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29.04.2008
Les idées politiques sous la Révolution française (2/8)
I – 1789, la phase libérale
a) L'affirmation des Droits de l'Homme
L'un des premiers actes de la Révolution, et celui qui en est aujourd'hui l'un des principaux symboles, est la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. L'idée n'est pas tout à fait nouvelle et la France n'est pas la première à se doter d'une déclaration de la sorte. On y retrouve certains éléments présents dans la Déclaration d'Indépendance américaine ou dans les constitutions de certains Etats américains (notamment la Déclaration des Droits de Virginie de juin 1776). Mais la Déclaration de 1789 se démarque de tous ces textes par son universalisme : « le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme ». Cette idée d'un ordre politique fondé sur des droits naturels découle directement des idées des Lumières. Locke estime ainsi que la vocation du pouvoir est de garantir les droits naturels. La Déclaration liste ces droits imprescriptibles : « la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression ».
De la liberté, elle donne une définition négative, « la liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». De ce point de vue, être libre c'est être débarrassé des contraintes qui empêchent d'agir. L'affirmation de la liberté par la Déclaration se fait en opposition à l'Ancien Régime et ses abus. Dans cette logique, l'Assemblée s'attelle ensuite à détruire les institutions qui faisaient obstacle à l'indépendance individuelle : privilèges, ordres religieux, corporations. La formule de la liberté qui s'impose est donc celle de l'indépendance individuelle, chère à de nombreux philosophes tels Locke et Montesquieu. Ce n'est pas celle de Rousseau, qui soutient qu'il n'y a de liberté que dans la soumission volontaire à la volonté générale, c'est-à-dire que la liberté s'obtient par la participation active à la vie publique. Cependant la réalité doit apporter quelques aménagements à cette définition de la liberté : en réglementant la presse ou en condamnant les émigrés au nom de l'ordre public ne créé-t-on pas des obstacles nouveau à la liberté ? L'ordre public impose un accroc au principe de la liberté.
En 1789, la liberté est inséparable de la propriété. C'est elle qui garantit la liberté : la propriété permet l'indépendance matérielle et donc la liberté. C'est un des arguments qui justifient le suffrage censitaire. La Déclaration précise que « la propriété est un droit inviolable et sacré ». Cette consécration est dans fil des philosophies du XVIIIe siècle. La propriété est au cœur du système des physiocrates, elle existe déjà dans l'état de nature chez Locke qui la considère comme un droit naturel et pas une institution. Ce principe aussi est mis quelque peu à mal par les faits : on confisque les biens des émigrés. Encore une fois au nom de l'ordre public.
L'article 1 de la déclaration affirme que les hommes « naissent et demeurent libres et égaux en droit ». Mais l'égalité n'apparaît pas comme un droit naturel. Pour Sieyès, elle est cependant indispensable à la liberté : « une société dans laquelle un homme serait plus ou moins libre, serait à coup sûr fort mal ordonnée, elle cesserait d'être libre ». Mais quelle égalité ? L'idée d'une égalité méritocratique, proportionnelle aux services rendus à la communauté, semblait la plus présente dans les philosophies du XVIIIe siècle. Et si elle doit entraîner de nouvelles inégalités, celles-ci seront supportables. Que les premières places soient attribuées aux hommes éclairés semble préférable à Voltaire. Face à cette égalité méritocratique, certains comme l'abbé Mably pensent qu'il faut faire une plus large place aux besoins. Les besoins sont aussi impérieux chez les moins méritants. C'est une égalité matérielle qui se profile ainsi. Mais l'égalité de la Constituante est avant tout politique. Il s'agit que chacun soit le même face à la loi, qu'il y soit soumis de la même manière et qu'il y participe. Les mesures prises au nom de l'égalité se fondent plus sur l'égalité méritocratique : quand en juin 1790, les députés abolissent la noblesse héréditaire, Lameth affirme que les hommes ne peuvent tirer de dignité que par leurs « fonctions » et leurs « actions ». Toutefois, même l'égalité politique est limitée, le suffrage est censitaire et les représentants sont plus puissants que les représentés.
C'est l'individu que consacrent les droits de l'homme de 1789. Liberté, propriété, égalité, ces valeurs sont toutes articulées dans le sens de la protection des individus contre la puissance collective de l'Etat. C'est en ça que 1789 est héritière des philosophes libéraux du siècle précédent, de Locke à Montesquieu, plus que de Rousseau qui soumet chacun à la volonté générale à laquelle il participe.
19:22 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : révolution, droits de l'homme, droits, homme, sieyes, liberté, locke
18.04.2008
Les idées politiques sous la Révolution Française (1/8)
Je pars en vacances une semaine. Pour vous faire patienter et saliver, voici l'introduction d'un exposé sur les idées politiques sous la Révolution. Avec un peu de chance, le reste suivra !
Bonne lecture...
Introduction
En 1789, l'Ancien Régime disparaît. Les Etats Généraux, réunis début mai, se proclament Assemblée Nationale le 17 juin. « Ce décret était la Révolution elle-même » écrit Mme de Staël quelques années plus tard. Effectivement, il est une négation de la société ordonnée d'Ancien Régime. Et les événements des mois et années qui suivent achèvent de renverser l'ordre politique et social. La décennie 1789-1799 est complètement prise par la Révolution. Plusieurs régimes, plusieurs constitutions se succèdent rapidement, les chefs politiques avec. Ce n'est qu'avec le coup d'Etat du 18 brumaire et l'avènement de Bonaparte que la situation se stabilise.
