrifices, d'où qu'ils viennent, toutes les viandes la Patrie... Elle est devenue infiniment indulgente dans le choix de ses martyrs la Patrie ! Actuellement il n'y a a plus de soldats indignes de porter les armes et surtout de mourir sous les armes et par les armes... On va faire, dernier nouvelle, un héros avec moi !... Il faut que la folie des massacres soit extraordinairement impérieuse, pour qu'on se mettre à pardonner le vol d'une boîte de conserve ! que dis-je ? à l'oublier !
Certes, nous avons l'habitude d'admirer tous les jours d'immenses bandits, dont le monde entier vénère avec nous l'opulence et donc l'existence se démontre cependant dès qu'on l'examine d'un peu près comme un long crime chaque jour renouvelé, mais ces gens-là jouissent de gloire, d'honneurs et de puissance, leurs forfaits sont consacrés par les lois, tandis qu'aussi loin qu'on se reporte dans l'histoire – et vous savez que je suis payé pour la connaître – tout nous démontre qu'un larcin véniel, et surtout d'aliments mesquins, tels que croûtes, jambon, fromage, attire sur son auteur immanquablement l'opprobre formel, les reniements catégoriques de la communauté, les châtiments majeurs, le déshonneur automatique, et la honte inexpiable, et cela pour deux raisons, tout d'abord parce que l'auteur de tels forfaits est généralement un pauvre et que cet état implique en lui-même une indignité capitale et ensuite parce que son acte comporte une sorte de tacite reproche envers la communauté. Le vol du pauvre devient une malicieuse reprise individuelle, me comprenez-vous ?... Où irions-nous ? Aussi la répression des menus larcins s'exerce-t-elle, remarquez-le, sous tous les climats, avec une rigueur extrême, comme moyen de défense sociale non seulement, mais encore et surtout comme une recommandation sévère à tous les malheureux d'avoir à se tenir à leur place et dans leur caste, peinards, joyeusement résignés à crever tout au long des siècles et indéfiniment de misère et de faim... Jusqu'ici cependant, il restait aux petits voleurs un avantage dans la république, celui d'être privés de l'honneur de porter les armes patriotes.
Mais dès demain, cet état de choses va changer, j'irai reprendre dès demain, moi voleur, ma place aux armées... tels sont les ordres... En haut lieu on a décidé de passer l'éponge sur ce qu'ils appellent « mon moment d'égarement » et ceci, notez-le bien, en considération de ce qu'on intitule aussi « l'honneur de ma famille ». Quelle mansuétude ! Je vous le demande camarade, est-ce donc ma famille qui va s'en aller servir de passoire et de tri aux balles françaises et allemandes mélangées ?... Ce sera bien moi tout seul n'est-ce pas ? Et quand je serai mort, est-ce l'honneur de ma famille qui me fera ressusciter ?... Tenez, je la vois d'ici ma famille, les choses de la guerre passées... Comme tout passe... Joyeusement alors gambadante ma famille sur les gazons de l'été revenu, je la vois d'ici par les beaux dimanches... Cependant qu'à trois pieds dessous, moi papa, ruisselant d'asticots et bien plus infect qu'un kilo d'étrons de 14 juillet pourrira fantastiquement de toute sa viande déçue... Engraisser les sillons du laboureur anonyme c'est le véritable avenir du véritable soldat !
