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15 décembre 2008

L'éducation au hachoir, 2e épisode : la réforme des concours

20070906.FIG000000240_30280_1.jpgOn a beaucoup parlé de la réforme du lycée, et d'abord celle de la classe de seconde, que préparait Xavier Darcos. Pour l'instant, il recule. L'application devrait au moins être repoussée d'un an, peut-être même y aura-t-il enfin une vraie discussion autour de ce projet, impliquant les enseignants. Il y a une autre réforme d'importance qui concerne les lycées, mais aussi les collèges, le primaire et même l'enseignement supérieur, c'est celle des concours de recrutement des enseignants. La « masterisation ».



En quoi ça consiste ? Il s'agit d'intégrer l'ensemble de la formation des enseignants du primaire et du secondaire dans des formations universitaires de niveau master (bac+5). Dans la rhétorique du ministère, cette réforme vise plusieurs objectifs : donner un diplôme à ceux qui suivent la formation, qu'ils obtiennent ou non le concours (celui de professeur des écoles ou le CAPES) et permettre ainsi à ceux qui échouent de se réorienter (aujourd'hui, la formation assurée par les IUFM ne délivre pas de diplôme) ; améliorer la formation des enseignants en leur rajoutant deux ans d'études (aujourd'hui les concours sont de niveau licence, bac+3) ; revaloriser le métier d'enseignant par une augmentation de salaires liés au passage à bac+5.


Il y a dans ces arguments beaucoup de vent. Pour ce qui est de l'allongement de la durée d'étude, c'est tout simplement faux. Car à la licence, il faut ajouter l'année de préparation du concours et celle de stage prévue après le concours. Et la plupart de ceux qui obtiennent le CAPES ont aujourd'hui fait un M1. Ils font donc 5 ou 6 ans d'étude entre le bac et la titularisation. L'année de stage étant supprimée, la durée qui s'allonge est celle avant d'être rémunéré. Ce qui aura des conséquences sur l'origine sociale des candidats et, bien sûr, sur leur formation.


La formation des enseignants ne sera pas non plus de meilleure qualité. L'année de stage est supprimée, remplacée par des stages courts au fil du master. Ensuite, ces nouveaux master doivent intégrer beaucoup, beaucoup de choses : préparation à l'épreuve écrite, appronfondissement de la discipline (et éventuellement préparation de l'agrégation), stages, formation didactique et, cerise sur le gâteau, formation à la recherche (ben oui, cette nouvelle organisation fera fuir les master recherches), tout en étant capable d'orienter vers autre chose que l'enseignement en cas d'échec au concours. Ah ben tiens. On n'avait jamais pensé à faire un master après lequel tout soit possible, enseignement, recherche et plus si affinité ! Si on rentre dans le détail, on relève aussi quelques éléments qui font douter de la qualité de la formation des futurs enseignants. Ainsi, il n'y aura plus de programme pour le CAPES, il faudra se contenter de connaître le programme du secondaire... Une autre perle : le CAPES de langue ne contiendra plus d'épreuve orale de langue !


Pour ce qui est de la réorientation en cas d'échec au concours, il est effectivement vrai que c'est un gros problème aujourd'hui, sachant que les reçus sont toujours minoritaires. Mais quelles portes ouvriront des masters « enseignement » ? Certains iront peut-être dans le privé, dans la formation professionnelle, mais toutes les disciplines ne sont pas concernées au même niveau, et de toute façon, ils ne seront qu'une minorité. Il y aura donc un vivier de titulaire du master mais non reçus au concours. Voilà qui fournira une excellente main d'œuvre pour travailler comme contractuel dans l'Education Nationale ! Certains y voient même la disparition programmée des concours, et des professeurs fonctionnaires... Surtout dans une dynamique de non remplacements de départs en retraite, donc, de diminution des postes ouverts au concours.

Enfin, comme beaucoup de réformes aujourd'hui, et notamment celles qui concernent l'enseignement, elle est choquante dans la méthode de mise en oeuvre. Aucune réelle concertation avec les principaux concernés : enseignants, formateurs des IUFM, universitaires, étudiants... Un flou artistique maintenu pendant un certain temps, puis les annonces, elle-même encore assez peu précise, assortie d'un calendrier qui empêche toute discussion, toute négociation et, espèrent-ils, toute protestation. Ainsi, les universités ont appris mi-octobre qu'elles avaient jusqu'au 31 décembre pour envoyer la maquette de ce nouveau master miraculeux. Pour application dès la rentrée prochaine. La date a été repoussé à la mi-février. L'application à la rentrée prochaine pose aussi de sérieux problèmes. Que feront ceux qui préparent les concours cette année et échoueront ? Ils n'auront qu'à recommencer le master à zéro ! Et ceux qui, actuellement en M1, envisagaient de préparer le CAPES l'an prochain ? Si rien ne change, ils devront soit préparer l'écrit en trois mois (il est programmé en janvier) soit recommencer, eux aussi, le master à zéro. Quand la question a été posée au ministère, il a répondu que c'était une bonne remarque, qu'il allait y réfléchir...



