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29.03.2008
Rénover : dans quelle direction ?
Depuis maintenant quelques mois, l’affaire est entendue : il faut rénover le Parti Socialiste. Tout le monde s’accorde sur ce point. Il faut rénover le Parti Socialiste. Bien. Mais le point essentiel n’est pas en réalité de savoir si le Parti doit se rénover ou non, ce qui compte c’est de savoir quel doit être le contenu de cette rénovation. A en croire bon nombre d’éditorialistes, le Parti doit se moderniser. Ce qui en général signifie changer d’alliance et/ou de leader. Abandonner un PCF jugé « archaïque » et préférer le MoDem. Sans qu’on sache bien d’ailleurs ce qu’est aujourd’hui le MoDem. Pour beaucoup, il s’agirait aussi essentiellement d’un problème de leadership. C’est en tout cas ce qui ressort à la lecture de la plupart des journaux : on n’y lit aucune analyse de fond, seulement des estimations sur les éventuels-peut-être-pourquoi-pas-un-jour-futurs-candidats au poste de premier secrétaire à l’automne et à l’Elysée en 2012.Je crois qu’on se trompe dans la définition du problème. Car savoir qui sera le meilleur candidat pour 2012 n’est pas d’une grande utilité dans une optique de long terme. En se focalisant sur les questions de personnes, on risque de ne penser qu’en termes d’image et non de fond. C’est une vision néfaste de la politique et de la démocratie. C’est croire que l’électeur est abruti et ne choisit que sur des questions superficielles, ce qui n’est pas complètement faux, mais c’est surtout croire qu’il ne peut en être autrement. Sarkozy n’a pas convaincu que la politique qu’il comptait mettre en place serait bonne. Il a raconté une histoire, fait croire et rêver l’électeur. C’est pourquoi aujourd’hui il déçoit. Etre réellement socialiste ne saurait être compatible avec une telle conception de la politique. Car c’est aussi être antidémocrate que de raisonner ainsi : il s’agirait de convaincre par des techniques de marketing de porter telle ou telle personne au pouvoir, en sachant très bien que ce n’est pas pour une politique que l’électeur se prononce… Bref, on ne doit pas concevoir la politique qu’en termes de pouvoir. L’essentiel n’est pas que ce soit le candidat du PS qui soit élu en 2012 à l’Elysée. Non. L’essentiel c’est la politique qu’un tel président mettra en place et c’est que l’électeur ait choisi cette politique en connaissance de cause parce qu’on l’aura convaincu. C’est la seule solution pour pouvoir mettre en place une réelle politique socialiste, car c’est en convaincant vraiment, sur les solutions politiques, que le pouvoir restera suffisamment longtemps aux socialistes afin qu’ils puissent apporter des solutions innovantes, sociales, humaines aux défis du siècle. Si le débat ne porte que sur « quel candidat sera le mieux placé pour vaincre Sarkozy en 2012 », une chose est certaine, c’est qu’en quelques mois, les Français seront déçu d’un choix qu’il n’auront fait qu’à moitié. Comme en 1981, comme en 1995, comme en 2002, comme en 2007… Non, l’effort du Parti Socialiste doit avant tout se porter dans deux directions. D’abord une rénovation idéologique. Ensuite une popularisation des thèmes et des solutions socialistes.
