25.05.2008
La diplomatie, c'est parler avec ses ennemis
Hubert Védrine "chattait" sur lemonde.fr sur le sujet du Hamas. Entendre un homme politique français qui dit pas des conneries sur le sujet des affaires étrangères, ça fait plaisir. Il ne dit rien d'essentiel, mais ça fait du bien de le rappeler des temps en temps.
Pour commencer, la "communauté internationale", comme disent nos journaleux, "ce sont en général les Occidentaux et les Israéliens". Et l'ancien ministre de Yoyo de rappeler "qu'il y a dans le monde environ cinq milliards de gens qui ne sont pas occidentaux et qui contestent de plus en plus, on le voit avec les pays émergents, le droit aux Occidentaux de parler au nom du monde entier". Mise au point malheureusement nécessaire.
Sur la Hamas, la classification "terroriste", imposée par les USA, tout comme les conditions préalables à toute négociation, elles "ont [...] été inventées pour qu'aucun dialogue ne puisse se nouer". Et malgré ses indéniables positions extrémistes, il a remporté les élections. Et, "c'est tout à fait incohérent de la part des Occidentaux d'exiger des Palestiniens des élections libres et incontestables, ce qu'ils ont fait, et de décréter ensuite un blocus, un peu comme au Moyen Age, sous prétexte que les Palestiniens n'ont pas voté comme il faut".
"Il faut rappeler que la diplomatie a été inventée à l'aube de l'histoire pour traiter les problèmes autrement que par la guerre. La diplomatie ne consiste pas à se réunir avec des amis dont on partage les valeurs et à se congratuler, la diplomatie peut consister à parler avec des dirigeants ou des régimes qu'on estime horribles et dont on rejette catégoriquement toutes les valeurs, et il en a toujours été ainsi." Et donc "il faut se libérer de cette vision régressive que nous a imposée l'administration Bush, selon laquelle on ne parle pas à ses ennemis." Cela vaut pour le Hezbollah, l'Iran...
Rien de révolutionnaire, bien sûr. Mais à l'entendre, j'aimerais qu'il soit resté dans le siège qu'occupe désormais Nanard Kouchner !
23:10 Publié dans Actu internationale | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : védrine, kouchner, bush, sarkozy, hamas, palestine, usa
01.04.2008
Que veulent les musulmans ?
Billet intéressant sur le blog d'Alain Gresh, redac' chef adjoint au Diplo et spécialiste du Proche-Orient.
Il y reprend un certain nombre d'éléments mis en avant par l'étude de John L. Esposito et Dalia Mogahed, Who speaks for Islam ? What a billion muslims really think. "Cet ouvrage s’appuie sur une très large enquête d’opinion, à travers plus de 35 pays et représentant, selon les auteurs, plus de 90% des 1,3 milliard de musulmans. L’idée est de faire parler les musulmans eux-mêmes et pas les responsables ou les experts" explique Alain Gresh.
Alors que retenir de ce méga-sondage ?
"- Les musulmans n’ont pas une vision monolithique de l’Occident. Ils jugent les différents pays en fonction de leur politique, pas de leur culture ou de leur religion ;
- Leur principal rêve est de trouver du travail, pas de s’engager dans le djihad ;
- Les musulmans, dans la même proportion que les Américains, condamnent les attaques contre les civils comme moralement injustifiables ;
- Ceux qui approuvent des actes de terrorisme sont une minorité et cette minorité n’est pas plus religieuse que le reste des musulmans ;
- Ce que les musulmans admirent le plus dans l’Occident, c’est sa technologie et la démocratie ;
- Ce que les musulmans condamnent le plus en Occident c’est la « décadence morale » et la rupture avec les valeurs traditionnelles (dans des proportions similaires à celles des... Américains) ;
- Les femmes musulmanes veulent à la fois des droits égaux et le maintien de la religion dans la société ;
- Les musulmans pensent que si l’Occident veut améliorer ses relations avec leurs sociétés, il faut qu’il modère ses vues envers les musulmans et respectent l’islam ;
- La majorité ne veut pas que les dirigeants religieux aient un rôle direct dans l’élaboration des Constitutions, mais est favorable à ce que la loi religieuse soit une source de la législation."
Mince alors, Finkie, Redeker (Fontenelle m'a encore fait marré à ce propos...) & consorts se seraient-ils trompé ?
A moins que certains en sortent une énième justification pour aller "libérer" ces peuples. Envoyons donc 1 000 soldats en Afghanistan pour lutter "contre la lapidation des femmes" (je déconne pas, c'est nanard Kouchner qui l'a dit)
12:44 Publié dans Actu internationale | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : islam, islamisme, monde, diplomatique, gresf, musulman, kouchner
04.03.2008
Ca chauffe aux frontières colombienne
Il parait que ça chauffe aux frontières colombiennes. Qu'est ce qui se passe alors ?