Ah ! camarade ! Ce monde n'est je vous l'assure qu'une immense entreprises à se foutre du monde ! Vous être jeunes. Que ces minutes sagaces vous comptent pour des années ! Écoutez-moi bien camarade, et ne le laissez plus passer sans bien vous pénétrer de son importance, ce signe capital dont resplendissent toutes les hypocrisies meurtrières de notre Société : « L'attendrissement sur le sort, sur la condition du miteux... » Je vous le dis, petits bonshommes, couillons de la vie, battus, rançonnés, transpirants de toujours, je vous préviens, quand les grands de ce monde se mettent à vous aimer, c'est qu'il vont vous tourner en saucissons de bataille... C'est le signe... Il est infaillible. C'est par l'affection que ça commence. Louis XIV lui au moins, qu'on se souvienne, s'en foutait à tout rompre du bon peuple. Quant à Louis XV, de même. Il s'en barbouillait le pourtour anal. On ne vivait pas bien en ces temps-là, certes, les pauvres n'ont jamais bien vécu, mais on ne mettait pas à les étriper l'entêtement et l'acharnement qu'on trouve à nos tyrans d'aujourd'hui. Il n'y a de repos, vous dis-je, pour les petits que dans le mépris des grands qui ne peuvent penser au peuple que par intérêt ou sadisme... Les philosophes, ce sont eux, notez le encore pendant que nous y sommes, qui ont commencé par raconter des histoires au bon peuple... Lui qui ne connaissait que le catéchisme ! Ils se sont mis, proclamèrent-ils, à l'éduquer... Ah ! ils en avaient des vérités à lui révéler ! et des belles ! Et des pas fatiguées ! Qui brillaient ! Qu'on en restait tout ébloui ! C'est ça ! qu'il a commencé par dire, le bon peuple, c'est bien ça ! C'est tout à fait ça ! Mourons tous pour ça ! Il ne demande jamais qu'à mourir le peuple ! Il est ainsi. « Vive Diderot ! » qu'ils ont gueulé et puis « Bravo Voltaire ! » En voilà au moins des philosophes ! Et vive aussi Carnot qui organise si bien les victoires ! Et vive tout le monde ! Voilà au moins des gars qui ne le laissent pas crever dans l'ignorance et le fétichisme le bon peuple ! Ils lui montrent eux les routes de la Liberté ! Ils l'émancipent ! Ça n'a pas traîné ! Que tout le monde d'abord sache lire les journaux C'est le salut ! Nom de Dieu ! Et en vitesse ! Plus d'illettrés ! Il en faut plus ! Rien que des soldats citoyens ! Qui votent ! Qui lisent ! Et qui se battent ! Et qui marchent ! Et qui envoient des baisers ! A ce régime-là, bientôt il fut fin mûr le bon peuple. Alors n'est-ce pas l'enthousiasme d'être libéré il faut bien que ça serve à quelque chose ? Danton n'était pas éloquent pour les prunes. Par quelques coups de gueule si bien sentis, qu'on les entend encore, il vous l'a mobilisé en un tour de main le bon peuple !
Et ce fut le premier départ des premiers bataillons d'émancipés frénétiques ! Des premiers couillons voteurs et drapeautiques qu'emmena le Dumouriez se faire trouer dans les Flandres ! Pour lui-même Dumouriez, venu trop tard à ce petit jeu idéaliste, entièrement inédit, préférant somme toute le pognon, il déserta. Ce fut notre dernier mercenaire... Le soldat gratuit ça c'était du nouveau... Tellement nouveau que Goethe, tout Goethe qu'il était, arrivant à Valmy en reçut plein la vue. Devant ces cohortes loqueteuses et passionnées qui venaient se faire étripailler spontanément par le roi de Prusse pour la défense de l'inédite fiction patriotique, Goethe eu le sentiment qu'il avaient encore bien des choses à apprendre. « De ce jours, clama-t-il, magnifiquement, selon les habitudes de son génie, commence une époque nouvelle ! » Tu parles ! Par la suite, comme le système était excellent, on se mit à fabriquer des héros en série, et qui coûtèrent de moins en moins cher, à cause du perfectionnement du système. Tout le monde s'en est bien trouvé. Bismarck, les deux Napoléon, Barrès aussi bien que la cavalière Elsa. La religion drapeautique remplaça promptement la céleste, vieux nuage déjà dégonflé par la Réforme et condensé depuis longtemps en tirelires épiscopales. Autrefois, la mode fanatique, c'était « Vive Jésus ! Au bûcher les hérétiques ! », mais rares et volontaires après tout les hérétiques... Tandis que désormais, où nous voici, c'est par hordes immenses que les cris : « Au poteau les salsifis sans fibres ! Les citrons sans jus ! Les innocents lecteurs ! Par millions face à droite ! » provoquent les vocations. Les hommes qui ne veulent ni découdre, ni assassiner personne, les Pacifiques puants, qu'on s'en empare et qu'on les écartèle ! Et les trucide aussi de treize façons et bien fadées ! Qu'on leur arrache pour leur apprendre à vivre les tripes du corps d'abord, les yeux des orbites, et les années de leur sale vie baveuse ! Qu'on les fasse par légions et légions encore, crever, tourner en mirlitons, saigner, fumer dans les acides, et tout ça pour que la Patrie en devienne plus aimée, plus joyeuse et plus douce ! Et s'il y en a là-dedans des immondes qui se refusent à comprendre ces choses sublimes, ils n'ont qu'à aller s'enterrer tout de suite avec les autres, pas tout à fait cependant, mais au fin bout du cimetière, sous l'épitaphe infamante des lâches sans idéal, car ils auront perdu, ces ignobles, le droit magnifique à un petit bout d'ombre du monument adjudicataire et communal élevé pour les morts convenables dans l'allée du centre, et puis aussi perdu le droit de recueillir un peu de l'écho du ministre qui viendra ce dimanche encore uriner chez le Préfet et frémir de la gueule au-dessus des tombes après le déjeuner... »
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, Folio, Gallimard, pp. 67-70
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18 avril 2009
Un CRI sur le ouèbe...