La réflexion idéologique d’abord. Il faut commencer par se retrouver autour des valeurs qui seront le fondement d’une doctrine socialiste. Pour moi, ces valeurs s’articulent autour d’une recherche de l’émancipation et la libération de la personne humaine. Dans une vision de l’homme qui considère l’égalité des individus, quels que soient leur sexe, leur âge, leur origine, leur nationalité, leur parcours, leur religion, tout en la conjuguant avec l’unicité des ces mêmes individus. Enfin, un corps de valeur qui voit le genre humain non comme une somme d’individus mais comme un corps social qui se doit d’être solidaire. En résumé : émancipation humaine, égalité, solidarité… et ce à tous les niveaux : local, national, européen international. A ces valeurs traditionnelles de la gauche socialiste, il faut aujourd’hui ajouter l’exigence écologique : le pragmatisme nous obligerait déjà à ne pas détruire plus notre unique milieu vital, mais les valeurs déjà citées nous dictent de ne pas forcer nos descendant à vivre dans une porcherie infernale. Il faudra ensuite concevoir des solutions politiques concrètes et réalistes, globales et ambitieuses, qui permettent d’imaginer puis de réaliser une évolution de la société afin de répondre au mieux aux exigences de ces valeurs fondamentales. Je ne connais pas ces solutions bien sûr (même si j’ai quelques idées, je les développerai dans un autre texte, ici ce n’est pas le sujet). C’est justement là que doit intervenir le Parti. Parce que se mettre grosso modo d’accord sur les valeurs que nous voulons défendre n’est pas bien compliqué (encore que…). L’étape difficile c’est de traduire cette volonté en force de proposition. Et justement, le PS compte en son sein de nombreux intellectuels compétents. Et encore bien d’autres sont des « compagnons de routes ». Economistes, sociologues philosophes, politologues, historiens, urbanistes, géographes… et sûrement des biologistes (écologues de préférence). Pourquoi ne pas mettre à profit ce vivier d’intellectuels, qui ne demande sûrement pas mieux, pour imaginer ces solutions ? Pas pour tirer un trait sur tout ce que les socialistes ont pu penser depuis un siècle. Non, pour adapter, innover à partir de ces différentes idées et construire un projet cohérent et réellement socialiste qui réponde à la situation qui est celle de la France, mais aussi de l’Europe et du monde, aujourd’hui. Des solutions qui devront dans le même temps se confronter aux débats avec les militants et à un aller-retour de discussions avec la population. Discussions organisées dans le cadre d’un travail de terrain qui doit former selon moi le deuxième axe de l’action future de Parti Socialiste.
Le deuxième axe de ce qui devrait être l’action du Parti Socialiste est donc le travail de popularisation des valeurs, des thèmes et in fine des solutions des socialistes. Travail qui devrait être bien plus ambitieux, bien plus profond qu’une simple campagne électorale, essentiellement télévisée. Car comme je le disais plus haut, pour espérer avoir les moyens de mettre en place une politique socialiste, il faut vraiment convaincre la population. C’est donc sur le terrain idéologique que la propagande (acceptons le mot dans sa définition non totalitaire : travail de communication en vue de convaincre sur un terrain politique) doit jouer. On sait tous que la télévision, et la plupart de médias de manière générale, se prêtent mal à de longs débats ou argumentaires. Je pense que pour convaincre il faut réellement aller vers les gens. C’est d’un travail de terrain que pourra émerger une France socialiste. Comment faire ? Là encore, je n’ai pas de réponse toute faite. Le PS est lié à un grand nombre d’associations de terrain, il y a sûrement quelque chose à faire de ce réseau. Ensuite, il faut utiliser au mieux le réseau des militants. Pour organiser des diffusions de tracts, des journaux locaux (qui traitent à la fois des enjeux locaux et nationaux)… Et surtout organiser des réunions, dans les entreprises, dans les quartiers pour (re)créer un lien avec les couches populaires (ah, que je n’aime pas cette expression !) et le Parti. Ce qui nécessite de revaloriser la place des militants dans le Parti. Bref, il faut faire du PS un parti de militants et non de notables. Et peut-être un jour un parti de masse. C’est par un tel travail de longue haleine, en ressassant parfois certains thèmes, en convaincant pied par pied qu’on construira quelque chose de durable. Renforcer le lien entre le Parti et le peuple passe aussi par une meilleure écoute qui fasse remonter les revendications populaires jusqu’aux débats idéologiques, une écoute qui soit aussi une forme de conseil aux personnes en situation difficile (comme parfois les syndicats au sein de entreprises) et donc une écoute créatrice de confiance…
Finalement, c’est l’hégémonie idéologique que nous devons chercher car l’hégémonie idéologique ne pourra amener à long terme que la victoire politique, et si le travail préparatoire idéologique a été bien mené, celle-ci amènera à son tour la victoire sociale.
(Ce texte a été concocté à l'intention du tout jeune blog coopératif Congrès Socialiste par les militant(e)s. C'est pourquoi je répète en développant ce que je disais déjà dans ma note Rénover ?. Je le publie ici car il développe et clarifie ce premier jet et pour qu'il figure sur le portail Cozop)
17:07 Publié dans Réflexions politiques | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : gauche, rénovation, ps, socialiste
25.03.2008
Qu'est ce que l'égalité ?
