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31.05.2008

Une histoire des idées socialistes

9782707127372R1.gifPas le temps de faire des longs billets constructifs. Y aurait pourtant quelques sujets à aborder : la remise en cause des 35 heures, le lancement d'une contribution par Hamon et Emmanuelli, le pavé de Delanoë, j'aimerais aussi dire quelques mots sur les formes d'actions, alors que les mobilisations se multiplient... Mais pour l'instant, je vais me contenter de parler d'un bouquin qui me semble intéressant pour ceux qui envisagent de réfléchir avant le Congrès. Et pour ceux qui hurlent au social-traître à la moinder évocation du mot socialiste.

Il s'agit d'une Histoire des idées socialistes, par Noëlline CASTAGNEZ-RUGGIU publiée aux éditions La Découverte en 1997. C'est pas très long (un peu plus de 120 pages) et ça synthétise de manière assez claire deux siècles de réflexion. Pour les plus fainéants, j'ai étudié le bouquin et j'en ai fait une fiche de lecture. C'est assez long (une vingtaine de pages) donc je ne le mettrais pas intégralement comme j'ai pu le faire pour d'autres travaux. J'en placerai peut-être juste deux trois bouts de temps en temps. Je la met toutefois en téléchargement libre et vous balance l'introduction de mon document.

 

 

Noëlline Castagnez-Ruggiu est née en 1986. Elle est agrégée d’histoire et maître de conférences à l’université d’Orléans. Elle étudie le mouvement ouvrier français et notamment la SFIO. Elle signe avec cette Histoire des idées socialistes son premier ouvrage.

 

L’historiographie des idées socialistes françaises est à la fois dense et éparse. Elle est dense car nombreux sont les auteurs qui ont écrit sur le socialisme, éparse car aucun livre avant celui-ci ne tente de synthétiser l’histoire de idées socialistes en France. On peut relever plusieurs types d’ouvrages participant à cette historiographie. Il y a d’abord les ouvrages d’histoire des idées politiques. Ils contiennent des chapitres qui se veulent brefs et concis sur les principaux courants socialistes, les utopiques, Proudhon, Marx, les réformistes. On pense ici aux publications de Jean Touchard (Histoire des idées politiques) ou de Pascal Ory (Nouvelle histoire des idées politiques). Il y a ensuite des livres sur l’histoire de la gauche dans son ensemble. Intéressants en ce qu’ils font le lien entre le courant socialiste et les autres tendances de la gauche. Mais là encore, la question précise des idées socialistes est abordée de manière synthétique, parmi d’autres. Dans cette catégorie, on trouvera le « Que sais-je » de Jean Defrasne, un autre livre de Jean Touchard (Gauche en France depuis 1900). D’autres ouvrages se veulent des histoires du courant socialiste. Pour eux aussi, les idées ne sont qu’un sujet d’études parmi d’autres (organisations, hommes, résultats, élections…). Dans le genre, on doit citer l’œuvre monumentale de Jacques Droz, Histoire générale du socialisme. En quatre volumes, il retrace l’histoire des socialistes de toute l’Europe et la taille de son livre lui permet de consacrer de nombreuses pages aux idées elle-même. Sur le socialisme français, citons aussi l’Histoire du socialisme en France de Daniel Ligou. Enfin, il existe bien des publications sur les idées socialistes, mais il s’agit d’études précises, se concentrant sur un auteur ou sur un moment précis (les socialistes utopiques ou les marxistes par exemple). Ils sont trop nombreux pour être tous cités, on trouvera toutefois une riche bibliographie thématique à la fin du livre de Noëlline Castagnez-Ruggiu. Il ne faut pas oublier que l’historiographie du socialisme, ce sont aussi des articles, notamment ceux de Michel Winock dans L’Histoire.

 

Ainsi, cette Histoire des idées socialistes arrive à point pour combler un manque : une synthèse de deux siècles de réflexions socialistes en France. Elle retrace le cheminement idéologique des socialistes français. Des idées socialistes composées de différents apports : indignation face à la misère, critique économique des lois « naturelles » libérales, revendication politique pour abolir la domination des riches sur les pauvres. Et au-delà de la critique, elles sont la recherche d’un monde meilleur. Et l’auteure de s’interroger : n’est ce pas cette imagination qui fait défaut à la gauche depuis 1981 ?