Si je publie si peu sur ce magnifique blog, c'est qu'en plus de mes cours, je travaille sur plusieurs projets. Parmi ceux-ci, le CRI, dont vous avez pu voir depuis quelques temps le lien en marge de mes articles. Ca commence à démarrer pour de bon, le blog collectif contient désormais plusieurs articles. Je copie ici le "Qui sommes-nous ?" :
Qui sommes-nous ?
La question est simple, et pourtant ils nous aura fallu plusieurs mois pour y répondre.
D’abord un groupe de potes.
Puis de la bière.
Ensuite des idées.
La plupart d’entre nous se sont rencontrés sur les bancs de la fac d’histoire de Caen, ou tout simplement à l’Université. Certains se connaissaient depuis bien longtemps.
Un constat : on veut agir dans la société, devenir des acteurs.
Mais nous ne voulions pas pour cela intégrer des appareils politiques.
Il y eut de mauvaises expériences.
Il y a un manque de confiance envers les syndicats et les partis.
Alors, on a décidé de crée le Comité de Refléxion Indépendant. Nom un peu pompeux pour donner au final l’acronyme CRI.
Un CRI de rage, un CRI de désespoir.
Un CRI contre un monde médiatique qui n’informe plus le citoyen, mais vend un produit à un client.
Un CRI contre un gouvernement méprisant.
Un CRI contre un monde néolibéral qui appauvrit, affame et tue pour l’argent et la rentabilité immédiate.
On a donc, ensemble, crée ce blog qui est une porte au débat.
Nous sommes ouverts à toutes propositions, pour cela, il suffit de nous envoyer un texte, une photo, un dessin, n’importe quels messages sur n’importe quels supports.
P.S : Pour le moment, tout article est en nom collectif. Mais sur cette question, le débat n’est pas clos. Nous vous tiendrons au courant.
Je vous renvoie également au premier article que j'avais écrit pour le CRI : Des limites de la croissance.
Si vous avez des commentaires, faites-les plutôt sur le site du CRI, que les copains en profite aussi !
Bonne lecture...
12:20 Publié dans Sur le web | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
18 mars 2009
Flickr
Parce que je suis aussi photographe à mes heures perdues. Et parce que c'est quand même mieux pour héberger des photos que les galeries hautetfort, j'ai ouvert une galerie sur Flickr.
Avec Vue sur la Mer
16:55 Publié dans Photo | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
02 mars 2009
L'UFR d'Histoire change le programme !
Comme beaucoup d'écoles, instituts, universités ou ufr en lutte (ou pas), l'UFR d'Histoire de l'Université de Caen (le mien quoi...) a décidé d'organiser des cours alternatifs, plutôt à l'extérieur des murs de l'université. C'est à la fois une manière de continuer à transmettre du savoir aux élèves et d'aller vers le reste de la société. Bref.
Pour les caennais qui me liraient, voici le programme concocté par mes profs (avec, pour ma part, une préférence pour le dernier cours...) :
(Pour d'autres infos sur les mouvements à Caen : Unicaen Off et Résistances Caen)
- MARDI 3 MARS
10-12 heures, Place du Théâtre : Alain Hugon, Les conflits sociaux de l’Ancien Régime
10-12 heures, UFR d’HISTOIRE : Pierre Bauduin et Claire Hanusse, Visite du CRAHAM
14 heures, UFR d’HISTOIRE, Amphi Laplace : Christophe Maneuvrier, La sexualité au Moyen-Âge
- MERCREDI 4 MARS
11 heures, SQUARE C. BLAISOT (face « Brouillon de Culture »), sur l’ancien emplacement de l’université : François Neveux, La fondation de l’université de Caen.
à partir de 12 heures, PLACE DU THEÂTRE : Lectures publiques en continu, à l’initiative des collègues de Lettres classiques
14 heures, Port de Caen : André Zysberg, Gens de mer en Normandie et Jean-Louis Lenhof, Les leçons politiques du naufrage du Titanic.
