11 novembre 2008
Digressions sur un congrès socialiste
Le vote a eu lieu. Quelques jours plus tard, les émotions retombent, les choses se clarifient. Pour ma part, j'ai du mal à me faire un avis sur ce qu'il vient de se passer. C'est toutefois un moment qui m'amène à repenser à la valeur de mon engagement dans ce parti.
Quelques remarques sur le résultat de jeudi soir d'abord. Je ne trouve pas que le résultat soit aussi clair que les médias l'ont déclamé en boucle. Oui, la motion de Ségolène Royal est en tête, assez nettement pour qu'il n'y ait pas de litige sur ce point. Mais Les résultats sont quand même bien serrés ! 29-25-25-19... je vois plutôt un étalement pas très net qu'une franche victoire ! Et contrairement à ce qu'on entend aussi en boucle, le résultat de la "gauche du PS" n'est pas satisfaisant. Si on veut bien hasarder une comparaison avec le Congrès du Mans où Fabius faisait 21% avec Mélenchon, Dolez et Lienemann, sans même compter les 23% de la motion NPS soutenue par Hamon et Emmanuelli, c'est plutôt un recul. C'est mieux que ce que prévoyaient les analystes (qui sont-ils, on ne le saura pas...) ; c'est moins que ce qu'il aurait fallu pour que je sois satisfait. Je crois que je ne l'aurais été que dans une configuration où la motion d'Hamon aurait pu peser, en gros à armes égales, dans une alliance majoritaire avec celle d'Aubry. Ce ne sera pas le cas. Point.
On vient d'apprendre que Ségolène Royal avait décidé d'aller au charbon. J'en suis assez content. Je pense qu'une telle clarification était nécessaire. D'un point de vue tactique, je n'en sais trop rien. Mais d'un point de vue politique c'est certain. Pas que je soit un partisan de la présidente poitevine, c'est plutôt le contraire. Mais la décision que prendront les militants de la choisir ou de la rejeter aura une autre clarté qu'un vote sur Peillon ou Dray, maintenus jusqu'alors dans l'ombre, y compris pour la masse des militants !
Enfin, dernier point des rebondissements de ce congrès sur lequel je veux revenir, le départ de Mélenchon et Dolez. Je vous conseille d'écouter l'émission de France Inter, "Dimanche soir politique" où le premier s'explique longuement. Si c'est trop long, regardez ses passages dans la Matinale de C+ ou chez Karl Zero. C'est clair et net. Et honnête. Je suis assez d'accord avec son constat. Et je suppute notamment que je serai en désaccord avec le PS dans quelques mois, au moment des élections européennes. Là où je suis dubitatif, c'est sur l'efficacité politique du geste de Mélenchon. Je pense qu'il était devenu un faire valoir de gauchisme au sein du PS, pas grand chose de plus. Mais quel impact aura son nouveau parti ? Il ne servira à rien, sauf si des militants socialistes décident de le suivre en masse ; j'ai des doutes. A moins qu'il participe à fédérer divers courants de "l'autre gauche" dans un projet commun pour les européennes. Alors peut-être qu'une dynamique impliquant des socialistes (ex ou pas) pourrait avoir une envergure non négligeable (et peut-être que sur ce point, l'élection d'un personnalité clivante comme Royal aura des effets bénéfiques pour le projet de Mélenchon). Encore une fois je doute, cette fois à cause du NPA : Besancennot à accueilli avec froideur la décision de Mélechon, et j'ai bien peur que son nouveau parti ne voit les élections européennes à venir comme un bon test de lancement, pour voir ce qu'il pèse.
Ce congrès m'amène donc à me poser des questions sur mon engagement. Pourquoi suis-je au PS ? J'y étais venu un peu par défaut, parce que, aujourd'hui, le PS est la seule organisation capable de peser dans la sphère politique. De ce point de vue là, l'évolution de l'autre gauche m'ouvre peu de perspectives immédiates. J'ai bien signé l'appel de Politis, mais sans vraiment y croire. Je voulais aussi participer à ce congrès, dans l'espoir que le PS se "gauchise". C'était vain, on vient de le voir. Enfin, c'était aussi pour moi un engagement local, dans une ville de gauche où règne un maire de droite. C'est là peut-être que je suis le plus déçu.
