17 septembre 2008
Agent d'entretien (2/5)
Moins de dix minutes se sont écoulées depuis que j’ai passé la porte. Je refais la même chose dans l’immeuble suivant. Sans chien toutefois. Ce sera propre quelques heures de plus. Pareil pour la troisième et la quatrième résidence. C’est après que ça change. Mon planning prévoit qu’aujourd’hui je lave couloirs et escaliers des deux dernières. Puisque c’est le planning qui le dit, j’obtempère.
Alors, après un nouveau coup de badge, je grimpe les trois étages, armé de mon balai. Et je redescends. Chaque marche, une à une. L’inventeur de l’escalier en colimaçon n’avait sûrement jamais tenu un balai de sa vie. C’est plein de coins ces trucs-là. En plus, je manque régulièrement de rater une marche pour dégringoler les suivantes. Pourtant on s’habitue à beaucoup de choses. Les escaliers en colimaçon en font partie. Maintenant j’ai chopé le coup de main. Une marche, trois mouvements. Il n’y a plus de poussière. Le premier geste part du coin à l’intérieur de la spirale pour suivre l’angle avec la marche supérieure et traverser ainsi toute la longueur. Les deux autres récupèrent la crasse qui a quitté son coin pour la projeter vers la marche suivante. Ainsi de suite entre chaque étage. En essayant de ne pas tomber. J’ai toujours réussi à éviter la chute, parfois de justesse. L’avantage de l’escalier en colimaçon, c’est qu’en comparaison, les couloirs sont reposants. Finalement, au bout d’une dizaine de minutes, j’ai descendu toutes les marches, mon tas de poussière augmentant sans cesse. C’est comme un accomplissement de le voir grossir. Parce qu’avec leurs revêtements gris-jaune mouchetés de noir qui paraissent toujours sales, j’ai parfois l’impression que mon balayage est superflu. Alors qu’en regardant grossir mon tas, je comprends quelle est mon utilité. Aussi paradoxal que ça puisse paraître, j’aime mieux les bâtiments sales !
Une fois ce tas projeté, lui aussi, sur la chaussée, je remonte les marches. Armé cette fois de la serpillière et du balai-brosse. Alors je hais plus fort encore le colimaçon et son inventeur. Et mon employeur. De nos jours, les ingénieurs en balai ont inventé des tas de trucs ergonomiques, légers, souples. Moi je n’ai rien de tout ça. Que mon balai-brosse et sa bonne vieille serpillière. Ce qui signifie que je dois, en gros, me courber toutes les deux ou trois marches pour remettre la serpillière sur le balai. Sans compter que je dois aussi la mouiller régulièrement. Quelle que soit la météo à l’extérieur, je suis ainsi invariablement en sueur quand j’ai fini cette résidence. Et je dois remettre ça quelques mètres plus loin.
Finalement, en une heure et demie, deux heures peut-être, j’ai fait tout le ménage ici. Il ne reste qu’à ranger et laver les poubelles. Mais les éboueurs ne sont pas encore passés. Alors je vais entretenir d’autres lieux ; je repasserai dans quelques heures.
(... à suivre)
13:42 Publié dans Ecriture | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


Commentaires
Ca me rappelle ma concierge, plus agent d'entretien que concierge. Boulot répétitif et aucun respect des "usagers" qui salissent bêtement où vous avez lavé ou qui vous demande de récupérer les poubelles à 14 heures alors que les "boueux" passent entre 15 et 16... Le planning...
Ecrit par : Nicolas J | 17 septembre 2008
Et encore, la concierge a un certain rapport avec les habitants. Ici rien de tout ça, étant que je passais d'une résidence à une autre, le plus vite possible...
Ecrit par : Colin | 17 septembre 2008
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