15 heures, MAIRIE DE CAEN : Véronique Gazeau, Lanfranc, un enseignant-chercheur au XIe siècle
- JEUDI 5 MARS
10 heures, CONSEIL REGIONAL : Laurence Jean-Marie, Caen au Moyen-Âge (suite)
10-12 heures, UFR d’HISTOIRE, amphi Dumont d’Urville : Catherine Bustany et Claude Briand, Les dictatures à Rome + projection et analyse d’un épisode du téléfilm ROME.
- VENDREDI 6 MARS
9 heures, UFR d’HISTOIRE, amphi Poincaré : Gaël Eismann, Nicolas Sarkozy, Guy Môquet et le roman national.
10h30, MAIRIE DE CAEN : Intervention du maire de Caen ; Dominique Toulorge, Enseigner à l’université de Caen au Moyen-Age ; Typhaine Haziza, Enseigner dans l’Egypte ancienne ; Jean-Baptiste Bonnard, Enseigner en Grèce classique ; Ensuite débat public sur le MARCHE SAINT-SAUVEUR.
14 heures, devant CINEMA PATHÉ-LUMIERE : Mathieu Guérin et Benoît Marpeau, Vision de l’autre et colonisation : Le discours de N. Sarkozy à Dakar (26 juillet 2007)
22:15 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Le Sacre du Tympan
Là maintenant, j'ai envie de parler de musique. C'est qu'entre Jaurès et Picasso, du squat chez ce cher Basile (que son nom soit sanctifié !) aux archives bobignesques du PCF, je me suis écouté une liste que j'ai baptisée, parce qu'il faut bien nommer les choses, funk. Pour dire « truc à fond, jazzy, qui envoie du paté grave ». Et donc, là-dedans, à côté de l'Incommensurable, du Génial, de Maceo Parker, j'ai réécouté en profondeur un groupe beaucoup moins connu, bien de chez nous et d'une richesse incroyable : le Sacre du Tympan.
Évidemment, le nom du groupe fait référence à la fameuse pièce de Stravinsky, « Le sacre du printemps ». Mais pour le peu que je l'ai écouté le Stravinsky, je vais éviter d'en parler. Par contre, ce dont je suis certain, c'est que nos tympans sont à l'honneur, constamment sollicités face à la musique de Fred Pallem et de ses amis.
Je les ai vus au programme de la Saison Musicale d'Hérouville (rien à voir avec le printemps sacré... quoique...) : sur scène ça dépote, un tonnerre de dieu. On est assis face à un tas de musiciens, qui ressemble à un big band : de la cuivraille (trompette, trombone et tout le tralala, soubassophone compris a.k.a. « Hélicon pon pon »), des beaux saxos, une rythmique sévère (piano, batterie) et le chef, Fred Pallem, branché sur sa guitare. Mais quand ils commencent à jouer, ça ne ressemble pas vraiment à un big band classique. On peut toujours chercher Glenn Miller et Moonlight Serenade ; c'est pas ça. D'abord, on ne comprend pas vraiment ce qu'on écoute et il m'a fallu quelques minutes pour rentrer dans le truc. Ça paraît un peu basique, déjà fait, déjà entendu. C'est gentil, ça s'écoute, c'est mignon. Ok, techniquement, ils sont bons, y a pas à dire. Les solos m'entraînent dans quelques légers frissons. Mais rien d'exceptionnel.
Et puis, petit à petit, à mesure que le premier morceau se déroule, la richesse de la musique se révèle. Tout est dans la composition : on en voit de toutes les couleurs. Littéralement. Les notes de Fred Pallem parviennent à nous transporter dans des univers fantasmagoriques radicalement différents les uns des autres. Il est le roi des changements d'atmosphères. Et pourtant, dans ce kaléidoscope de volutes sonores, tout est naturel ; le voyages sont imperceptibles. C'est toujours en retard qu'on découvre le nouveau paysage où il nous a installé. Le cheminement musical est bourré de références, de clins d'œil, de citations. Parfois, on s'imaginerait chez Morricone, au point d'attendre avec impatience un énigmatique harmonica. D'autrefois, c'est Pink Floyd (ah ! Atom Heart Mother...!) qu'on croit entendre, l'espace de quelques notes.
