14 décembre 2008

Pourquoi j'ai quitté le PS

Comme je l'ai dit dans ma dernière note, j'ai quitté le PS. J'ai envoyé un mail au secrétaire de la section hérouvillaise pour lui expliquer mon choix. Comme c'est un peu plus détaillé, mieux présenté, je la reproduit ici.

 

Je quitte le Parti Socialiste. Mon passage aura été de courte durée. Pourquoi être venu ? Pourquoi repartir ?

J'avais fait le choix du PS pour plusieurs raisons. D'abord par défaut. Parce que, pour répondre à mes convictions et mon envie d'action, il ne me semblait pas y avoir d'autre lieu existant en France. A côté d'une gauche balkanisée, je pensais que la seule possibilité était d'essayer de renforcer le PS tout en le « gauchisant ». C'est aussi la deuxième raison qui m'a fait adhérer à ce moment. Deux jours avant la date limite pour participer au Congrès de Reims. J'espérais qu'il serait possible de réorienter la ligne idéologique du PS, c'est pourquoi j'avais de l'enthousiasme à soutenir la motion « Un monde d'avance ». Enfin, la vivacité, l'intelligence et la richesse que j'avais côtoyés dans la campagne municipale à Hérouville-Saint-Clair me laissait voir, localement, un manière séduisante de faire de la politique. Bref, je venais avec une envie d'agir, mais sans illusion par rapport au PS lui-même.

Aujourd'hui, je m'en vais. Pour la gauche balkanisée, les choses ne se sont par arrangées, mais j'ai cessé de croire que l'alternative sociale pourrait venir du PS. Revenir au pouvoir, il le peut sûrement... mais pour en faire quoi ? Je n'y crois plus. Et le Congrès a participé à désenchanter ce qui pouvait encore l'être. Le faible score de la motion de Benoît Hamon d'abord. L'unité me laissait espérer, en vain, un bien meilleur score. L'attitude irresponsable, ridicule, égocentrique de nombre des dirigeants nationaux ensuite, surtout après le résultat serré entre Martine Aubry et Ségolène Royal. Militer, distribuer des tracts... pour faire élire ces gens-là ? Très peu pour moi ! Et je sais aussi qu'un des points où je diverge fondamentalement avec la position majoritaire de ce parti, c'est la question européenne. Et la prochaine campagne, c'est justement celle des européennes. Le PSE, avec le soutien d'enthousiaste de la nouvelle première secrétaire, vient d'adopter un programme pour ces élections. On ne peut pas faire plus hypocrite : prétendre rompre avec la direction actuelle de l'Union pour faire une Europe démocratique et sociale en décidant de ne pas présenter de candidat contre le président sortant de la commission, Barroso, c'est nous prendre pour des cons ! Enfin, quant à l'action de la section locale, la déception fut également de taille. Sûrement la campagne fut-elle éprouvante, sûrement la défaite fut-elle choquante. N'empêche qu'on ne fait rien. Moi pas plus que les autres, j'en suis bien conscient. Discussions ronronnantes en réunion de section, distribution de tract. Et c'est à peu près tout. Ne pourrait-on pas attendre plus d'ambition de la part d'une section qui compte plusieurs dizaines de militants, peut-être une bonne centaine ? Si au moins on avait su donner naissance à l'association dont nous parlions après la campagne, qui devait unir les forces de la gauche hérouvillaise pour mener des actions conjointes. Même pas. Je n'accuse personne en particulier ici. C'est le fonctionnement du groupe qui est en cause.

Ce n'est pas un choix si facile à faire. En quelques mois avec vous, j'ai eu le temps d'apprendre à apprécier un certain nombre de camarades. Nous avons discuté, débattu, critique, espéré ensemble, ri ensemble. Mais je ne me sens plus à ma place au Parti Socialiste. Alors je rend ma carte. Je reste néanmoins prêt à agir avec vous sur certaines campagnes. Je pense notamment aux combats qui suivront les européennes. Il faudra toutes les énergies pour battre Thomas, aux municipales comme, peut-être, aux cantonales. Et si, par miracle, une association transpartisane voyait finalement le jour pour unir la gauche hérouvillaise, j'en serais. Je me réjouis quand même de ta désignation comme secrétaire de section et de celle de Damien à la fédération. Peut-être sauras-tu faire mentir mon jugement sur la mollesse de la section socialiste ! Je te souhaite beaucoup de courage pour le travail qui t'attend. Je ne te demande qu'une chose : salues les camarades de ma part, et notamment ceux qui ont soutenu la motion C, et expliques-leur ma décision.

Commentaires

j'ai quitté le PS en 1997, en faisant à peu près le même constat.

J'ai suivi avec intérêt le dernier congrès. J'espérais que les votes porteraient Hamon et ses camarades et clarifieraient la situation au niveau des idées.

L'histoire du PSE montre que le PS va tenir un double langage : à gauche en France, et social-libéral en France.

Finalement, l'initiative du Parti de Gauche me semble très intéressante...

Ecrit par : pas perdus | 14 décembre 2008

"Finalement, l'initiative du Parti de Gauche me semble très intéressante..."

pareil.

Ecrit par : Nils | 19 décembre 2008

J'ai adhéré au PS juste après le désastre de 1993 (on ne dira pas que c'était par opportunisme !) et il m'a quitté en 95, quand j'ai vu revenir en force la tendance archaïque.
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Vu le beau succès à l'arraché du consortium TSSR, je ne suis pas trop pressé d'y revenir. L'immobilisme bouffi d'ancritude "à gauche" (prétendument) très peu pour moi. Je ne me fais aucune illusion sur le néo-molletisme.
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Pourtant si le PS est le pire des partis, c'est encore à l'exception de tous les autres. Je ne crois pas une seconde que le parti de Melenchon soit autre chose qu'une machine électorale pour quelques dirigeants, voire un seul. Aux européennes je verrai plutôt du côté d'Europe Ecologie.

Ecrit par : melchior griset-labûche | 19 décembre 2008

Je suis d'accord avec toi pour rejeter l'expression "ancrer à gauche". Car "ancrer" signifie effectivement immobilisme. Et je ne suis pas plus enthousiaste que ça sur le pari de Mélenchon, sans pour autant en tirer les même conclusion que toi, Melchior. J'observe. Et le "beau succès à l'arraché du consortium TSSR" participe pour beaucoup de mon rejet du PS. Surtout qu'en l'occurence il a évité un débat nécessaire entre les divergences de fond, sensible autant entre Hamon, Aubry et Delanoe, qu'avec Royal...
Par contre, je rejette l'idée que l'innovation politique passe nécessairement par une "droitisation" du discours et des pratiques. Par exemple, je ne crois pas à la nationalisation à la sauce Mitterrand, qui ne change rien au fond dans la pratique de l'entreprise qui devient publique, mais je suis sensible à un Besancenot qui parle d'entreprise publique qui ne soit pas que sous le contrôle de l'Etat mais aussi de ses employés et de ses usagers... Par exemple...
Et pour Europe Ecologie, je sais quelle importance tu donnes à l'écologie, et je suis d'accord avec toi, mais vouloir oublier les autres divergences profondes, et tout aussi essentielles, au nom d'une espèce d'union sacrée me paraît très dangereux. Sauver la planète pour garder les mêmes inégalités insupportables... à quoi bon ?

Ecrit par : Colin | 20 décembre 2008

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