23 novembre 2007
La gauche depuis 1945 (7/8)
III - La gauche après la victoire
b) Des années 80 à ns jours : une recomposition de la gauche
La première victime électorale du succès de la gauche semble être le PCF. Alors qu'il culminait à 25% des suffrages pendant toute la IVe République, alors qu'il amassait encore une voix sur cinq jusqu'à la fin des années 70 et qu'il restait le premier parti de la gauche, il est doublé par le PS. A l'élection présidentielle de 1981, Mitterrand a plus de deux millions de suffrages d'avance sur le candidat communiste Georges Marchais, qui descend à 15%. Ce n'est que le début d'une longue chute. À l’élection présidentielle de 2002, le communiste Robert Hue reçoit moins de 4% des suffrages, et il est devancé par deux candidats d'extrême gauche, Arlette Laguiller et Olivier Besancennot, ainsi que par le candidat des Verts, Noël Mamère. En 2007, Marie Georges Buffet, n'atteint même pas les 2%. Alors qu'il a été pendant près de quarante le premier parti de la gauche française la question de l'existence même du PCF est posée.
Plusieurs raisons semblent expliquer cette chute brutale. Les victoires socialistes donnent du crédit au PS alors que la chute de l'URSS en 1991 décrédibilisait le PCF. Alors qu'on avait pu voir dans les économies administrées l'avenir de l'humanité, cette organisation est remise profondément en question avec cet événement majeur. De plus le PCF s'est vu concurrencé par d'autres petites formations.
Pendant que le PCF est en crise, la contestation et l'envie d'une meilleure société se sont dirigées vers d'autres partis. L'écologie politique qui a commencé à prendre forme dans les années 1970-1980 s'est matérialisée dans plusieurs projets. A la question « l'écologie est-elle de gauche, de droite ou ni l'un ni l'autre », la réponse apportée par la plupart des écologistes penche vers la gauche. Ce qui s'exprime à travers un nouveau parti, les Verts. Dominique Voynet puis Yves Cochet participent au gouvernement de Lionel Jospin. Avec le renfort de Daniel Cohn Bendit, ils obtiennent près de 10% aux élections européennes tandis que Noël Mamère faisait un score honorable à 5,25% à la présidentielle de 2002. Les années 1990 voient aussi la croissance de deux mouvements « trotskystes ». Lutte Ouvrière et sa candidate et porte-parole Arlette Laguiller, présente à chaque élection présidentielle depuis 1974 et la Ligue Communiste Révolutionnaire d'Alain Krivine qui s'est refait une jeunesse grâce notamment à l'image de son nouveau candidat et porte-parole, Olivier Besancennot. Alors qu'elle tournait depuis 20 ans autour de 2%, la candidate LO perce à plus de 5% en 1995, score qu'elle confirme en 2002. Pour sa première candidature en 2002, Olivier Besancennot atteint quant à lui plus de 4% des suffrages. A l'élection de 2002, les deux candidats « trotskystes » obtiennent à eux deux plus de 10% des suffrages.
Depuis l'élection de Mitterrand, le PS est donc de loin le premier parti de la gauche française, mais il ne parvient pas à être hégémonique. En 1995, près de 17% des voix reviennent à la gauche non socialiste. A la présidentielle de 2002, c'est encore plus fort, les gauches non socialistes regroupent plus de 26% des suffrages quand Lionel Jospin se voit doublé par un Jean-Marie Le Pen à 16,95%.
La suite des élections de 2002 a été bien compliquée pour le PS. Eliminé au premier tour, son candidat annonce le 21 avril 2002 qu'il se « retire définitivement de la vie politique ». Le PS affiche une unité, et l'impopularité du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin lui permet d'enregistrer d'excellents résultats en 2004. Sur 22 régions françaises, une seule reste à la droite ! Mais la division du parti reprend le dessus lors de la campagne pour le référendum sur le Traité instituant une Constitution pour l'Europe. Le vote des militants n'est déjà pas très franc : ils ne sont que 55% à soutenir le texte. Mais surtout, les opposants socialistes refusent de rentrer dans le rang. Henri Emmanuelli, Laurent Fabius, Jean-Luc Mélenchon et Arnaud Montebourg font campagne aux côtés de l'extrême gauche. Après le rejet du traité par les français 29 mai 2005, le PS se réunit en congrès au Mans au mois de novembre. Le but pour le premier secrétaire, François Hollande est de faire l'unité autour d'une motion consensuelle. Là encore, il rencontre de l'opposition : quatre motions sont opposées à la sienne et la ligne officielle du parti ne s'impose qu'à 55%. L'élection présidentielle de 2007 a du mal à ressouder les rangs du parti. Trois candidats s'affrontent, Ségolène Royal, qui se place un peu en dehors du parti, Dominique Strauss-Kahn qui représente plutôt l'aile droite du parti, et Laurent Fabius qui a rejoint en 2005 l'aile gauche. Royal s'impose dès le premier tour lors de la primaire socialiste, mais pourtant elle a du mal à fédérer autour d'elle les cadres du PS. Elle est finalement vaincue par le candidat de la droite, Nicolas Sarkozy avec un score de 47%.
La victoire de la campagne contre le traité européen en 2005 avait donné des ailes aux mouvements d'extrême gauche. Des négociations ont été entamées afin des présenter une candidature « unitaire antilibérale » pour la présidentielle. Mais cette tentative échoue. Laguiller s'était située dès le départ en dehors du processus, et les divergences entre le PCF et la LCR ont amené leurs leaders respectifs, Marie-Georges Buffet et Olivier Besancennot, à se présenter. Début 2007, la candidature du militant altermondialiste José Bové venait ajouter à la division. Cette division, ajoutée au « vote utile » afin de ne pas revivre une élection comme celle de 2002 ont causé une grosse défaite à l'extrême gauche. Hormis Besancennot, aucun ne dépasse les 2%. Seul le candidat LCR n'est pas complètement vaincu : avec 4% des voix et une plus forte participation, il a même gagné près de 300 000 voix par rapport à 2002.
11:11 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : PS, Verts, LCR, gauche, histoire


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