 En une centaine de pages, elle s’interroge sur les contenus d’un socialisme français qu’elle définit comme pluriel et sur la manière donc ces contenus s’articulent entre eux et avec les socialismes étrangers. Une étude qui s’étend de l’apparition du mot « socialisme » chez Robert Owen jusqu’en 1983, « moment charnière qui marqua l’échec de l’idéologie face aux ‘’contraintes’’ ».

 

27.05.2008

Les débats qu'on devrait faire

cerveau.jpgMarc raille gentiment les "jolies polémiques" et les "exégètes" de son parti (qui se trouve aussi être le mien...), en posant quelques idées de débats inutiles pour s'occuper en section. Moi je vais faire comme si on pouvait débattre sérieusement et lister quelques points de réflexion à mon avis essentiel pour construire une projet de société alternatif.

 

 

 

 

- Quel est le rôle de la propriété ?

- Quel est le rôle du travail ?

- Quel est le rôle du salaire ?

- A quoi servent les riches ?

- A quoi sert l'Etat ?

- A quoi sert la croissance ?

- A quoi sert la monnaie ? 

- Le politique peut-il influer sur l'économique ?

-

-

(Comme Marc, je laisse des cases à remplir)

 

Par contre, je suis en révision, alors je réfléchirai un autre jour. (Pour ceux qu'auraient pas deviné, je fais mes fiches sur le marxisme...).

25.05.2008

La diplomatie, c'est parler avec ses ennemis

220px-Hubert_Vedrine_2006_01_06.jpgHubert Védrine "chattait" sur lemonde.fr sur le sujet du Hamas. Entendre un homme politique français qui dit pas des conneries sur le sujet des affaires étrangères, ça fait plaisir. Il ne dit rien d'essentiel, mais ça fait du bien de le rappeler des temps en temps.

 

Pour commencer, la "communauté internationale", comme disent nos journaleux, "ce sont en général les Occidentaux et les Israéliens". Et l'ancien ministre de Yoyo de rappeler "qu'il y a dans le monde environ cinq milliards de gens qui ne sont pas occidentaux et qui contestent de plus en plus, on le voit avec les pays émergents, le droit aux Occidentaux de parler au nom du monde entier". Mise au point malheureusement nécessaire.

 

Sur la Hamas, la classification "terroriste", imposée par les USA, tout comme les conditions préalables à toute négociation, elles "ont [...] été inventées pour qu'aucun dialogue ne puisse se nouer". Et malgré ses indéniables positions extrémistes, il a remporté les élections. Et, "c'est tout à fait incohérent de la part des Occidentaux d'exiger des Palestiniens des élections libres et incontestables, ce qu'ils ont fait, et de décréter ensuite un blocus, un peu comme au Moyen Age, sous prétexte que les Palestiniens n'ont pas voté comme il faut".

 

"Il faut rappeler que la diplomatie a été inventée à l'aube de l'histoire pour traiter les problèmes autrement que par la guerre. La diplomatie ne consiste pas à se réunir avec des amis dont on partage les valeurs et à se congratuler, la diplomatie peut consister à parler avec des dirigeants ou des régimes qu'on estime horribles et dont on rejette catégoriquement toutes les valeurs, et il en a toujours été ainsi." Et donc "il faut se libérer de cette vision régressive que nous a imposée l'administration Bush, selon laquelle on ne parle pas à ses ennemis." Cela vaut pour le Hezbollah, l'Iran... 

 

Rien de révolutionnaire, bien sûr. Mais à l'entendre, j'aimerais qu'il soit resté dans le siège qu'occupe désormais Nanard Kouchner ! 

24.05.2008

Encore une interview de Benoît Hamon

380180127.jpgComme je l'ai déjà expliqué ici, j'entend débattre d'idées plutôt que de personnes dans la discussion au sein du PS. Je ne veux donc être le fervent supporter ni de l'un, ni de l'autre de nos plus-ou-moins-futurs-candidats.

Mais quand j'écoute cette interview de Benoît Hamon, dont je parlais déjà ici il y a quelques mois... je ne peux pas m'emêcher d'aquiescer, d'être séduit. Sauf son histoire de fond souverain où j'ai pas tout compris.