Egalité. Voilà un mot qu'on connaît bien. Il est de notre devise, "Liberté, Egalité, Fraternite", de notre fièrement nationale Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (DDHC pour les intimes) où les hommes "naissent et demeurent libres et égaux en droit". Il est l'un des mots les plus importants du vocabulaire de la gauche.
Mais, c'est quoi l'égalité ?
Laissons de côté l'égalité "identité" dont révèrent certains utopistes du XIXe siècle qui pensait que l'avenir de l'homme serait quand même meilleur si on devenait tous les mêmes. Oublions aussi pour le moment l'égalité d'une "société sans antagonisme de classe" que le père Lénine imaginait après la dictature du prolétarait, une égalité "selon les besoins" possible par l'avènement d'un homme nouveau par sa vertu ou que Babeuf imaginait on ne sait trop comment.
Parlons plutôt de l'égalité "selon les capacités" dont parlait le même Lénine et bien d'autres avant lui (Marx, Proudhon, Saint-Simon... j'en passe). Dans l'idée, elle rejoint ce qu'on appelle souvent égalité "des chances" ou "méritocratique". Dans cette acception, l'égalité doit être celle des athlètes. Partons tous derrière une même ligne et nous arriverons dans l'ordre de nos mérites. Elle pose deux problèmes : comment partir avec les mêmes chances, et comment juger les mérites de chacun ?
Pour répondre réellement au premier problème (et pas à la Broloo...), il faut travailler l'éducation afin qu'elle ne soit pas dépendante des conditions sociales de chacun et il faut... supprimer l'héritage (ou au moins le limiter fortement). Entre autres idées.
Mais c'est surtout le deuxième problème qui est le plus gênant. C'est celui qu'on rencontre dès qu'on parle de mérite. Quels sont les critères qui permettent de mesurer le mérite ? Est plus méritant celui qui, malgré un travail intense, est mauvais à l'école ou celui qui, sans rien glander, obtient de bon résultat ? Doit-on juger, en termes de résultats, de temps de travail, de difficulté de travail, de dangerosité, de responsabilité . Et surtout, qui doit juger ? L'Etat, le marché... ?
Sur cette deuxième question, je n'ai pas de réponse, notamment sur les critères qui permettraient de juger le mérite de chacun. Mais je pense qu'il faudrait peut-être déconnecter, au moins en partie, l'idée d'égalité de la notion de mérite. Partons du principe que nous sommes tous des être humains, et qu'à ce titre nous avons droit à un minimum vital qui donne à chacun les moyens de s'émanciper.
Il y a peut-être un troisième problème : comment récompenser le mérite ? Une reconnaissance sociale, de l'argent.... Là encore je n'ai pas de réponse, si ce n'est que je ne considère ni l'une ni l'autre de ces deux récompenses comme la finalité d'une existence humaine.
Edit : à me relire, ce billet est fouilli et fourre-tout.... tant pis ! Promis, un jour je parlerai concrètement...
21:36 Publié dans Réflexions politiques | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : politique, égalité, lénine, marx, saint-simon, borloo
16.03.2008
Rénover ?
Paraîtrait qu'il faut rénover le PS. Si vous n'êtes pas au courant, c'est comme pour le pouvoir d'achat, c'est que vous ne vivez pas sur la même planète que moi.

Alors c'est quoi rénover ? Sur la forme, le fond, la stratégie...?
Pour beaucoup de commentateurs, derrière une exigence de renouveau sur le fond, c'est surtout une évolution sur la stratégie qui est nécessaire. Il serait temps que "le PS se débarrasse de ses archaïsmes gauchistes" , nous dit-on, pour se tendre tout entier vers le centre. La modernité contre le conservatisme.
Je pense que c'est mal poser le problème. Car il faut voir plus loin que l'exercice du pouvoir. La question première devrait être celle qui se pose depuis Tchernychevski puis Lénine... "Que faire ? [.pdf]". Que faire pour répondre à l'éternelle "question sociale" ? Et donc finalement, et surtout, que faire du pouvoir ?
