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22 janvier 2008

A quoi doit servir la politique ?

(lire la note précédente) 

Cela peut sembler idiot à lire (et encore plus à écrire), mais il me semble que ce que doit viser la politique est quelque chose de l’ordre du bonheur de tous. C’est aussi banal que flou, mais c’est un point de départ.

Un écueil de taille dès le départ : qu’est ce que le bonheur ? De quel bonheur parlons-nous ? La politique pourrait peut être rendre les gens heureux à grand coup de propagande. Bourrage de crâne du genre « vous êtes heureux, vous êtes heureux, vous êtes heureux… ». Il s’agirait alors d’un bonheur factice, en tout cas pas satisfaisant. Le bonheur dont je parle ici aurait plutôt à voir avec une émancipation de chacun. Emancipation physique, morale, sentimentale, intellectuelle… Il s’agit d’un bonheur conscient, volontaire, individuel.

La politique ne peut pas créer un tel bonheur, mais elle doit y tendre, en fixant le cadre dans lequel autant de personnes que possible seront capables de l’atteindre. Il est bien évident que jamais l’humanité toute entière ne sera heureuse simultanément, et la politique ne pourra jamais abattre certains obstacles (sentimental). On ne peut décréter le bonheur général, mais on doit le rendre accessible au plus grand nombre.

Le but de la politique devrait ainsi être l’émancipation de tous, quels qu’ils soient. Cette notion n’est cependant par forcément plus claire que celle de bonheur. Emanciper de quoi ? Emanciper des autres individus surtout. Et donc des puissants. Police et justice aidant, la force physique n’est plus un moyen d’aliénation courant désormais. Mais il y en a d’autres à combattre. L’aliénation de l’employé est ainsi possible par son patron si on ne régule pas leurs relations. Il peut aussi y avoir une forme d’aliénation de l’esprit (j’entends par là, ce qui se passe dans le cerveau de chacun) par la religion, les médias, l’intelligentsia. Sur ce dernier point, il ne s’agit plus de réguler mais plutôt de permettre la divergence des points de vue (pluralisme) et la formation d’esprits critiques (éducation).

Il faut aussi ajouter une émancipation matérielle. Sans laquelle toute autre émancipation serait vaine. Que chacun ait de quoi vivre, nourrir sa famille (en évitant toute aliénation sociale). « Pour être libre, il faut d’abord être » écrivait Léon Blum. « Toute société qui prétend assurer aux hommes la liberté doit commencer par leur garantir l’existence ». C’est cela l’émancipation matérielle. Quand on n’a plus de souci pour survivre, on peut se soucier de ne pas céder aux plus puissants et de réfléchir avec esprit critique.

Plusieurs choses émergent donc derrière ce terme d’ « émancipation ». Emancipation sociale par une harmonisation des rapports sociaux, émancipation intellectuelle par l’éducation et émancipation matérielle par une meilleure redistribution comblant les besoins de chacun.

Enfin, la politique ne doit pas se contenter de proposer une telle émancipation qu’à une partie de l’humanité. C’est l’ensemble de la société qui doit être concernée, en réfléchissant dans et à partir de l’élément collectif. Surtout que nous pourrions bien être condamnés à vivre ensemble ; autant le faire au mieux. Aujourd’hui le premier cadre collectif à venir à l’esprit est sans doute l’Etat ou la Nation. Pour moi, on ne peut pas s’en contenter, et dans l’idéal, c’est à l’universalité du genre humain qu’il faudrait s’adresser. Dans la pratique, il serait peut être nécessaire de privilégier le cadre européen, sans oublier qu’il faudra un jour voir plus loin.

 

En bref, la politique devrait tendre au bonheur de tous, ce qu’elle rendra possible en travaillant à l’émancipation matérielle, sociale et intellectuelle des individus. Et de préférence de tous les individus, dans le cadre collectif le plus large.

 

 

Commentaires

Les insurgents et constituants des Etats-Unis ont eu la sagesse de ne pas proclamer le droit au bonheur, mais le droit à la recherche du bonheur, cela laisse le problème presque entier mais nous épargne au moins le bonheur obligatoire avec garantie du gouvernement.
Les buts me semblent déjà bien circonscrits dans le préambule de la Constitution, reste à définir les buts intermédiaires (quel régime économique et social, quelles institutions politiques ?) et les moyens (révolution ? réformes de transformation sociale ? réformes "libérales" ? mesures de conservation ? retour en arrière ?).

Ecrit par : melchior griset-labûche | 29 janvier 2008

Il me semble que c'est en gros la conclusion à laquelle j'arrive au terme de ce billet. Je suis bien conscient de ne pas aborder ici les questions "concrètes". Mais c'est parce qu'il me semble qu'il est important de savoir ce qu'on veut, où on veut aller, à l'heure où le tout-pragmatisme est présenté par certains comme LA solution...

Ecrit par : Colin | 30 janvier 2008

Le tout-pragmatisme est certainement aussi détestable que le tout-marché, mais ça n'entraîne pas condamnation du pragmatisme ou du marché... Et comme disait Lénine, la politique est le domaine de l'analyse concrète des situations concrètes. Mais tu as raison: l'approche concrète requiert une bonne dose d'abstraction pour commencer.

"Sans oublier qu'il faudra un jour voir plus loin": eh non, il faut voir ça dès maintenant. Pas seulement par principe universaliste, mais parce que les problèmes sont déjà mondialisés, en particulier sur le plan écologique. L'une des finalités de la construction européenne, c'est de constituer une puissance (de paix et de développement durable) qui ait un vrai poids dans les affaires du monde.

Ecrit par : melchior griset-labûche | 31 janvier 2008

Oui, il faut déjà voir loin, mais puisqu'il n'existe pas aujourd'hui organisation politique mondialle, le seul moyen aujourd'hui de peser, c'est de renforcer la cohérence politique de l'UE.
Ceci dit quand j'écrivais ça dans mon billet, je pensais plutôt aux questions sociales qu'aux questions écologiques (même s'il est vrai que la situation écologique risque vite d'avoir des conséquences sociales). En constatant notamment que dans les discours de la plupart des socialistes français aujourd'hui, on doit abandonner certaines exigences sociales parce qu'on n'est plus seuls au monde, etc. Donc conclusion rapide : si notre modèle social est difficilement viable à l'échelle nationale, peut-être qu'en en construisant un autre à l'échelle européenne il le sera bien plus. Ce qui nécessiterai un vrai combat au niveau de l'UE, qu'on ne voit pas aujourd'hui...

Ecrit par : Colin | 31 janvier 2008

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