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01.02.2008
Engels (2/7)
I - Classes et lutte des classes
a) Une société de classes
Dans l’analyse marxiste, l’économie capitaliste est essentiellement composée de deux classes, le prolétariat et la bourgeoisie. Il existe bien d’autres groupes : la noblesse féodale, la paysannerie, les classes moyennes, l’artisanat. Mais alors que toute la société est déterminée par les forces productives et les rapports de productions, ces groupes n’ont pas de signification réelle quant à l’état des forces productives. De plus, ils sont quasiment amenés à disparaître dans la société capitaliste.
Très tôt, Engels analyse la société en termes de classes. Dès 1844, il écrit la Situation de la classe laborieuse en Angleterre. Quand il le publie, il est à Manchester depuis deux ans, où il travaille dans la firme de coton fondée par son père. Bien qu’il soit le fils du patron, il se soucie aussitôt des opprimés et écrit de nombreux articles dans la presse « avancée ». Déjà dans ces articles, il souligne que si l’industrie, enrichit le pays, elle créée « une classe de non possédants, de gens absolument pauvres ». A la moindre récession, « tous sont privés de pain » et devant le dénuement total qui risque de s’instaurer « à brève échéance », une révolution est à envisager.
Dans la Situation de la classe laborieuse…, il ne se contente pas de décrire la situation des travailleurs, mais mène une analyse de la société anglaise et du rôle qu’y tient la classe ouvrière. Engels utilise les apports de certains théoriciens, des témoignages d’industriels, des rapports parlementaires, mais il écrit surtout en s’appuyant sur son expérience personnelle et adopte le point de vue ouvrier.
La classe ouvrière apparaît avec l’invention des premières machines, notamment dans le domaine du coton. En effet, autrefois, le tissage se faisait à la campagne, comme activité d’appoint, par des petits propriétaires. Désormais, cette activité regroupe des ouvriers qui quittent leurs terres pour ne se donner qu’au tissage. Cette évolution crée des villes industrielles, peuplées d’ouvriers et tandis que leur nombre s’accroît, leurs conditions de vie se dégradent et ils perdent toute propriété et toute sécurité. Ce mouvement qui apparaît dans l’activité cotonnière s’étend à la majeure partie de l’économie. Enfin, cette classe ouvrière absorbe les couches inférieures de la classe moyenne et l’artisanat, résumant la population à « la seule opposition entre capitalistes et ouvriers ». Au terme de ce processus, la classe ouvrière est un ensemble unifié, composée d’hommes et de femmes ne possédant rien. Ils dépendent entièrement de leur salaire, qui varie au gré de la loi de l’offre et de la demande, vivent donc dans des conditions instables. S’il n’est pas le premier à avoir vu une classe ouvrière, Engels est le premier à la voir ainsi unifiée, avant même Marx.
Ainsi, avant sa rencontre avec Marx, Engels a déjà développé une analyse approfondie de la société en termes de classes. Et cette analyse est sensiblement la même qui prévaudra pour les deux hommes. Engels, dans une note à l’édition de 1888 du Manifeste du Parti communiste, définit brièvement le prolétariat : il est « la classe des ouvriers salariés modernes qui ne possèdent pas de moyens de productions et en sont donc réduits à vendre leur force de travail pour pouvoir subsister ».
Engels affirme que la société n’est plus que « la seule opposition entre capitalistes et ouvriers ». Il y a donc face à la classe ouvrière une autre classe, la bourgeoisie. Celle-ci possède les moyens de production et le monopole des moyens d’existence, elle vit de son capital en louant le travail de l’ouvrier.
Plus tard, les deux amis expliquent l’origine de la domination de la bourgeoisie. Celle-ci naît des grandes transformations des forces productives : la navigation qui étend les marchés et les matières premières, l’extension du commerce, les progrès techniques… Maîtresse des moyens de production, la bourgeoisie devient détentrice du pouvoir politique exclusif, dans une société où les rapports sociaux sont fondés sur l’argent. Dans la même note à l’édition de 1888 du Manifeste du Parti communiste, Engels la définit comme « la classe des capitalistes modernes qui possèdent les moyens sociaux de production et utilisent du travail salarié ».
Dès 1844, Engels avait posé un des fondements de l’analyse marxiste, la division de la société en deux classes antagonistes.
23:05 Publié dans Philosophes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : classes, marx, engels, prolétariat



Commentaires
Le talent de l'historien: tenir en haleine le lecteur ("and then ? and then ?") même si celui-ci connaît la fin.
Une critique (pour le plaisir de critiquer): tu passes de 1844 à 1888 dans la même page, sans souligner que le monde avait pas mal changé en 44 ans (et Engels aussi).
Ecrit par : melchior griset-labûche | 03.02.2008
Héhé...
En effet, le monde et Engels ont bien changé entre 44 et 88, et Marx est mort entre temps... justement ce que je voulais montrer avec ce petit saut, c'est que dès 44, avant même sa rencontre avec Marx, Engels avait déjà beaucoup avancé sur la théorisation de la lutte des classes.
Et puis (et surtout ?) ce texte n'est que la version écrite d'un exposé que je devais faire à l'oral en 25 minutes... d'où des raccourcis inévitables.
Ecrit par : Colin | 03.02.2008
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