Tout a commencé par l'assassinat du commandant Raul Reyes, porte-parole et "ministre des affaires étrangères" des FARC. Pour commencer, qui est ce Reyes ? Maurice Lemoine, redac' chef du Diplo l'explique sur le blog du mensuel. "Raúl Reyes appartenait au secrétariat des FARC, l’instance dirigeante", il était en contact "avec les journalistes et les émissaires négociant la libération des « prisonniers politiques » et des otages de la guérilla" et donc à ce titre, "le plus exposé". Bref, c'était le négociateur des FARC, celui qui était en discussion, notamment avec Sarkozy, sur la dossier Betancourt. Lemoine résume l'objectif de ce meurtre :
"Plus qu’une victoire militaire — Reyes était un cadre politique —, il s’agit là d’un coup très dur porté aux tentatives menées pour résoudre la question de l’échange humanitaire — prisonniers des FARC contre guérilleros — demandé depuis des années par les FARC, les familles des otages, dont celle de la Franco-colombienne Ingrid Betancourt, et de nombreux représentants de la communauté internationale (parmi lesquels le président français Nicolas Sarkozy). Là était l’objectif de cette action."
Et cela intervient à un moment où la négociation entre Chavez et les FARC ont démontré qu'il était possible d'obtenir une avancée vers des libérations d'otages. Ce qu'Uribe a toujours tenté de faire apparaître comme impossible. Cet événement est de mauvais augure pour la suite des libérations d'otages.
Deuxième souci avec l'assassinat de Reyes, c'est qu'il n'a pas eu lieu en Colombie, mais en Equateur. Une "bombe intelligente" suivie d'un commando héliporté. Du coup, crise diplomatique : Rafael Correa, le président équatorien trouve que quand même, là, y a du viol de souveraineté dans l'air. Sans compter que de l'autre côté de la Colombie, on est chez son pote Chavez. Dont on peut difficilement nier la grande gueule et vanter la délicatesse. L'Equateur et le Venezuela ont rompu les relations diplomatiques avec la Colombie, ont fermé leurs frontières... et déménagé des troupes vers la frontière. Chavez justifie ainsi cette action : cet assassinat serait un "acte de guerre et d'irrespect violant la souveraineté de l'Equateur". Et il ajoute, s'adressant à Uribe, "réfléchissez et bien, ne vous avisez pas à faire de même sur ces terres, car ce serait un casus belli, un cas de guerre".
Pour l'instant, Uribe, ne déploie pas l'armée. C'est déjà ça. Mais verbalement, il y va fort : il accuse Chavez de "parrainage et financement de génocide" et prétend avoir des preuves qu'il a vendu 50 kg d'uranium aux marxistes à machettes. Deux remarques : j'aimerais qu'on arrête de parler de génocide dans tous les sens, c'est pas n'importe quoi un génocide. Et surtout, n'oublions pas les preuves américaines de l'existence des ADM irakiennes...
Ca chauffe donc. A suivre.
22:24 Publié dans Actu internationale | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : chavez, correa, uribe, reyes, betancourt, sarkozy
18.02.2008
Les mots de John McCain
Quelques phrases du très probable candidat républicain à la Maison Blanche, relevés dans l'article de Serge Halimi, Les projets très impériaux du sénateur John McCain.

« nation judéo-chrétienne » contre « islamo-fascisme ».
Voilà qui plaira à Finkelkraut et consorts...
« Notre pays ne peut pas se permettre le genre de vague à l’âme, de dérive et de pusillanimité qui a suivi la guerre du Vietnam. Le prochain président doit être prêt à conduire l’Amérique et le monde à la victoire. »
Et si le monde voulait une autre victoire que celle du président ?
« Une action militaire [en Iran] n’est pas notre option préférée, mais elle ne doit pas être exclue. »
« Il nous faut aller plus loin en associant toutes les nations démocratiques dans une organisation commune : la Ligue desdémocraties. Celle-ci pourrait agir quand l’ONU ne le fait pas. »
On trouverait enfin un cadre légal à l'intervention en Irak ?
« Hugo Chavez a œuvré au démantèlement de la démocratie en affaiblissant le Parlement, les tribunaux, les médias, les syndicats libres et les entreprises privées. Son régime acquiert des armements sophistiqués. Il cherche à construire un axe antiaméricain. Mon administration s’emploiera à contrarier une influence aussi nuisible. »
Retour à la méthode Pinochet ?
J'ai envie de dire que ça se passe de tout commentaire, mais je ne pouvais pas m'empêcher d'en faire quelques uns...
14:05 Publié dans Actu internationale | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : John, Cain, McCain, USA, Amérique, impérialisme, américiain