 

 

 

 

 

23.05.2008

Les idées politiques sous la Révolution française (8/8)

373811874_small.jpgConclusion

  

La Révolution française est un bouleversement majeur dans notre histoire politique. Dans l'histoire des idées elle marque une étape importante. Elle se place dans la filiation des philosophes du siècle, les invoque constamment, sans forcément appliquer vraiment leurs théories, les adaptant à la situation. Mais les idées qui circulent dans le peuple révolutionnaire sont aussi influencées par les pamphlets qui ont fleuris dans les mois précédents la Révolution et pendant celle-ci. Enfin nombres d'idées nouvelles apparaissent dans la confrontation des idées et des événements.

De plus, la Révolution n'est pas homogène en matière d'idées. L'évolution de la situation politique, sociale, militaire a une influence considérable sur celle des idées. Elles se développent et s'imposent selon ce calendrier d'événements, contredisant parfois les idées qui dominaient quelques mois plus tôt. Et entraînent en réaction le développement d'autres idées. Il y a donc des ruptures régulières dans cette évolution, qu'on pourrait résumer en une alternance libéralisme, jacobinisme, libéralisme. Mais cette alternance contient également de nombreux éléments de continuités. Les problèmes débattus sont toujours les mêmes, le cadre de la nation n'est pas remis en cause, ni celui des droits naturels. Ce sont les contenus qui varient, toujours influencés par la période précédente.

Il faudrait désormais mesurer le lien entre ces idées et celles du XIXe siècle. Liberté, nation, égalité, bonheur... les principaux termes débattus par les doctrines du siècle à venir semblent déjà en scène.

 

Télécharger l'exposé complet [.pdf]

 

Je reprendrai bientôt la série commencée avec Benjamin Constant et Robert Owen sur les philosophes politiques du XIXe siècle. En attendant, z'avez qu'à (re)lire les pages sur Engels !

21.05.2008

Les idées politiques sous la Révolution française (7/8)

babeuf.jpgIII - 1795, retour aux idées libérales ? 

b) Le babouvisme

Gracchus Babeuf occupe un rôle secondaire dans les événements de la Révolution. Il dirige une conspiration contre le Directoire, rapidement percée à jour et réprimée. Il meurt sous la guillotine en mai 1797. Mais il occupe une place plus importante dans l'histoire des idées, Marx et Engels y voyant le premier communiste.

En effet, Babeuf et ses proches, Maréchal et Buonarroti (dont il est difficile de juger leur influence sur le babouvisme), portent une critique radicale de la propriété et imaginent un ordre politique nouveau. Ils voient dans la Révolution de 1789 « la guerre déclarée entre les patriciens et les plébéiens, entre les riches et les pauvres » et cette révolution politique devra être suivie d'une révolution sociale.

Celle-ci doit s'articuler sur une valeur centrale, l'égalité. Sans se contenter d'une égalité civile et politique, purement formelle, il faut aller plus loin pour instaurer l'égalité matérielle. « Nous voulons l'égalité réelle ou la mort » affirment-ils. Pour atteindre cette égalité réelle, il faut supprimer la propriété. Non la partager au moyen d'une loi agraire, mais créer une « communauté des biens ». On peut donc effectivement parler de communisme. Il s'appuie sur l'exploitation de ces terres communes dont les fruits doivent ensuite être répartis : « Plus de propriété individuelle des terres, la terre n'est à personne. Nous réclamons, nous voulons la jouissance communale des fruits de la terre : les fruits sont à tous le monde ». C'est un communisme ascétique qui bannit le luxe. Son égalité doit donner à chacun selon sa suffisance mais pas plus.

L'égalité de Babeuf est autoritaire et centralisatrice. Quand la conspiration aura aboutit il faudra s'appuyer sur une longue dictature d'un gouvernement fort, un « comité insurrecteur ». Babeuf ne condamne pas la Terreur, il fait même régulièrement appel à Robespierre, oubliant qu'il l'a toujours critiqué quand il était au pouvoir

Ce communisme est déjà présent dans certaines utopies littéraires du XVIIIe siècle, il découle  directement des idées des « enragés » mais le babouvisme se distingue en ce qu'il est réellement un programme révolutionnaire, reposant sur une organisation politique.

 

/HS : pour les incultes allez faire un tour chez Balmeyer. Comme il s'est décidé à venir faire sa crise chez moi, j'ai cédé (rubrique Lectures).../ 

20.05.2008

Liaisons dangeureuses

arton404.jpg
(Nicolas J. sussurrant des mots doux à Agnès pour rester au top 10 politique de wikio
 

Hop. Une mise à jour de mes liens. C'était ça ou travailler. Faut pas déconner.