Face à ça, plus silencieusement que les lycéens, les personnels des universités se mobilisent. De nombreux UFR ont décidé de ne pas présenter de maquette afin d'enrayer l'application de la réforme et pousser la ministre à un moratoire pour renégocier le contenu de la réforme. Et si rien ne bouge, ce sera peut-être bientôt la grève administrative. Pour tous ceux qui se sentent concerné, une pétition est à signer sur le site du collectif « Sauvons l'Université ». C'est un combat dont l'enjeu est énorme et qui manque cruellement de visibilité, de présence médiatique. Amis blogueurs de gauche qui me lisaient, parlez-en, faites circuler la pétition, c'est urgent ! Et pour approfondir, je vous conseille l'excellent, mais un peu long, texte de Alexis Grelois.

 

Edit :

j'ai trouvé une vidéo réalisée par SLU qui explique bien les enjeux de cette réforme. A faire circuler !

 

 

14 décembre 2008

Pourquoi j'ai quitté le PS

Comme je l'ai dit dans ma dernière note, j'ai quitté le PS. J'ai envoyé un mail au secrétaire de la section hérouvillaise pour lui expliquer mon choix. Comme c'est un peu plus détaillé, mieux présenté, je la reproduit ici.

 

Je quitte le Parti Socialiste. Mon passage aura été de courte durée. Pourquoi être venu ? Pourquoi repartir ?

J'avais fait le choix du PS pour plusieurs raisons. D'abord par défaut. Parce que, pour répondre à mes convictions et mon envie d'action, il ne me semblait pas y avoir d'autre lieu existant en France. A côté d'une gauche balkanisée, je pensais que la seule possibilité était d'essayer de renforcer le PS tout en le « gauchisant ». C'est aussi la deuxième raison qui m'a fait adhérer à ce moment. Deux jours avant la date limite pour participer au Congrès de Reims. J'espérais qu'il serait possible de réorienter la ligne idéologique du PS, c'est pourquoi j'avais de l'enthousiasme à soutenir la motion « Un monde d'avance ». Enfin, la vivacité, l'intelligence et la richesse que j'avais côtoyés dans la campagne municipale à Hérouville-Saint-Clair me laissait voir, localement, un manière séduisante de faire de la politique. Bref, je venais avec une envie d'agir, mais sans illusion par rapport au PS lui-même.

Aujourd'hui, je m'en vais. Pour la gauche balkanisée, les choses ne se sont par arrangées, mais j'ai cessé de croire que l'alternative sociale pourrait venir du PS. Revenir au pouvoir, il le peut sûrement... mais pour en faire quoi ? Je n'y crois plus. Et le Congrès a participé à désenchanter ce qui pouvait encore l'être. Le faible score de la motion de Benoît Hamon d'abord. L'unité me laissait espérer, en vain, un bien meilleur score. L'attitude irresponsable, ridicule, égocentrique de nombre des dirigeants nationaux ensuite, surtout après le résultat serré entre Martine Aubry et Ségolène Royal. Militer, distribuer des tracts... pour faire élire ces gens-là ? Très peu pour moi ! Et je sais aussi qu'un des points où je diverge fondamentalement avec la position majoritaire de ce parti, c'est la question européenne. Et la prochaine campagne, c'est justement celle des européennes. Le PSE, avec le soutien d'enthousiaste de la nouvelle première secrétaire, vient d'adopter un programme pour ces élections. On ne peut pas faire plus hypocrite : prétendre rompre avec la direction actuelle de l'Union pour faire une Europe démocratique et sociale en décidant de ne pas présenter de candidat contre le président sortant de la commission, Barroso, c'est nous prendre pour des cons ! Enfin, quant à l'action de la section locale, la déception fut également de taille. Sûrement la campagne fut-elle éprouvante, sûrement la défaite fut-elle choquante. N'empêche qu'on ne fait rien. Moi pas plus que les autres, j'en suis bien conscient. Discussions ronronnantes en réunion de section, distribution de tract. Et c'est à peu près tout. Ne pourrait-on pas attendre plus d'ambition de la part d'une section qui compte plusieurs dizaines de militants, peut-être une bonne centaine ? Si au moins on avait su donner naissance à l'association dont nous parlions après la campagne, qui devait unir les forces de la gauche hérouvillaise pour mener des actions conjointes. Même pas. Je n'accuse personne en particulier ici. C'est le fonctionnement du groupe qui est en cause.

