25 février 2008
Benjamin Constant
Je commence à publier mes fiches d'Histoire des idées... remises en forme pour l'occasion. Pour le premier semestre, on a étudié le XIXe : libéraux et socialistes utopiques. Ce sera à chaque fois aussi bref que possible, le but n'étant pas d'être aussi complet que dans mon exposé sur Engels. Et je ne m'attarderai pas sur les éléments biographiques. Uniquement les idées.
On commence donc avec Benjamin Constant.

Constant est considéré comme l'un des premiers libéraux, au sens politique du XIXe siècle. En effet, la liberté est le coeur même de sa réflexion, il affirme ainsi avoir défendu toute sa vie le même principe : « liberté en tout, en religion, en philosophie, en littérature, en industrie, en politique ».
Sa philosophie de la liberté part d'une distinction entre « liberté des Anciens » et « liberté des Modernes ». La première se réfère en fait au système athénien. La liberté y est l’usage de la démocratie directe, rendue possible par le petit nombre d’individus qu’elle regroupe, dans des espaces restreints. C’est une société qui repose sur l’esclavage et où l’occupation centrale, la guerre, laisse du temps (trêve hivernale) à l’activité civique. Mais chez les « Modernes », une telle liberté n’est pas viable : les Etats sont trop grands, trop peuplés, l’esclavage a disparu et l’occupation principale est le commerce qui prend à l’homme tout son temps et fait de la recherche d’une plus grande sphère privée le souci premier des individus. La liberté politique est donc désormais synonyme de garantie des libertés individuelles. Pour lui, l'erreur de la Révolution, et notamment des jacobins, fut de confondre ces deux définitions.
« Liberté en tout » donc. Liberté religieuse signifie pour lui qu’il ne doit pas y avoir de religion privilégiée, que l’Etat ne doit pas intervenir dans ce domaine et qu’il doit salarier les cultes. La liberté de la presse doit être illimitée car elle est à la fois un régulateur social et un facteur de progrès. Il soutient aussi une liberté administrative avec une décentralisation qui favorise la responsabilité des ministres et des agents, tout en les laissant libres de leurs agissements, et qui permet une indépendance entre une administration locale et une administration centrale. Enfin, sa liberté économique est plus proche d’Adam Smith ou de Jean-Baptiste Say que des physiocrates : il faut un Etat neutre, qui ne subventionne pas, n’interdit pas et régule au minimum. Il est partisan de la liberté d’exportation et s’attaque aux monopoles sui endorment les économies.
Pour répondre à cette nouvelle liberté, Constant limite la souveraineté : le souverain ne doit pas tout faire, la volonté générale s’arrêtant là où commence la volonté privée. Il fait une distinction entre la souveraineté collective et les droits individuels : ceux-ci sont antérieurs et doivent rester extérieurs à la formation de l’autorité politique. Il distingue ainsi deux sphères. L’Etat et la société ne sont pas confondus et l’Etat ne doit pas modeler la société. La loi n’a pour rôle que de protéger la faculté privée de mener son existence à sa guise. Et comme le progrès de la société est la marche de l’histoire, le gouvernement ne doit pas chercher à la maintenir en l’état. Le gouvernement n’a donc ni à donner une direction, ni à conserver : il doit être neutre. Finalement, les questions de la source, l’origine ou la nature du pouvoir importent moins que celle de son étendue.
Appliquée à sa réflexion constitutionnelle, ce principe signifie que le rapport entre l’Etat et la société compte plus que le type de régime. Il doit surtout éviter l’oppression du peuple. Constant est favorable à la collégialité comme garde fou (bicaméralisme, véto de l’exécutif, droit de dissolution), il souhaite aussi un pouvoir arbitre et une constitution écrite.
Il propose un roi arbitre, héréditaire (donc indépendant), des assemblées nombreuse, élues au suffrage restreint pour de longs mandats et qui soient avant tout un lieu de débats (relayés par la presse). Le suffrage est censitaire et les parlementaires ne sont pas indemnisés car la propriété apparaît comme une garantie d’indépendance. Enfin, il est partisan de la sincérité du vote, permise par des votes secrets et des campagnes ouvertes.
19:37 Publié dans Philosophes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : constant, benjamin, libéralisme


Commentaires
Ah, c'était une époque où l'on avait pas renoncé à l'idée d'intérêt général...
Benjamin Constant était aussi, selon moi, un très grand poète. Son "Gaspard de la Nuit" est très beau. Très noir. Très rêveur. C'est une oeuvre qui m'a beaucoup marqué.
Ecrit par : télétubs | 24 mai 2008
J'ai pas encore eu le loisir de m'attaquer à l'œuvre littéraire de Constant ;-)
Ecrit par : Colin | 24 mai 2008
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