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29.10.2007
La gauche depuis 1945 (2/8)
a) Le Parti Communiste Français, premier parti de France, perpétuel opposant
Avant la Seconde Guerre Mondiale, le PCF refuse toujours de participer à l'exercice du pouvoir. S'il soutient le gouvernement de Front Populaire de Léon Blum, c'est effectivement sans y compter de ministre.
Dès 1944, il change d'attitude. Le gouvernement dirigé par le Général De Gaulle à Alger inclus deux communistes à partir d'avril 1944. Leur comportement fait alors du PCF un parti de gouvernement.
Auréolé de son rôle dans la Résistance et de la puissance que l'Armée Rouge a mise au service de la victoire sur l'Allemagne, le PCF sort grandi de la guerre. Dès les premières consultations électorales, il arrive en tête. A l'élection de l'Assemblée Constituante le 21 octobre 1945, plus d'un français sur quatre lui a apporté sa voix. Et s'il est doublé par le MRP le 2 juin 1946 pour la seconde Constituante, il reprend sa première place lors de la première élection législative de la IVe République le 10 novembre suivant. Jean Touchard estime que le Parti compte alors quelques 800 000 membres (il en revendique 1 000 000). La Guerre Froide n'est pas encore commencée et il ne semble pas complètement inimaginable qu'un communiste soit un jour Président du Conseil.
Ces trois assemblées sont littéralement dominées par trois partis, le PCF, la SFIO et le MRP. Pendant la rédaction de la Constitution et les premiers mois de la nouvelle république, les trois s'entendent pour diriger le pays. C'est le temps du tripartisme, le PCF est un parti de gouvernement.
Mais sur de nombreuses questions, communistes et MRP ne peuvent admettre la même solution. C'est notamment le cas des questions économiques et sociales. De plus, la Guerre Froide commence à peser. Churchill a lancé les mots « rideau de fer », Truman parle d'endiguement et le Plan Marshall est sur les rails.
Le 5 mai 1945, Président du Conseil, le socialiste Paul Ramadier, congédie les ministres communistes. Sur le moment, on n'est sans doute pas conscient de l'importance de cette rupture, mais aucun gouvernement français ne comptera plus de ministres communistes avant 1981.
C'est quelques mois plus tard que le fossé s'affirme vraiment pour les communistes. En septembre 1947, la Pologne accueille la conférence constitutive du Kominform, la nouvelle version de l'Internationale Communiste. Les communistes français s'y font sévèrement réprimander. Jdanov, reproche au PCF son « crétinisme parlementaire ». L'heure n'est plus à la participation au gouvernement, mais bien à l'opposition aux politiques atlantistes.
Soumis au Kominform, le PCF devient ainsi un fidèle soutien à l'URSS. En 1952, le communiste Jacques Duclos écrit dans Les cahiers du communisme que la défense de l'URSS doit être pour un communiste « sans réserves » et « sans conditions ». Il ajoute que « le monde est partagé en deux camps : le camp de la guerre avec à sa tête l'impérialisme américain, le camp de la paix avec à sa tête l'Union Soviétique ». Dans le même article, il cite Maurice Thorez, leader du PCF : « De tout notre cœur, nous proclamons notre amour ardent pour Staline et nous l'assurons de notre confiance inébranlable ».
Le fossé entre le PCF et le reste de la gauche semble difficile à combler tant que les communistes français persistent dans leur soutien aveugle au régime soviétique. Il suffit d'écouter Guy Mollet, secrétaire général de la SFIO, affirmer lors de la campagne électorale de 1955, « les communistes ne sont ni de gauche ni de droite, ils sont de l'Est ».
Si l'opposition systématique du PCF l'empêche de participer aux gouvernements successifs, même dirigés par des socialistes, leur influence politique est quand même primordiale. Sous la IVe République, il est en tête à chaque élection législative, conservant imperturbablement le soutien d'un quart de l'électorat français.
Ils contrôlent de nombreuses villes, notamment dans la banlieue parisienne (c'est la « ceinture rouge »). Ils ont aussi la mainmise sur la CGT, premier syndicat français, depuis la Libération. Ainsi, ils peuvent maintenir une pression sociale sur les gouvernants. De nombreuses associations sont également très proches du PCF. Ainsi, le PCF s'appuie sur un ensemble qui constitue presque une société parallèle avec ses réseaux et ses solidarités propres.
Enfin d'importantes figures intellectuelles, élites culturelles, philosophiques, universitaires, et même journalistiques soutiennent le PCF. C'est par exemple le cas d'Aragon qui écrit Les communistes entre 1948 et 1951, de Merleau-Ponty dans Humanisme et terreur en 1947, ou de Sartre avec certains de ces articles dans Les Temps Modernes... La presse communiste n'hésite pas à attaquer violemment les livres ou articles anticommunistes. Dans cette pression, peu d'intellectuels osent s'afficher vraiment et complètement anticommunistes.