Le tout avec une énergie fantastique. On l'entend sur les skeuds, mais alors, sur scène : ça saute aux oreilles. Accords joyeux. Rythmes défoulatoires. Mélodies malicieuses. Drolatiques. Et même, c'est beau. Ben oui, ça pourrait être composé le plus habilement du monde, et toujours pas faire que mes tympans frétillent ! Mais c'est beau. C'est envoyé. Et pour boucler la boucle, ils sont quand même d'excellents musiciens. Ils nous balancent de ces solos. Tous (oui petite sœur, même la cuivraille à coulisse), de ces solos, vous dis-je !
Perle supplémentaire sur le gâteau : les titres qu'ils ont trouvés pour leurs morceaux. Là encore, j'adore. « Les Bonimenteurs du cauchemar ». « Splendeur et Mort ». « La Procession des Illuminés ». « Tu es belle et tu sens bons ». « Une de perdue, une de perdue ». « Poursuivi par des éléphants géants ». « Motorspycho Blues ». « Des lits avec des jambes ». « C'est l'Illyrie madame ! » Aaaaaah ! C'est bon. Des titres pleins d'images, comme la musique qu'ils désignent.
Un mot pour qualifier le Sacre du Tympan ? Jubilatoire !
PS : Oui, je sais, cette critique est bourrée de private joke. M'en fous.
10:34 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : sacre du tympan, jazz, big band, musique, fred, pallem
17 février 2009
Sus aux protectionnistes !

Sur son blog hébergé par le Monde diplomatique, le désormais fameux "professeur" Lordon nous livre une très intéressante leçon. Il démonte la petite ritournelle qui devient petit à petit plus obsédante au fil des semaines, celle d'un "retour au protectionnisme" comme menace absolue dans le tourment de la crise. Je résume.
Pour être crédible et effrayante, cette menace d'un retour au protectionnisme (entendu comme des méchants droits de douane qui entravent le commerce international) doit avoir lieu dans un contexte de non-protectionnisme. Or, en pratique, toutes les différences socio-productives qui existent entre les états (droit du travail, sécurité sociale, conception de l'impôt, infrastructures, etc.) sont des protections. Toutes différences qui sont bien loin de disparaître un jour... Bref, les différences influant sur le commerce international ne sont pas que dans les marchés et les droits de douanes, loin de là. La "menace" joue bien plutôt comme un argument pour défendre un certain modèle idéologique.
Pour enfoncer le clou, on peut même dire que, dans le cadre fixé par ces structures éminemment différentes d'un pays à l'autre, s'obstiner à vouloir à tout prix une "concurrence libre et non faussée", c'est finalement accentuer les distorsions. "Car il n’y a pas moyen plus efficace de maximiser labrutalité des rencontres compétitives entre entités appartenant à des environnements structurels hétérogènes que de les plonger dans le faux level playing field [terrain de jeu applani, càd la concurrence non faussée] des marchés grands ouverts".
Bref, pour résumer : le protectionnisme ne menace pas ; il a toujours été là.
(Oui je sais, pour l'image, c'est facile...)
18:12 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : protectionnisme, frederic, lordon, economie, politique
15 février 2009
Du journalisme et des DOM-TOM...
Je reproduis ici une lettre ouverte, publiée par Acrimed, d'un collectif de journalistes martiniquais qui rien qu'en interpellant les journalistes métropolitains, fournit plus d'infos sur les raisons des mouvements actuels que la plupart des articles lus dans Le Monde ou Libération... Intéressante également par les questions qu'elle suscite, notamment sur notre vision de métropolitains vis-à-vis des DOM-TOM... (C'est moi qui souligne les passages en gras)
Chers confrères, chères consœurs,
Nous journalistes martiniquais vivons aujourd’hui une période agitée en ces temps de crise. Vous n’êtes pas sans savoir - ou peut-être si ?- que de nombreux problèmes autres que la crise récurrente du tourisme gangrènent ces départements d’outre-mer que vous qualifiez parfois de lointains : vie très chère (quatre fois supérieur à la métropole), chômage endémique (cinq fois supérieur à la métropole), inégalités sociales criantes, monopole racial détonant…
Et pourtant inexorablement votre couverture de l’actualité reste la même : Pas un mot (hormis quelques offs) après trois semaines de grève générale en Guadeloupe : pas une question au président de la république et finalement une couverture qui arrive très tardivement avec l’envoi du secrétaire d’état à l’outre-mer :Yves Jégo. Et quelle couverture !!!
