19 septembre 2008

Agent d'entretien (4/5)

 

affiche_balai_410.jpgAu moment où je m’apprête à fermer cet ersatz de porte, j’entends un gros bruit monter depuis la route. Moteur crachant, freins grinçants, voici les éboueurs. Alors je ne ferme pas. Je dois me préparer pour la pire tâche qui m’incombe. Je n’ai jamais été perché, à l’arrière d’un camion poubelle, mais il se pourrait que mon nez préfère ça à ce qui m’attend. Car quand ils auront vidé mes poubelles dans leur camion, je devrai les laver. Des bennes de plus de 200 litres.


Un autre seau, un autre balai, un autre liquide verdâtre. Et mes mains. Je monte le son et marche vers les poubelles. Ce matin, c’était bleu et noir. Papiers et ordures ménagères. Le papier, on peut penser que c’est propre. Mais les poubelles sont rangées en extérieur. Quand il pleut c’est dans les poubelles et les pubs Lidl ou Carrouf’ scotchées par la flotte au fond, c’est pas mignon. Enfin, ça ne sent presque rien. Moins cool sont les jours où il a fallu sortir le vert. Parce que le vert c’est le verre. Et tous les fonds de liquides se mélangent et stagnent jusqu’à ce que je me penche sur la poubelle. Toutefois, rien ne peut égaler l’exhalaison joyeusement morbide d’une benne d’ordures ménagères. Surtout quand il faut rester de trop longues minutes penché, bras tendus, au-dessus de ladite benne. Malgré mes progrès en apnée, je dois respirer. C’est un plaisir pour les yeux aussi. Une texture qui rappelle les chiottes des soirs de cuites, morceaux compris. Et moi qui dois nettoyer ça…


Je trempe abondamment le balai dans le seau. Je frotte les parois, les morceaux glissent vers le fond. Ça ne brillera pas, mais l’important est d’enlever le plus gros et surtout de désinfecter. Alors je ne fais pas d’excès de zèle. Puis je frotte le fond, encore plus penché. Et balance les morceaux vers le trou qui perce la benne. Il ne me reste qu’à ranger la poubelle et envoyer mes résidus traîner dans le caniveau. Il me reste aussi à laver les deux autres bennes du même acabit et les deux bleues. En pilote automatique je m’y colle. Soutenu par Jim Morrison qui hurle dans mes oreilles.


Quand mes poubelles sont rangées, midi est passé. Je dois encore retourner sur ma première résidence pour finir le travail. Ça attendra bien une heure ou deux. Pour le moment, je vais manger.

 

 

(suite et fin demain)

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