J'écrivais il y a quelques jours : "la question centrale de sa rénovation [est] : comment répartir les richesses dans un monde fini ?". C'est une question qui dépasse les réflexions politiques et philosophiques car elle suppose des interrogations "scientifiques". De la part aussi bien des économistes que des écologues pour imaginer une nouvelle manière de produire des richesses qui prenne en compte les limites de notre présence sur terre, avec en parallèle des réflexions de sociologues, de philosophes et, encore une fois, d'économistes, sur la meilleure manière de redistribuer les richesses et sur la fameuse question du "vivre ensemble". Le camp socialiste est riche d'universitaires et d'intellectuels. Qu'il les interroge donc. Il y aura nécessairement plusieurs réponses. Il faudra trancher sur le fondements des valeurs et des objectifs de long terme.
Cette profonde réflexion doit s'accompagner d'un travail pédagogique. C'est pour moi bien plus important que tous les accords de partis, les concessions sans fondements idéologiques pour tenter de raccrocher tel ou tel "électorat". On s'adresse aux électeurs par en haut, c'est-à-dire à travers ceux pour qui ils ont voté précédemment. Il faut s'adresser aux citoyens directement, et au-delà des périodes électorales. Ce doit être un travail de longue haleine : diffuser en les expliquant les thèses socialistes. Et autrement que par l'intermédiaire des médias traditionnels ou d'internet. On montre souvent comme obstacle à une rénovation du PS son implantation locale et ses notables. Faisons en une force. Utilisons les pour faire ce travail pédagogique. Un vrai travail de terrain. Organiser des réunions dans les quartiers, distribuer des tracts pédagogiques, à travers les élus locaux quand il y en a, à travers les sections d'oppositions sinon. A travers aussi certains tissus associatifs denses et proches des socialistes. Il y a vingt ans, c'était le PCF qui s'y collait, et le PS qui récoltait. Aujourd'hui, le PCF est très diminué et le PS n'a pas pris le relais.
Si le PS veut pouvoir occuper le pouvoir sur le long terme, et ne pas devoir faire de concessions une fois élu, il doit imposer son hégémonie sur le terrain idéologique. Et cela, seul un véritable travail d'éducation populaire pourra le permettre. Et parce que la presse écrite n'est que le lot de certains et la télé ne peut véhiculer que des messages simplistes, ce doit être une éducation populaire au corps à corps.
Convainquons chaque citoyen sur l'importance du partage, du vivre ensemble, etc... et le marketing politique ne deviendra qu'un gadget.
13:14 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : ps, socialiste, rénovation, pouvoir, achat
13.03.2008
Municipales : raisons d'un échec ?
Un peu partout en France la gauche a été plutôt performante dimanche dernier. Et notamment en Normandie avec Rouen qui quitte l'UMP dès le premier tour, Alençon qui en fait autant, Dieppe qui se livre aux rouges, Caen qui menace de passer au PS, Cherbourg qui reconduit magistralement son maire socialiste... Sauf à Hérouville.
Hérouville, troisième ville du département, considérée comme un bastion de la gauche : des décennies de mairie socialiste (quasiment depuis la naissance de cette "ville nouvelle"), 67% pour Royal le 6 mai dernier (à peu près le plus gros score national pour une ville de plus de 20 000 habitants...)... en juin dernier, le députe-maire UDF-Modem-Sarkozyste-mais-pas-trop, Rodolphe Thomas, perdait son mandat de parlementaire. S'il avait été élu en 2001, c'était à la faveur d'un triangulaire avec deux listes de gauche, avec un peu plus de 40% des suffrages. Forte de son union retrouvée, d'un PS renouvelé et des résultats de la gauche en 2007, la liste "Hérouville à gauche" avait de bons espoirs de s'imposer. Et pourtant le candidat de la droite a été réélu avec plus de 53% des voix. A gauche, on tente de comprendre...
Sur son blog, la tête de liste, Emmanuel Renard, avance quelques points qui peuvent, selon lui, expliquer ce résultat.