 

D'abord j'ai viré les liens qui ne sont plus mis à jour. Ou plutôt le lien. Domaine d'extension de la lutte. Et j'ai corrigé celui de Vive le feu ! qui a eu la sombre idée de déménager. Bon, c'est chez Bakchich, alors c'est cool quand même.

 

Ensuite j'ai ajouté les gauchistes que j'avais criminellement oublié. Marc, Hugues (même si c'est un social-traître...), Pire racaille, Didier B. Et j'avais déjà ajouté il y a quelques jours Monsieur Poireau et Maxime. Enfin, pour me faire de la pub, j'ai ajouté un site auquel je contribue, le Blog du Congrès socialiste par les militants.

 

J'ai aussi ajouté des liens sérieux. Des blogs du monde et un blog éco. Tous viennent du Diplo. Eh ! Faut pas oublier que je suis un affreux gauchiste quand même. Merde alors.

Planète Asie, par Martine Bulard. "Cet espace vise donc à donner des informations, le plus grand nombre d’informations possible sur les pays qui occupent le devant de l’actualité ainsi que sur ceux dont on ne parle jamais, mais qui comptent. Pas de croisade contre (ou pour) tel ou tel pays, mais des faits, des analyses diversifiées pour sortir du prêt-à-penser ; pour aider à comprendre ce qui se passe de l’autre côté du monde ; pour apporter également le regard de journalistes et d’intellectuels de ces pays…" nous dit-elle sur son premier envoi. Pour l'instant ça commence bien...

Lettre de... Où l'on peut lire des articles de différents auteurs, écrits, comme l'indique le nom du blog, depuis divers bouts du monde. Irrégulier mais toujours passionant. 

Le blog éco, c'est la Pompe à Phynance, de Frédéric Lordon, économiste décapant

 

Enfin, une nouvelle catégorie voit le jour. Lectures... On y retrouve l'excellente Revue Internationale des Livres et des Idées (que faut réfléchir pour comprendre ce qu'on y lit, mais que c'est quand même bien), les éditions Filaplomb et les blogs de Zoridae et Dorham. C'est un peu fourre-tout, mais bon... c'est toujours le problème des classifications ! 

 

Tout ça, comme toujours (qu'est ce qu'il est bien foutu ce blog !) dans la colonne de gauche. 

 

 

Edit : J'ai rajouté Gaël. Officiellement parce qu'il a vécu dans ma ville. En fait c'est juste que je l'avais oublié (arg... pas taper !). Par contre j'savais pas où le ranger. Pour le punir de sa dernière histoire de poubelle, je l'ai mis avec Zoridae et Dorham. 

 

19.05.2008

Les idées politiques sous la Révolution française (6/8)

bonaparte.jpgIII - 1795, retour aux idées libérales ?

 

a) Un retour à 1789 ?

Avec la chute de Robespierre le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), c'est la Terreur qui s'achève. Dans les années qui suivent cet événement est célébré comme la fête de la liberté. Liberté qui marque une rupture importante avec 1793 au profit de 1789. Elle est de nouveau définie comme la garantie d'une indépendance individuelle. Sieyès revient sur le devant de la scène pour théoriser cette liberté. Cette élaboration intellectuelle est faite de plusieurs ruptures. Pour ne pas revivre la Terreur, Sieyès critique la souveraineté illimitée du peuple en réclamant que la volonté générale soit interprétée par des représentants éclairés. Il repousse aussi l'idée de Rousseau d'un contrat dans lequel les individus auraient abandonné leurs droits à la communauté. La liberté est alors plus forte qu'en 1789. Toutefois, le principe connaît encore une entorse : le Directoire ne se résout pas à libérer complètement la presse, arguant que cela profiterait aux ennemis de la Révolution. Cela traduit un manque de confiance dans le libre jeu des intérêts individuels. Comme la Terreur a dégoûté de la violence, les hommes de 1795 comptent plus sur l'éducation pour créer une volonté vertueuse.