Rien de concret, rien d'ambitieux. Après la défaite assez inattendue de la liste d'union de la gauche, nous parlions de créer une association regroupant les différentes forces de la gauche locale, pour permettre à des citoyens non encartés de militer à nos côtés sans s'engager dans un parti, pour rester en contact permanent. Rien n'a été fait. Et le PS, première force d'opposition, pourtant forte d'une bonne centaine de militants, ne fait rien. Nous ne faisons rien d'ambitieux. Tout le monde était d'accord sur la nécessité de publier un papier régulier. Pourtant, au dernier comité de rédaction, nous n'étions que trois. Et à part ça, il n'y a que réunions de sections et quelques coups de fils ou mail pour venir chercher les tracts à distribuer. On n'organise aucun moment de débat ou d'information dans la ville. D'ailleurs, c'est à peine si on débat en section ! La campagne aurait pourtant pu nous montrer ce qu'était une activité politique présente et ambitieuse... Je ne vise personne en disant ça, c'est l'organisation qui est molle, et moi-même je n'ai pas pris la parole pour réclamer qu'on travaille plus. Je constate seulement.
Bref, je me pose donc toujours la question de mon engagement. Ai-je fait le bon choix en rejoignant le PS ? Et dois-je y rester ? La question est pour moi bien ouverte. Je ne suis pas sûr d'être ici à ma place. Il est à peu près certain que s'il existait une réelle dynamique unitaire à gauche du PS, je me lancerai dans l'aventure. J'en repalerai plus tard. Il n'y a rien, donc je ne sais pas quoi faire. Finalement, c'est assez simple !
15:01 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note


Commentaires
ouais je plains les militant(e)s ces temps-ci...
Ecrit par : Gaël | 11 novembre 2008
commence peut-etre par TE définir idéologiquement, essaye de savoir en quoi tu crois. Car tu est peut-être socialiste Colin, pas le socialiste PS, mais un autre socialiste, plus à gauche... Je pense que comme beaucoup d'autre, tu vois en Benoît Amont, un homme assez proche de tes idées... Alors défend les. Amont à tout de même fait 19%, la où tout le monde s'attendais à 15 au mieux... Ce courant existe au PS, quoi qu'il arrive, et ne meurt pas avec la désignation du 1er secrétaire...
Reste le problème Royale, si elle finie à la tête du parti, je comprendrais que tu le quitte, j'en ferrai de même à ta place. Mais compte tenu de sa position clairement établi (elle veut la première place, sous couvert de personne) elle peut se faire évincer au dernier moment.
Elle n'aura pas le soutient de Delanoe ... Je doute de celui d'Aubry... Donc avec un peu de chance, le petit Amont a peut-être encore un peu de poids dans le débat ?
Et si Royale s'allie avec Amont ??? bah tu te barre en claquant la porte, et en traitant les politiciens de carriériste véreux...
Amicalement,
Nils
Ecrit par : Nils (le seule, l'unique, le socialiste, l'écologique, le moustique) | 12 novembre 2008
Hamon, Nils, Hamon... Et Royal, pas Royale...
Apparemment, il compte maintenir sa candidature jusqu'au bout. C'est en tout cas ce qu'il affirme encore aujourd'hui. S'il est tout seul en lice contre elle, je pense que tout est passible. Parce que Ségolène est une personnalité très clivante. Ces adversaires ne se contentent pas en général d'être en désaccord, ils la détestent. Ca vient des tripes. Je suis sûr que Aubry ou Delanoë, sans forcément le dire, préféreront voter Hamon que Royal... c'est d'ailleurs certainement le calcul qu'il fait quand il affirme "moins diviser" qu'elle.
Ecrit par : Colin | 12 novembre 2008
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