18 septembre 2008

Agent d'entretien (3/5)

affiche_balai_410.jpgRetour sur le parking. Je remonte en voiture, et c’est parti pour de nouvelles aventures. Sur le trajet, France Info me parle de Géorgie. Ça m’intéresse, mais je n’ai pas le temps d’écouter Monsieur l’Ambassadeur. Deux kilomètres plus loin, je suis arrivé. Je remets le casque sur mes oreilles et relance la musique.


Puis mes actes s’enchaînent, identiques à ceux que je viens d’effectuer ailleurs. Je marche vers le local. Qui n’en est pas un. Ici ce n’est pas une pièce, même petite. C’est un placard. Point de luxuriance donc. Tout est réduit au strict minimum. Deux balais, un seau, une serpillière et un bidon vert. Si j’ai besoin d’autre chose, il faudra que je tape dans les réserves d’une autre résidence. Dans le fond ça ne change rien.


J’attrape le seau, y verse un peu de verdure et ajoute l’eau. Encore. Je me charge comme tout à l’heure, le matériel à vitre en moins. Forcément, puisqu’il n’y a pas de vitre ici ; juste des escaliers extérieurs. Évidemment, ils sont aussi en colimaçon. C’est-à-dire qu’en plus d’êtres bourrés de coins, ils sont bien crades. Et c’est un plaisir d’y opérer en plein hiver. Mais au moins, il n’y a aucun hall à nettoyer.


Je commence. Je monte de nouveau trois étages, un balai à la main. Et je redescends. Ma technique en trois mouvements varie un peu. Je peux régulièrement balancer mon tas de poussière à tous les vents, ce qui facilite ma descente. Rapidement, j’ai fini le premier passage ; c’est ensuite que ça se corse.


Amenée par les vents, scotchés par l’humidité, la poussière est devenue crasse profonde. Incrustée dans un sol granuleux. Alors faut frotter. Bien fort. Et souvent abandonner la serpillière pour gratter directement du poil dur du balai-brosse. Ça fait les bras. Ça fait les dorsaux. Mais surtout ça fatigue. Alors, quand il s’agit de le faire dans un de ces foutus escaliers en colimaçon... Et encore une fois, je me retrouve aux prises avec des traces de chien. Bien installées. J’ai beau frotter, encore et toujours, il en reste toujours quelque chose. J’insiste, mais pas trop. S’ils n’avaient pas de chien, leur escalier serait plus propre. Après tout c’est leur problème. Moi j’ai jamais aimé ces bêtes-là ! Et l’autre qui sort de son appartement en me demandant si son chien n’aboie pas trop fort quand je balaie devant sa porte… Si j’étais moins poli, et surtout si je n’avais pas besoin de ce job pour manger, je lui ferais ravaler son clébard ! Mais je m’écrase et le gratifie d’un « non, non, ça va » pour continuer à frotter. Jusqu’en bas.


Il m’a fallu une bonne demi-heure pour venir à bout de cet escalier. Et j’ai pas le sentiment qu’il soit nettement plus propre qu’avant. Je suis moins fier qu’une heure plus tôt devant ma montagne de poussière. Surtout qu’il faut maintenant que je recommence avec l’escalier suivant. J’en ai fait deux hier. Il ne m’en reste donc plus qu’un. Quatre escaliers, une fois par semaine. Je m’y recolle donc.


La routine bien rodée continue de s’étirer. Et moi de la suivre. Ici, je croise quelqu’un que je ne hais point. C’est que la dame n’a pas de chien. Elle bavarde un peu, m’assomme de banalités. Mais ne salope pas mon travail. Et puis je peux balayer pendant qu’elle parle, un peu seule, des dernières pubs glissées dans sa boîte aux lettres. C’est moi qui les ai mises là hier. Car le bonhomme avec son petit chariot plein de papiers colorés pour consommer, il n’a pas le sésame des cages d’escalier. Sa route vers les boîtes aux lettres est coupée par une infranchissable grille bleue. Alors il laisse son tas, ostensiblement glissé entre les barreaux. À moi d’en faire quelque chose. Selon mon humeur politique du moment, je les répartis dans les boîtes ou non. Souvent, mon aversion pour la publicité fait dévier leur route. Elles filent directement au recyclage. Poubelle bleue. Hier, j’étais d’humeur productiviste, alors madame a droit à sa distraction publicitaire.


Là aussi, je finis mon travail. Alors je remballe. Mon matos sous le bras, je marche encore une fois vers mon placard. Je range comme je peux pour que ça tienne dans un espace aussi réduit. Les balais, têtes en l’air, émergent du seau dont j’ai jeté la flottasse noircie dans le caniveau. Et la serpillière étalée sur les balais afin de sécher un minimum avant mon prochain passage, dans trois jours. Elle sera toujours crade, parce que je ne peux pas la laver. Juste l’essorer.

 

(...à suivre)

 

Commentaires

c'est toujours aussi bien ! bravo !

Ecrit par : Gaël | 19 septembre 2008

Ecrire un commentaire