C'est pendant cette période que Mme de Staël explique la Terreur par une confusion entre liberté ancienne et moderne, distinction qui sera théorisée par Benjamin Constant après la Révolution. Pour eux (Benjamin Constant est déjà un de ses proches à l'époque), la Terreur a fait l'erreur de considérer la liberté comme on le faisait sous l'antiquité. Les hommes étaient alors regroupés en petits nombres, s'appuyaient sur un système esclavagiste qui leur laissait du loisir, ils pouvaient ainsi s'impliquer dans les décisions de la Cité. La liberté est alors une participation active à la formation de la volonté générale. Mais au moment de la Révolution, la France compte près de trente millions d'habitants et les structures socio-économiques ont profondément changé. La liberté est devenue indépendance individuelle. Cette idée n'est pas tout à fait nouvelle, mais elle est alors expliquée avec force et rigueur.

Dans cette période, l'égalité semble nettement moins importante que la liberté. L'égalité politique est limitée : si la Constitution fait plus de citoyens, elle fait aussi moins d'électeurs que celle de 1791. Quant à l'idée d'une égalité matérielle, elle est oubliée, la Déclaration des Droits de 1795 ne mentionne aucun bonheur commun. Elle préfère une égalité méritocratique mettant les propriétaires au premier plan. « Un pays gouverné par les propriétaires est dans l'ordre social ». C'est ce qui permettra à Marx d'y voir le règne cynique de la bourgeoisie.

Pour éviter une dérive autoritaire et arbitraire, les rédacteurs de la constitution du Directoire ont insisté sur la collégialité et la mise en place de pouvoirs clairement séparés. Ils vont même plus loin que ce que prônait Montesquieu dont ils se réclament. Ces dispositions évitent effectivement une dérive autoritaire des pouvoirs constitués, mais les blocages qu'elles provoquent entraînent plusieurs coups d'Etat, avant de disparaître dans celui du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) qui porte Bonaparte au pouvoir.

Thermidor marque ainsi un retour à la définition négative de la liberté, à une définition uniquement méritocratique de l'égalité et une consécration de la propriété. Elle prétend tirer les leçons de la dérive du libéralisme de 1789 vers l'autoritarisme jacobin en jouant sur les institutions, mais aboutit sur une nouvelle dérive qui mène à l'Empire.

16.05.2008

Les idées politiques sous la Révolution française (5/8)

295629914.jpgII - 1793, la phase jacobine 

 

b) Une phase de l'égalité ? 

L'égalité semble un principe fondamental de la période. Contrairement à celle de 1789, la Déclaration de 1793 en fait un droit naturel. Elle en fait même le premier. L'égalité civile et politique est approfondie : « tous les citoyens sont également admissibles aux emplois publics ». La souveraineté exprimée par cette Déclaration annonce aussi une plus grande égalité. Elle est toujours nationale mais réside dans le peuple. Le suffrage est donc universel. L'égalité politique est presque complète, même si le fait que ce suffrage est indirect apporte une nuance. Ne reste que l'inégalité entre représentant et représentés. Inspirés par Rousseau, les constituants montagnards ont cherché à avancer dans le sens de la démocratie directe. C'est notamment l'instauration du référendum. Mais là encore, ce principe est suspendu face aux dangers.

L'égalité de 1793 tend aussi à se rapprocher d'une égalité matérielle. La Déclaration insiste sur les droits sociaux des individus.« La société doit la subsistance aux citoyens malheureux ». Alors même que l'égalité politique est mise en sommeil avec la Constitution, l'égalité matérielle progresse. La Convention décrète l'égalité successorale, le partage des biens communaux, prévoit un système d'assistance. Si la propriété dans son principe n'est pas directement menacée, sa définition évolue : pour Robespierre, elle est la manifestation du droit d'exister et « tout ce qui est indispensable pour conserver la vie est une propriété commune à la société entière ». Il estime que la contrainte est nécessaire pour arriver à cet objectif, il faut forcer le riche « à être honnête » afin qu'il soulage et « honore » le pauvre. C'est même une contrainte permanente qui est nécessaire, pour lutter contre la pente naturellement antisociale du riche.  C'est une vision de l'égalité nouvelle par rapport à 1789. Elle ne sanctionne plus le mérite, elle devient une vertu à inculquer et travailler. La prééminence de l'égalité dans la phase jacobine est à nuancer. Affirmée en politique, elle est suspendue de fait. Et l'enthousiasme des jacobins pour l'égalité matérielle ne les empêche pas de réprimer l'agitation populaire des « enragés » qui réclament des mesures immédiates dans ce domaine.