Ce n'est pas un choix si facile à faire. En quelques mois avec vous, j'ai eu le temps d'apprendre à apprécier un certain nombre de camarades. Nous avons discuté, débattu, critique, espéré ensemble, ri ensemble. Mais je ne me sens plus à ma place au Parti Socialiste. Alors je rend ma carte. Je reste néanmoins prêt à agir avec vous sur certaines campagnes. Je pense notamment aux combats qui suivront les européennes. Il faudra toutes les énergies pour battre Thomas, aux municipales comme, peut-être, aux cantonales. Et si, par miracle, une association transpartisane voyait finalement le jour pour unir la gauche hérouvillaise, j'en serais. Je me réjouis quand même de ta désignation comme secrétaire de section et de celle de Damien à la fédération. Peut-être sauras-tu faire mentir mon jugement sur la mollesse de la section socialiste ! Je te souhaite beaucoup de courage pour le travail qui t'attend. Je ne te demande qu'une chose : salues les camarades de ma part, et notamment ceux qui ont soutenu la motion C, et expliques-leur ma décision.

02 décembre 2008

C'est fini !

Je n'y crois plus. Si tant est que j'y ai cru. Le PS se passera de moi.

Il y a quelques jours, j'écrivais ceci :

Ce congrès m'amène donc à me poser des questions sur mon engagement. Pourquoi suis-je au PS ? J'y étais venu un peu par défaut, parce que, aujourd'hui, le PS est la seule organisation capable de peser dans la sphère politique. De ce point de vue là, l'évolution de l'autre gauche m'ouvre peu de perspectives immédiates. J'ai bien signé l'appel de Politis, mais sans vraiment y croire. Je voulais aussi participer à ce congrès, dans l'espoir que le PS se "gauchise". C'était vain, on vient de le voir. Enfin, c'était aussi pour moi un engagement local, dans une ville de gauche où règne un maire de droite. C'est là peut-être que je suis le plus déçu.

Rien de concret, rien d'ambitieux. Après la défaite assez inattendue de la liste d'union de la gauche, nous parlions de créer une association regroupant les différentes forces de la gauche locale, pour permettre à des citoyens non encartés de militer à nos côtés sans s'engager dans un parti, pour rester en contact permanent. Rien n'a été fait. Et le PS, première force d'opposition, pourtant forte d'une bonne centaine de militants, ne fait rien. Nous ne faisons rien d'ambitieux. Tout le monde était d'accord sur la nécessité de publier un papier régulier. Pourtant, au dernier comité de rédaction, nous n'étions que trois. Et à part ça, il n'y a que réunions de sections et quelques coups de fils ou mail pour venir chercher les tracts à distribuer. On n'organise aucun moment de débat ou d'information dans la ville. D'ailleurs, c'est à peine si on débat en section ! La campagne aurait pourtant pu nous montrer ce qu'était une activité politique présente et ambitieuse... Je ne vise personne en disant ça, c'est l'organisation qui est molle, et moi-même je n'ai pas pris la parole pour réclamer qu'on travaille plus. Je constate seulement.

Bref, je me pose donc toujours la question de mon engagement. Ai-je fait le bon choix en rejoignant le PS ? Et dois-je y rester ? La question est pour moi bien ouverte. Je ne suis pas sûr d'être ici à ma place. Il est à peu près certain que s'il existait une réelle dynamique unitaire à gauche du PS, je me lancerai dans l'aventure. J'en reparlerai plus tard. Il n'y a rien, donc je ne sais pas quoi faire. Finalement, c'est assez simple !

 

Effectivement, c'est simple. Rien ne me retient. Je m'en vais, vers d'autres horizons politiques, plus incertains. Participer à d'autres choses, d'autres tentatives, tenter de m'impliquer dans l'effort de configuration de la "gauche de gauche". Et je repose à plat, remet en question quelques menues certitudes assoupies au fond de mon esprit.

 

Bref, je vais de nouveau théoriser en rond sur ce blog ! M'en fout, c'est pour ça qu'il est là !

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