- Une dépolitisation du scrutin sur Hérouville [modem, RT a joué sur la fibre "ni gauche, ni droite"]
- Une notoriété beaucoup plus faible que celle de R.Thomas (maire à temps plein pendant 7 ans dont 5 également député)
- Une communication peut être trop ambitieuse, trop qualitative de notre part face à une communication « au canon » de la part de notre adversaire [voir mon commentaire sur le programme d'ER]
- Une pratique du clientélisme avec son lot de promesses surtout les dernières semaines [voir mon commentaire sur le programme de RT]
- Des tracts anonymes (mais nous savons très bien qui en était l’auteur !) mensongers, diffamants et calomnieux (E.Renard supprime le RMI aux Hérouvillais ! La liste de gauche refuse des repas substitutifs aux enfants musulmans ! Nous nous serions opposés à la Mosquée ! Notre projet conduirait à la fermeture de Carrefour ! ) mais aussi des rumeurs plus folles les unes que les autres…mais tout ceci fragilise, inquiète, perturbe
- Une absence de critique du bilan de R.Thomas [c'est quand même con...moi je l'ai fait à l'arrach']
__________________
(c'est moi qui graisse et commente entre crochets)
Pour résumer, faire une campagne "éthique" ça paie pas forcément...
Je comptais faire une analyse plus personnelle, mais Emmanuel a dit ce que je pensais...
23:22 Publié dans Actu locale | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : hérouville, municipales, municipale, politique, thomas, rodolphe, modem
10.03.2008
Faut-il augmenter le pouvoir d'achat ?
Si vous vivez sur une autre planète, vous n'avez peut-être jamais entendu parler de pouvoir d'achat. Et encore.
Depuis un sacré paquet de mois, c'est un putain de consensus : il faut augmenter le pouvoir d'achat. De la LCR au FN en passant par le PS et l'UMP. Il faut augmenter le pouvoir d'achat.
Moi j'aime pas les consensus, j'aime bien les débats et là, j'aime pas l'expression. Pouvoir d'achat ? On m'avait parlé de droits, de liberté, d'égalité, de répartition, de solidarité. Mais non, aujourd'hui, le plus important serait de pouvoir acheter toujours plus. Comme vous n'avez pas pu le rater, on vit déjà dans une société de surconsommation : le kiff de la mort c'est 4x4, écran plasma et iPhone. Si le pouvoir d'achat c'est plus de 4x4, plus d'écran plasma, plus d'iPhone... écoutez Ushuaïa-man, c'est sûr que nos enfants n'auront pas de planète. Surtout quand quelques milliards de chinois ou d'indiens voudront aussi gagner du pouvoir d'achat.
Je caricature (un peu), revenons en aux bases. Voilà comment Wikipédia définit (pas trop mal) le pouvoir d'achat en termes économiques : "En économie, le pouvoir d'achat d'un revenu donné est la capacité d'achat en termes de biens et services que permet ce revenu. En particulier, le pouvoir d'achat d’un ménage est la capacité d’achat que lui permet l’intégralité de ses revenus.".
Dans la population, on a plusieurs cas de figures. Des classes populaires qui ont réellement du mal à boucler les fins de mois. C'est-à-dire qui ont du mal à payer le minimum vital, logement, alimentation, éventuellement soins non couverts... Pour ceux là, il faut réellement faire quelque chose, surtout avec les prix qu'ont atteint l'immobilier et la hausse que connaissent certaines denrées essentielles. A l'opposé, on a des gros riches. Ceux là, on s'en fiche un peu de leurs soucis de pouvoir d'achat... ils n'en n'ont pas ! Entre les deux, on a le ventre mou des classes moyennes. Ceux-là arrivent peu ou prou à manger comme il faut, à se loger. Mais parfois, ils doivent pour cela rogner sur l'envie de consommation que leur ingurgite le "modèle de société" que créé, entre autres, la publicité.
Si on est de droite ça ne plait pas, forcément. On a travaillé plus, on a mérité de consommer plus. Mais que la gauche s'engouffre sans la moindre réflexion, y compris la gauche extrême, dans ce débat me trouble un peu plus. Il me semble qu'elle devrait poser la question avant tout en terme de redistribution. Pas de débat. J'ai pourtant l'impression qu'on est face à un réel un choix de société, dans un débat qui recoupe finalement celui de l'urgence écologique. Et en même temps que tout le monde est d'accord pour sauver le monde de la catastrophe écologique, tout le monde, sauf les "objecteurs de croissance", est d'accord pour sauver la consommation et surtout l'augmenter. Personne ne relève la contradiction.