C'est une époque d'ébullition pour les idées politiques. Les idées qui sont nées pendant ce « siècle des Lumières » se trouvent confrontées à la réalité. Elles sont amendées, interprétées, contredites en regard des événements. D'autres idées sont nouvelles ou leurs auteurs, obscurs autrefois, sont mis en avant par la Révolution. Cet ensemble confus donne naissance à peu d'ouvrages de doctrines, mais on y voit apparaître la plupart des thèmes dont débattent les idéologies du XIXe siècle.
Ce sont ces idées que nous étudierons, en nous interrogeant sur les ruptures et continuités qu'elles présentent. Ruptures et continuités par rapport au siècle précédent, ruptures et continuités au sein de la Révolution elle-même.
Au sein de la Révolution elle-même, on distingue généralement trois phases. Une première phase libérale s'étendant de 1789 à 1792, suivie d'une période jacobine en 1793-94. La dernière phase est celle qui suit la chute de Robespierre et semble revenir aux idées libérales. Nous verrons comment les débats et les idées évoluent au gré de ces événements.
23:21 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : politique, révolution, française, 1789, robespierre, histoire
14.04.2008
A la recherche du PCF
Je suis aujourd'hui en dernière année de licence. Ce qui signifie que l'an prochain c'est le master. Pour ma part ce sera un master recherche en histoire politique. Première réelle approche de la recherche qui entraîne dès maintenant une réflexion sur le sujet que je vais étudier. Voilà qui est exaltant : c'est à moi qu'il revient de définir quel sera l'objet d'une année entière de travail !
Alors je m'y suis collé. D'abord trouver un objet d'étude. Ca ne vous étonnera pas : j'ai choisi de travailler sur les idées politiques. Ou plutôt sur le rôle de l'idée en politique. Comme pour répondre à une problématique que je soulevais il y a quelques semaines pour l'ouverture du Blog du Congrès socialiste par les militants, je m'intéresse à la manière dont les idées politiques pénètrent au sein du corps civique. J'y vois deux choses. D'abord les médias traditionnels (TV, radio, presse écrite) ; je ne m'y attarderai pas. Ensuite, plus complexes, ce que j'appelerai les formes militantes de la propagande. Articulées autour des hommes et des structures politiques : réunions publiques, formations au sein des partis, campagnes électorales... C'est, vous l'aurez deviné, sur ces formes militantes de la diffusion des idées politiques que j'ai choisi de travailler.
Reste à traduire ce questionnement encore relativement vague en un sujet précis de Master 1. Après un rapide rendez-vous avec mon futur maître de recherches, je m'oriente vers une étude des structures du PCF en partant de cette interrogation sur la manière dont se transmettent les idées politiques. A priori je me limiterai géographiquement (sûrement la seule Basse-Normandie) et chronologiquement (depuis la Libération, sur la Ve ? je me tâte, et ça dépendra essentiellement des sources disponibles).
Ce sera donc un travail à la croisée de l'histoire politique (recherches sur les idées et les structures politiques) et de l'histoire culturelle (diffusion).
Si vous avez des suggestions, des idées, des commentaires quant à ce sujet de recherche, n'hésitez surtout pas. Car la gestation est toujours en cours et ne demande qu'à être meilleure !
(J'avoue le titre est racoleur par rapport au contenu du billet. Vous plaigniez pas, vous avez failli avoir droit à "A la recherche du PCF nu" !)
23:07 Publié dans Réflexions politiques | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : politique, recherche, histoire, master, pcf
01.04.2008
Que veulent les musulmans ?
Billet intéressant sur le blog d'Alain Gresh, redac' chef adjoint au Diplo et spécialiste du Proche-Orient.
Il y reprend un certain nombre d'éléments mis en avant par l'étude de John L. Esposito et Dalia Mogahed, Who speaks for Islam ? What a billion muslims really think. "Cet ouvrage s’appuie sur une très large enquête d’opinion, à travers plus de 35 pays et représentant, selon les auteurs, plus de 90% des 1,3 milliard de musulmans. L’idée est de faire parler les musulmans eux-mêmes et pas les responsables ou les experts" explique Alain Gresh.
Alors que retenir de ce méga-sondage ?
"- Les musulmans n’ont pas une vision monolithique de l’Occident. Ils jugent les différents pays en fonction de leur politique, pas de leur culture ou de leur religion ;
- Leur principal rêve est de trouver du travail, pas de s’engager dans le djihad ;
- Les musulmans, dans la même proportion que les Américains, condamnent les attaques contre les civils comme moralement injustifiables ;
- Ceux qui approuvent des actes de terrorisme sont une minorité et cette minorité n’est pas plus religieuse que le reste des musulmans ;
- Ce que les musulmans admirent le plus dans l’Occident, c’est sa technologie et la démocratie ;
- Ce que les musulmans condamnent le plus en Occident c’est la « décadence morale » et la rupture avec les valeurs traditionnelles (dans des proportions similaires à celles des... Américains) ;
- Les femmes musulmanes veulent à la fois des droits égaux et le maintien de la religion dans la société ;
- Les musulmans pensent que si l’Occident veut améliorer ses relations avec leurs sociétés, il faut qu’il modère ses vues envers les musulmans et respectent l’islam ;
- La majorité ne veut pas que les dirigeants religieux aient un rôle direct dans l’élaboration des Constitutions, mais est favorable à ce que la loi religieuse soit une source de la législation."
Mince alors, Finkie, Redeker (Fontenelle m'a encore fait marré à ce propos...) & consorts se seraient-ils trompé ?
A moins que certains en sortent une énième justification pour aller "libérer" ces peuples. Envoyons donc 1 000 soldats en Afghanistan pour lutter "contre la lapidation des femmes" (je déconne pas, c'est nanard Kouchner qui l'a dit)
12:44 Publié dans Actu internationale | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : islam, islamisme, monde, diplomatique, gresf, musulman, kouchner