Une fois de plus vous vous engouffrez dans les clichés : le coup dur porté à l’économie de ces îles déjà concurrencée par les îles voisines ou la main d’œuvre est meilleur marché et l’accueil bien meilleur (dixit Eric Zemmour dans l’émission « l’hebdo » sur France 0 : « on connait la rudesse légendaire de l’accueil aux Antilles ») et ces éternels marronniers sur les annulations des tours opérators.
Nous autres frappés de plein fouet par la réduction de nos personnels, par la précarisation de nos emplois, regardons avec envie les moyens que vous déployez en temps de crise (banlieue, hopitaux, industrie…) pour informer vos téléspectateurs, auditeurs, lecteurs. Le nombre de sujets, de déclinaisons, d’angles différents donnés à vos reportages. Vous êtes soucieux de donner la parole aux uns et aux autres, de faire des portraits, d’investiguer pour une couverture qui se veut la plus
objective possible.
Alors, nous sommes surpris que dans la situation très particulière dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, vous manquiez à ce point d’imagination. Peut-être parce que vous n’êtes pas sur le terrain ? Alors voici quelques suggestions d’angles si jamais vous voudriez vous intéresser autrement que par des clichés à nos réalités :
Concernant le tourisme :
Savez vous que bien avant le déclenchement de la mobilisation, la situation était déjà catastrophique dans le secteur hôtelier de Martinique ? Des sites prestigieux martiniquais sont liquidés, livrés à la spéculation immobilière, des centaines de salariés sont jetés à la rue parce que les spéculateurs choisissent de remplacer les hôtels par des résidences qu’ils vendent à des prix exorbitants que très peu de martiniquais peuvent s’offrir.
Avez-vous déjà essayé de faire le portrait d’une retraitée en Martinique qui touche 800 euros et qui doit acheter un yaourt : 4 euros 99 contre 1 euros 50 en métropole (la même marque) ?
Avez-vous mis une de vos équipes sur ce rapport détonant paru dans Le Monde sur les profits extraordinaires faits par les compagnies pétrolières aux Antilles ?
Sur le nombre de chômeurs : 25% (contre 8% dans l’hexagone) obligés eux aussi d’acheter des produits cinq fois plus chers qu’en France hexagonale avec les mêmes allocations, certains avec bac+5, 6, 7 qui ne trouve pas de travail en Martinique.
Sur les marges exorbitantes des distributeurs ?
Et il y en a des sujets à décliner !!! Embauche systématique de cadres européens au détriment des cadres locaux, bétonisation des terres, malaise social… Pourquoi pas un portrait de cet homme qui dirige le collectif à la tête de la grève en Guadeloupe, devenu un héros pour toute la population guadeloupéenne ? Qui est-il, d’où vient-il, pourquoi cette adhésion incroyable des Guadeloupéens de toutes classes à cette mobilisation ? Mais peut-être que tous ces sujets ne vous intéressent pas, ne font pas people dans vos JT ?
Alors laissez-nous finir en vous disant que nous autres journalistes martiniquais avons le sentiment que cette crise est bien plus profonde que tout ce que nous avons pu vivre précédemment. Que le documentaire de Canal Plus diffusé la semaine dernière sur les békés de la Martinique, une caste de blancs créoles qui vit en autarcie et qui détient une grande partie de l’économie et des terres en Martinique, a profondément remué et choqué nos compatriotes et nous-mêmes et qu’à l’évidence, il y a des blessures profondes qui se réveillent. Il se passe des choses qui méritent des analyses, des visions et des explications.
Nous essayons de faire notre métier d’information le plus justement possible mais nous n’avons aucune prise sur les médias nationaux. Vous seuls pouvez choisir les angles qui vous intéressent : la communication de Matignon (qui aujourd’hui craint plus que tout la contagion aux autres DOM et aux français de l’hexagone), les annulations des tours opérators ou alors vous pouvez traiter tout le reste. Si jamais ça vous intéresse !!!
Bien fraternellement
Un collectif de journalistes martiniquais
16:22 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, jego, sarkozy, martinique, guadeloupe, greve, generale
Petite tempête...
Un peu de ménage mes liens. Sus aux mourants : j'ai supprimé ceux qui n'écrivaient plus. Pour plus de clarté, j'ai créé une catégorie "indispensables". Et j'ai ajouté le site de notre envoyé spécial à Mayotte dans la catégorie "Blogs du Monde", à côté des écrits des journalistes du Diplo... Et un blog d'histoire charmant et néanmoins gauchiste...
15:34 Publié dans Sur le web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