Ce rush sur la question du pouvoir d'achat permet au PS de gagner des points politiquement. Mais il lui évite aussi de se poser la question qui devrait, à mon humble avis, être la question centrale de sa rénovation : comment répartir les richesses dans un monde fini ? Je n'ai pas la réponse. Mais si je suis sûr d'une chose, c'est que cette réponse n'est pas l'augmentation du pouvoir d'achat. La décroissance n'est peut-être pas la solution, mais si nous refusons d'en arriver là, il faudra très vite trouver comment mieux consommer, et finalement comment, globalement, moins consommer. Tout en corrigeant quelques menues inégalités sociales. Tayaut !
22:26 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : pouvoir, achat, sarkozy, politique, gouvernement, lcr, ps
07.03.2008
Benoît Hamon
Une interview intéressante de Benoît Hamon. J'en retiens quelques petites choses :
Il rejette l'analyse simpliste habituelle de la défaite de 2007 et "ne pense pas que la défaite soit due à un complot des éléphants, même s’ils traînaient un peu des pieds, ou par les lacunes de la candidate". Pour lui,"le candidat de droite a fondé sa victoire sur la question sociale. La gauche perd sur la question sociale dans un contexte de forte demande sociale. Insensé !" C'est la "Travailler plus pour gagner plus" qui a fait la victoire de Sarkozy, avec un gauche incapable de l'emporter sur ce qui devrait être sa première préoccupation, la question sociale. Il parle ainsi de la "conversion de la gauche à la doctrine sociale de la droite" (donnant-donnant, dénonciation de l'assistanat...). D'où vient cette conversion ? De "la crise du modèle social", qui découle elle-même du "le choix de la construction européenne [qui] encourage à la baisse des recettes fiscales" et "à la réduction du déficit". Cette conversion, Benoît Hamon la rejette. Pour lutter contre, il veut combattre "tous les diagnostics fainéants à partir desquels on justifie ce consensus sur les questions économique et sociale".
Viens ensuite une dénonciation classiquement socialiste des premiers mois de Sarkozy qui visent à "casser le système social français" pour augmenter "la rentabilité du capital d’investissement", "la droite s’est elle-même droitisée". Comment lutter ? Il cherche à "refaire de la confrontation et redonner forme aux clivages" insistant sur un nécessaire "travail pédagogique" sur "l’ampleur des instruments de redistribution et notamment la vocation qu’on donne à l’impôt"
Rien de vraiment nouveau de cette analyse, mais ça fait au moins un socialiste de gauche. S'il n'y a qu'une chose à retenir de cette interview, c'est le dernier point que je soulève, l'importance de l'impôt.
17:46 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : benoit, hamon, ps, mjs, sarkozy, royal, ségolène
04.03.2008
Ca chauffe aux frontières colombienne
Il parait que ça chauffe aux frontières colombiennes. Qu'est ce qui se passe alors ?

Tout a commencé par l'assassinat du commandant Raul Reyes, porte-parole et "ministre des affaires étrangères" des FARC. Pour commencer, qui est ce Reyes ? Maurice Lemoine, redac' chef du Diplo l'explique sur le blog du mensuel. "Raúl Reyes appartenait au secrétariat des FARC, l’instance dirigeante", il était en contact "avec les journalistes et les émissaires négociant la libération des « prisonniers politiques » et des otages de la guérilla" et donc à ce titre, "le plus exposé". Bref, c'était le négociateur des FARC, celui qui était en discussion, notamment avec Sarkozy, sur la dossier Betancourt. Lemoine résume l'objectif de ce meurtre :
"Plus qu’une victoire militaire — Reyes était un cadre politique —, il s’agit là d’un coup très dur porté aux tentatives menées pour résoudre la question de l’échange humanitaire — prisonniers des FARC contre guérilleros — demandé depuis des années par les FARC, les familles des otages, dont celle de la Franco-colombienne Ingrid Betancourt, et de nombreux représentants de la communauté internationale (parmi lesquels le président français Nicolas Sarkozy). Là était l’objectif de cette action."
Et cela intervient à un moment où la négociation entre Chavez et les FARC ont démontré qu'il était possible d'obtenir une avancée vers des libérations d'otages. Ce qu'Uribe a toujours tenté de faire apparaître comme impossible. Cet événement est de mauvais augure pour la suite des libérations d'otages.