22:10 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Histoire, gauche, communiste, parti
27.10.2007
La gauche depuis 1945 (1/8)
Comme promis, voici le texte de mon exposé de Sciences Politiques. Histoire de me faire mousser (et que vous ayez un minimum de confiance dans ce que j'ai écrit...) je précise que le prof l'a trouvé "excellent". Seuls reproches : trop long (40 minutes au lieu de 30) et j'écris mal au tableau.
Etant donné la longueur de mon texte, je le publierai en 8 parties, suivant le plan de l'exposé.
Bonne lecture à tous !

Introduction
Depuis plus de deux siècles, la notion de gauche est un élément déterminant de notre vie politique. Mais qu'est ce que la gauche ? La division de la classe politique française en deux camps antagonistes date des premiers mois de la Révolution française. Dans l'assemblée autoproclamée nationale puis constituante, les partisans du veto royal se placèrent à droite quand leurs adversaires se retrouvaient à gauche.
Au XIXe siècle, la gauche regroupe les partisans de la république, et devient porteuse d'un message de progrès social. A mesure que le régime républicain s'impose, le seul fait d'être républicain ne place pas à gauche. Au début du XXe siècle, la gauche est divisée principalement en deux courants, les radicaux et les socialistes. Le premier est plus gestionnaire, quand le second est plus révolutionnaire. Les deux se retrouvent tout de même dans leur anticléricalisme. Le Parti Communiste qui naît en 1920 bouscule le paysage en s'affirmant plus révolutionnaire que les socialistes.
Avant 1945, la gauche est rarement unie et ses passages au pouvoir sont souvent brefs. Même le gouvernement de Front Populaire qu'on retient pour ses importantes réformes sociales n'est en place que quelques mois. Hormis pour les radicaux, le pouvoir est d'ailleurs une source de remords pour les hommes de gauche. En participant au pouvoir dans un régime capitaliste, ne renie-t-on pas la révolution ?
1945 est un tournant important pour la politique française. La Libération met fin à l'expérience de Vichy, le personnel politique est profondément renouvelé, consacre les communistes et le général De Gaulle, condamne la droite au silence et achève un régime en place depuis soixante-dix ans.
Depuis la fin de la guerre, plus de soixante ans se sont écoulés, deux constitutions se sont succédées. La vie politique a profondément changé, que ce soit dans son personnel, dans ses moyens d'expressions, ou encore dans ses partis. La gauche a suivi, avec plus ou moins de difficulté, ces évolutions. C'est en étudiant avec attention les changements tactiques, idéologiques des hommes de gauche et de leurs partis qu'on pourra appréhender la situation actuelle.
Pour mener cette réflexion, il faut d'abord observer le comportement de la gauche sous la IVe République. Ensuite, l'histoire de la gauche sous la Ve République peut s'étudier en deux phases, une période d'opposition et d'adaptation au régime, jusqu'en 1981, puis un tournant avec le retour de la gauche au pouvoir et les vingt ans qui suivent.
15:40 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : histoire, politique, gauche, communiste, parti, socialiste
12.10.2007
Rentrée
Ca y est, c'est parti. Une nouvelle année est lancée. J'ai enfin fait complètement ma rentrée et j'ai eu un aperçu de tous les cours que j'aurai pour le semestre. Et... ça s'annonce bien. Passionnant même.
Au menu des mois à venir :
- Droit Communautaire. Le cours le plus chiant de l'année sûrement, mais ce que j'y apprends ouvre néanmoins quelques perspectives intéressantes dans la compréhension de cet ensemble complexe qu'est l'Union Européenne.
- Histoire Ancienne. Au programme, la crise de la République Romaine, des Gracques à Actium (133 av J.C. - 31 av. J.C.). De l'histoire politique pour comprendre le passage d'une république aristocratique à une monarchie. C'est certes pas la période qui m'intéresse le plus, mais ça devrait être bien quand même... et puis c'est de l'histoire politique !
- Science Politique. Ca par contre, ça devrait être de la balle. Beaucoup de boulot par contre. Quatre heure par semaines, treize semaines pour comprendre les différents systèmes politiques, les partis, les comportements électoraux... Et un exposé dans deux semaines : la gauche depuis 1945, en mettant en avant les évolution idéologiques. Mes premières lectures sont très stimulantes. Je ferais peut-être une note pour récapituler les conclusions de ce travail.
- Histoire des Idées Politiques. Là aussi un cours qui s'annonce passionnant. Et au moins aussi rude que le précédent. Deux heures hebdomadaires pour voir les grandes nouveautés idéologiques du XVIIIe siècles qui ont menées jusqu'à la Révlution Française et étudier les deux grands courants qui naissent au XIXe, le libéralisme (qui n'a pas grand chose à voir avec ce qu'il est depuis Reagan et Thatcher) et le socialisme. Là encore, ce cours apportera sûrement son lot de notes sur le blog.
Me voilà donc bien motivé pour entamer mes cours ! Et j'y retourne aussi sec : cet après-midi, je plonge dans l'Histoire des Gauches en France de Jean-Jacques Becker (ed. La Découverte)...
14:40 Publié dans Bla bla | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : rentrée, histoire, Caen, université