La situation économique tendue entraîne une hausse des prix, ce qui suscite de violents mouvements de protestations populaires. Ils font d'importantes réclamations sur le terrain social. Une formule de Jacques Roux résume ainsi les idées de ces « enragés ». « La liberté n'est qu'un vain fantôme quand une classe d'hommes peut affamer l'autre impunément. L'égalité n'est qu'un vain fantôme quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort sur son semblable ». Ils mettent en avant la nécessité d'une égalité matérielle. C'est elle qui conditionne la liberté. On n'est pas libre s'ils ont dépend d'un autre pour subvenir à ses besoins. Cette idée est parfois mise en pratique de manière radicale au gré de l'agitation. Des épiceries sont pillées au nom d'une restitution au peuple, on s'acharne contre les marques de distinction sociale. Pour certains, l'égalité devient identité : tout doit être pareil pour tous. Cependant, les « enragés » sont dans l'agitation, ils ne théorisent pas et n'ont pas de revendication concrète en termes d'organisation politique. De plus, leurs principales figures se querellent. Ils sont importants en ce qu'ils préfigurent un peu les idées de Babeuf et surtout parce qu'ils maintiennent une pression constante sur le gouvernement révolutionnaire qui parfois réprime, parfois fait un geste dans leur direction.

13.05.2008

Limiter les salaires ?

que_les_gros_salaires_1982.jpgLimiter les salaires. Vraiment, pas qu'un peu. Voilà une proposition qui peut paraître déplacée quand on ne parle que d'augmenter le pouvoir d'achat. Pourtant ce n'est peut-être qu'une manière radicale de poser le problème des inégalités de revenus. C'est en tout cas une idée qui me semble très rarement débattue. Je ne l'ai vue posée qu'une fois : dans le numéro de février de la Décroissance (débat entre Besancenot, Geneviève Adam d'ATTAC et Pierre Khalfa de Solidaires). C'est d'ailleurs en le refeuilletant que m'est venue l'idée de ce billet.
 
 
Quels seraient les avantages d'une limitation des salaires ? Ou plutôt d'une limitation des revenus, les revenus du patrimoine étant plus élevés que les revenus des salaires chez les plus riches.
 
Un avantage social d'abord : à une richesse donnée, l'existence de très haut revenus n'est possible que parce que d'autres sont ridicules. Décider d'une telle mesure s'accompagne donc d'un salaire minimum supérieur à l'actuel SMIC (voire un revenu minimum garanti bien supérieur au SMIC) Limiter les revenus pose la question de la méthode et de la destination des sommes dégagés. Si c'est par l'impôt qu'on créé cette limitation, voilà qui peut entraîner des ressources permettant de développer vraiment des services publics efficaces et gratuits. Par exemple. Une telle mesure me semble également pouvoir se conjuguer avec une diminution du temps de travail.
 
Avantage écologique peut-être. C'est notre mode de consommation qui est en cause face à la crise écologique. Limiter les revenus, c'est limiter les comportements excessifs d'une infime minorité. C'est surtout limiter les comportements d'une part de la population, conséquente cette fois, qu'on fait rêver avec les frasques de cette infime minorité. Et qui, par mimétisme, consomme des ersatz de luxes, encore plus mauvais écologiquement.
 
Un élément philosophique me semble également fondamental. On parle d'égalité, même à droite avec "l'égalité des chances", on parle d'individus, on parle de mérite, de "valeur travail". Y aurait-il des individus qui "valent" 10, 50, 100 fois d'autres individus ; des individus dont le travail mérite une récompense 10, 50, 100 fois supérieure à celle d'un autre ? Bernard Arnault a gagné 27 000 années de SMIC en 2006. 27 000. Comment peut-on justifier ça ?
Dans le même registre, ce serait finalement diminuer l'emprise du marché sur les conditions d'existences des êtres humains : on ne fixerait plus la valeur d'un être humain uniquement à la faveur de l'offre et la demande...
 
 
Alors évidemment je suis conscient que d'importantes limites s'opposent à une telle mesure. Je ne suis d'ailleurs pas convaincu qu'elle soit désirable, je reste à persuader, dans un sens comme dans l'autre. Par quelle méthode : limite stricte, impôt énorme au dessus d'un seuil... ? Comment définir ce seuil ? Je me doute aussi que notre chère Union Européenne ne nous le permettrait pas... ce qui ne me semble pas empêcher le débat. En gros, je n'ai aucune idée de la manière dont on peut caler économiquement une telle idée... mais elle me semble être une piste intéressante de discussion.

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