Deuxième souci avec l'assassinat de Reyes, c'est qu'il n'a pas eu lieu en Colombie, mais en Equateur. Une "bombe intelligente" suivie d'un commando héliporté. Du coup, crise diplomatique : Rafael Correa, le président équatorien trouve que quand même, là, y a du viol de souveraineté dans l'air. Sans compter que de l'autre côté de la Colombie, on est chez son pote Chavez. Dont on peut difficilement nier la grande gueule et vanter la délicatesse. L'Equateur et le Venezuela ont rompu les relations diplomatiques avec la Colombie, ont fermé leurs frontières... et déménagé des troupes vers la frontière. Chavez justifie ainsi cette action : cet assassinat serait un "acte de guerre et d'irrespect violant la souveraineté de l'Equateur". Et il ajoute, s'adressant à Uribe, "réfléchissez et bien, ne vous avisez pas à faire de même sur ces terres, car ce serait un casus belli, un cas de guerre".
Pour l'instant, Uribe, ne déploie pas l'armée. C'est déjà ça. Mais verbalement, il y va fort : il accuse Chavez de "parrainage et financement de génocide" et prétend avoir des preuves qu'il a vendu 50 kg d'uranium aux marxistes à machettes. Deux remarques : j'aimerais qu'on arrête de parler de génocide dans tous les sens, c'est pas n'importe quoi un génocide. Et surtout, n'oublions pas les preuves américaines de l'existence des ADM irakiennes...
Ca chauffe donc. A suivre.
22:24 Publié dans Actu internationale | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : chavez, correa, uribe, reyes, betancourt, sarkozy
03.03.2008
[Municipales] Le programme de Rodolphe Thomas
Ca y est, Rodolphe Thomas, candidat modem à sa propre succession, a fini son programme. Et il l'a même déposé dans ma boîte (heureusement, parce qu'il est pas en ligne [edit : maintenant c'est fait (.pdf)]). Trop cool.

Je ne m'étendrai pas longtemps sur le moment de la sortie. Moins d'une semaine avant l'échéance c'est bien évidemment trop court pour permettre de débattre autour du projet.
Un mot rapide aussi sur la forme. C'est affreusement bordélique. Des infos dans tous les sens, des photos partout, et il faut un peu de temps pour trouver quels sont les grands axes de ce projet. Mais on fini quand même par y arriver, ce qui va me permettre de me pencher sur le fond.
Comme pour le commentaire du programme d'Emmanuel Renard, je ne suivrai pas son plan, mais m'attarderai sur les questions qui me semble les plus importantes : économie, environnement, urbanisme.
Economie
Dans ce programme, la vision de l'économie est avant tout tournée autour de l'emploi. C'est louable, mais à mon avis insuffisant, d'abord parce que c'est une question qui ne se règle pas à l'échelle de la commune, mais se travaille à celle de l'agglo. Beaucoup d'Hérouvillais travaillent à Caen, beaucoup de ceux qui travaillent à Hérouville ne sont pas hérouvillais. Il faudrait aussi parler du contenu de l'économie. Sur ça, à part une brève mention de l' « économie solidaire », nada. Il ne parle presque que de commerce, à croire que l'économie n'est que commerce !
Le principal projet sur la question de l'emploi est l'agrandissement du centre commercial Carrefour. Son argument est le suivant : « réagir à la concurrence sur l'agglomération et ainsi éviter la fermeture du centre commercial ». Je l'ai entendu aussi sur France 3 insister sur la taxe professionnelle que cela rapporterait. Je doute que notre Carrouf' ferme. Plus de trente qu'il est là, il est à peu près en monopole sur une commune de 25 000 habitants... et rien ne nous dit en plus que les 250 emplois qu'il prévoit proviendraient d'Hérouville. Quant à la taxe professionnelle, elle fait partie de ce qui a été mutuallisé au niveau de l'agglo. Enfin, l'encart sur ce point a un côté démagogique...affirmer qu'il y aura une FNAC alors que le projet en est à peu près au niveau 0, il me semble que c'est s'avancer beaucoup ! Cette proposition est aussi contradictoire avec ses propositions sur le dynanisme des centres commerciaux de quartier : Carrouf' a déjà assez dévoré le reste de l'activité commerciale de la ville. Ca suffit !
