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06 mai 2008

Les idées politiques sous la Révolution française (4/8)

image?id=45929&rendTypeId=4II - 1793, la phase jacobine

 

On regarde parfois la période jacobine comme le négatif de la période précédente, une opposition dont les termes évoluent souvent selon les penchants politiques. Une phase de l'égalité contre une phase de la liberté, une sociale contre une bourgeoise ou une mauvaise contre une bonne. Il existe tout de même quelques éléments de continuité entre 1789 et 1793. Il faut notamment se rappeler que la plupart des hommes de 93 étaient aussi des hommes de 89 (Girondins aussi bien que Montagnards). Leurs idées ont pu évoluer bien sûr, mais c'est aussi les circonstances et les rapports de force qui ont changé. Maintenant que l'Ancien Régime est mort, il faut gouverner et se battre.

a) La patrie en danger

Le 20 avril 1792, la Législative vote la guerre. Le 11 juillet, sous la menace prussienne, elle décrète la « patrie en danger ». Le 10 août, une émeute populaire entraîne la suspension du roi, et la Législative décide sa dissolution avant la réunion prochaine d'une Convention, qui aura pour rôle de donner une nouvelle constitution à la France. Les institutions créées l'année précédente n'ont pas résisté au poids des circonstances.

Cela pose des problèmes par rapport aux principes exprimés depuis 1789. N'est-ce pas une portion du peuple qui vient de remettre en cause la volonté générale, exprimée par l'adoption de la Constitution de 1791 et les élections à la Législative ? N'a-ton pas divisé la souveraineté nationale indivisible ?

Malgré la victoire de Valmy le 20 septembre et la proclamation de la République le 22 septembre, les dangers sont toujours présents et la Révolution se radicalise. Louis XVI est condamné à mort et exécuté le 21 janvier 1793, puis les Jacobins deviennent maîtres de la Convention.  La Constitution à peine votée est suspendue, « jusqu'à la paix » (Saint Just). La volonté de sauvegarder le salut public avait déjà entraîné quelques aménagements des principes entre 1789 et 1792. Désormais, ce sont vraiment les circonstances qui dictent l'action de la Convention. Un gouvernement révolutionnaire est mis en place avec mission de «  fonder la République » affirme Robespierre. Dès lors, le thème de la « patrie en danger » a des implications sur la plupart des idées politiques.

La nation est réduite, excluant les ennemis de la Révolution. Ce n'est pas tout à fait nouveau puisque les émigrés étaient déjà condamnés sous la Constituante. Mais cette opposition entre la nation et ses ennemis prend une place infiniment plus importante. Tout le monde est désormais suspect et plus seulement les anciens privilégiés. La répression s'étend jusque dans le camp même des jacobins avec l'exécution, par exemple, de Danton. Théoriquement, c'est toujours la volonté générale de la nation qui s'impose, mais la nation n'est pendant ces deux années qu'une partie de la France.

La journée du 10 août 1792 a une autre conséquence sur la nation. Le peuple a renversé la représentation, il est désormais le garant du respect de la nation par les représentants. Les sans-culottes obligent ainsi les députés à prendre en compte les aspirations populaires. Mais c'est encore une entorse au principe d'indivisibilité de la souveraineté, car les sans-culottes ne sont qu'eux-mêmes. Et cela remet en cause l'autonomie des représentants, menacés par une volonté particulière.

La liberté semble sacrifiée sur l'autel de la nécessité révolutionnaire. Dans la nation assiégée, un intérêt personnel contraire à l'intérêt général n'est plus égoïsme, mais trahison, crime contre le peuple. Cependant, elle n'est pas oubliée. C'est au nom de la liberté que se bat Robespierre : la Révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis. Mais cette liberté est conditionnée à une action vertueuse. Elle est toujours un droit naturel dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1793, et le rôle de la Constitution est toujours de garantir les droits naturels. Ce principe de 1789 est toujours présent, suspendu à l'achèvement de la Révolution. Quand elle sera victorieuse, la liberté s'imposera : « la Constitution est le régime de la liberté victorieuse et paisible » selon Robespierre.

Comme 1789, la phase jacobine se fonde sur des droits naturels. Mais la hiérarchie n'est pas la même : l'égalité devant la liberté et surtout devant la propriété. Il y a donc une différence sensible sur ce point. Et surtout, la phase jacobine est marquée par une relégation des droits naturels le temps de fonder la République.

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