Environnement
Le programme est pauvre sur l'environnement. On retiendra l'engagement de maintenir l'eau en régie municipale. Moins celui en faveur des pistes cyclables quand on sait le peu de cas qu'il a fait de cette question depuis 2001.
Il promet aussi de poursuivre la rénovation de l'éclairage pour qu'il soit plus économique.Un hors sujet pour mieux y revenir : il vient de signer une délégation pour l'éclairage avec Vinci et la mairie se trouve désormais engagée à verser 1 millions d'euros par an à Vinci, sans marge de manoeuvre, pour 18 ans ! Non seulement cette signature est scandaleuse parce que très peu de citoyens ont été mis au courant, mais elle enlève en plus la possibilité à la mairie d'agir effectivement pour rendre l'éclairage plus économe...
Créer une « Maison de l'Environnement et du Développement Durable », allez voir le commentaire que j'ai fait sur une proposition similaire chez Emmanuel Renard.
Solidarité
« Gratuité de la restauration scolaire », « augmentation des aides pour l'accès au soin », « augmentation des aides alimentaires », « aides pour la garde d'enfant » et...« pas de hausse des taxtes communales. Non ! Au nouvel impôt d'agglomération ». On rase gratis ? Au vu de l'état des finances de la ville, il y a peu de marge de manoeuvre. On ne peut que répartir autrement l'argent de la ville. On aimerait donc savoir dans quels postes budgétaires il piochera. Et là, pas un mot.
Micro-crédit. Là encore j'en ai parlé pour le programme de Renard, je ne reviens pas là dessus.
Et une autre « Maison ». Celle là, ce sera la « Maison du citoyen ».... heureusement qu'on a beaucoup de grues à Hérouville ! Et pour aller avec une « Maison des seniors ».
Urbanisme
Pas mal de choses sur le logement, faut dire qu'il aime parler de ça.
Création d'un nouveau quartier entre le Bois et Beauregard. Rien à redire sur l'idée, faut juste pas oublier qu'il y a un projet de route à cet endroit depuis un bout de temps. Et comme c'est très hypothétique, c'est trop flou pour qu'on puisse en dire plus. Sauf qu'il s'avance beaucoup en affirmant que le tramway s'y rendra : je rappelle que Bombardier ne construit plus le modèle de tram qu'utilise Caen ; et de toute façon, cette décision ne reviens pas au seul maire d'Hérouville.
Sinon, il continue sur sa lancée 1 logement social détruit = 1 logement social construit. Ce serait insuffisant vu la demande, et par rapport à son bilan, c'est faux et les logements reconstruits ne sont pas nécessairement aux même loyers...
Quelques bonnes idées, mais je ne sais pas si elles sont réalisables : taxer les proprio de logements vides, obliger les bailleurs privés à réhabiliter les logements indignes.
Passerelle vers Lébisey, se rappelle-t-il qu'il avait annoncé à certains habitants du quartier un comité pour réflechir à la question il y a quelques année ?
A mon goût, il manque des indications en matière de démocratie locale, ce qui est pour moi un point essentiel. Par contre, je me serais bien passé de la page qui, au prétexte de parler de la jeunesse, ne traite quasiment que de sport. Hé, on fait pas que du foot !
Je vois aussi des effets d'annonces, sur des projets sur lesquels le maire ne décide pas, sur des subventions qu'il ne pourra pas honorer... En bref, son projet me semble beaucoup moins réaliste que celui de son concurrent. Y croit-il lui même ?
Et comme la mise en page le laissait prévoir, le programme est lui-même bordélique, avec des mesures dérisoires (voir plus bas) et d'autres extrèmement importantes (carrefour)...
Pour finir, je ne résiste pas à l'envie de vous citer deux propositions qui révolutionneront la ville et qui illustrent à mon goût ce qui, hors démagogie, n'a rien à faire dans un programme politique :
« Création d'une guinguette estivale sur les berges du canal »
« Organiser de nouvelles sorties découvertes, avec les jeunes en famille »
Si c'est pas beau !
22:27 Publié dans Actu locale | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : hérouville, rodolphe, thomas, emmanuel, renard, élections, municipales

