12 février 2009
L'université en lutte
Si vous n'êtes pas complètement sourds ou isolés, vous devez savoir qu'à l'Université, on n'est pas content. Non seulement les gauchistes habituels, mais aussi tous les autres, les mous, les juristes, ULM, les présidents, les extraterrestres matheux, et même les autres !Pourquoi qu'on est colère ? Si on écoute la radio (voilà des semaines que je n'ai pas regardé un jité), on saura que la réforme du statut des enseignants-chercheurs pose problème. Mais c'est loin d'être l'unique raison de notre colère. Il faut d'abord avoir en tête que les "réformes" que nous contestons sont, pour beaucoup, la conséquence logique de la LRU, contre laquelle nous protestions déjà l'an dernier. Cette année, la mobilisation a commencé par la "réforme" (destruction ?) des concours de recrutement du primaire et du secondaire (cf mon article sur ce sujet). A cela s'ajoutent le démantèlement des organismes de recherches (CNRS en tête), les "plans" "Campus" et "Licence" et le contrat doctoral unique, ainsi que la précarité de nombreux étudiants qui se voit aggravée par la modification des critères des bourses. Et comme dans tous les services publics aujourd'hui, la baisse de moyens humains et financiers, qu'il s'agisse de l'Université directement ou du CROUS. Evidemment, on pourra encore ajouter les nombreux attaques qui touchent à côté l'éducation de la maternelle au lycée : suppression des RASED, évaluation-bidon en CM2, "réforme" du lycée (abandonnée ?), casse du lycée professionnel et toujours, suppressions de postes purement comptables.
L'attaque est globale contre l'éducation en France. Ce qui transparaît, au-delà de la conception très "IIIe République" de l'enseignement qu'a notre gouvernement, c'est qu'en liant toutes ses "réformes", le fil conducteur est certainement celui, pathétique, de l'économie et de la lutte contre le service public. A chaque fois, la conséquence est la même : permettre, au détriment de l'avenir, de supprimer quelques postes par-ci, quelques postes par-là. Et c'est là qu'on atteint la stupidité rhétorique de notre président et de ses ministres. Combien de fois nous ont-il affirmé que l'avenir était celui de l'innovation et de la connaissance ? Que c'était par eux que nous sortirions la tête haute de la crise économique qui nous frappe ? Que l'éducation était la priorité absolue ? FOUTAISES ! Quel crédit d'ailleurs accorder à des hommes et des femmes qui ont érigé le mensonge en méthode de gouvernement ? Pour en revenir au sujet qui me concerne directement, l'enseignement supérieur et la recherche, prenez cinq minutes pour regarder cette vidéo qui place le discours de l'innommable face à la vérité. Quoique le plus impressionnant dans ce disoucrs n'était peut-être pas la multiplication des contre-vérités, mais bien le mépris dont fait preuve cet homme-là.
On le voit donc, les raisons de notre colère sont à la fois multiples et profonds (un peu plus que ne le laissent entendre les médias...) et il ne suffira pas qu'une médiatrice vienne apporter quelques modifications au décrét de notre très chère ministre pour que tout rentre dans l'ordre. N'ayant ni le temps, ni la capacité de développer toutes les raisons de notre colère, je vous renvoie vers d'autres articles, vidéos, etc. Autant de ressources qui vous permettront de mieux comprendre la crise qui se développe qu'en lisant les (très) partiels articles du Monde...
- Réforme des concours :
L'éducation au hachoir, 2e épisode : la réforme des concours
Sur la masterisation des concours de recrutement des enseignants
Greve contre la masterisation
Et la vidéo de Sauvons l'Université
- Sur la réforme du statut des enseignants-chercheurs :
Trois profs de droit analysent le projet
- Sur le buget :
Budget 2009, toujours moins
- Sur le "plan Licence" :
Communiqué de SLU
Analyse et propositions
Bref. Ce ne sont que quelques liens parmi tant d'autres. Pour ceux qui veulent approfondir la question, je vous conseille quelques sites : ceux de Sauvons l'Université et de Sauvons la Recherche, le site Universités et Universitaires en lutte, ainsi que le blog du journaliste de Libération Sylvestre Huet.

10:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, darcos, pecresse, universite, masterisation, politique
15 décembre 2008
L'éducation au hachoir, 2e épisode : la réforme des concours
On a beaucoup parlé de la réforme du lycée, et d'abord celle de la classe de seconde, que préparait Xavier Darcos. Pour l'instant, il recule. L'application devrait au moins être repoussée d'un an, peut-être même y aura-t-il enfin une vraie discussion autour de ce projet, impliquant les enseignants. Il y a une autre réforme d'importance qui concerne les lycées, mais aussi les collèges, le primaire et même l'enseignement supérieur, c'est celle des concours de recrutement des enseignants. La « masterisation ».
En quoi ça consiste ? Il s'agit d'intégrer l'ensemble de la formation des enseignants du primaire et du secondaire dans des formations universitaires de niveau master (bac+5). Dans la rhétorique du ministère, cette réforme vise plusieurs objectifs : donner un diplôme à ceux qui suivent la formation, qu'ils obtiennent ou non le concours (celui de professeur des écoles ou le CAPES) et permettre ainsi à ceux qui échouent de se réorienter (aujourd'hui, la formation assurée par les IUFM ne délivre pas de diplôme) ; améliorer la formation des enseignants en leur rajoutant deux ans d'études (aujourd'hui les concours sont de niveau licence, bac+3) ; revaloriser le métier d'enseignant par une augmentation de salaires liés au passage à bac+5.
Il y a dans ces arguments beaucoup de vent. Pour ce qui est de l'allongement de la durée d'étude, c'est tout simplement faux. Car à la licence, il faut ajouter l'année de préparation du concours et celle de stage prévue après le concours. Et la plupart de ceux qui obtiennent le CAPES ont aujourd'hui fait un M1. Ils font donc 5 ou 6 ans d'étude entre le bac et la titularisation. L'année de stage étant supprimée, la durée qui s'allonge est celle avant d'être rémunéré. Ce qui aura des conséquences sur l'origine sociale des candidats et, bien sûr, sur leur formation.
La formation des enseignants ne sera pas non plus de meilleure qualité. L'année de stage est supprimée, remplacée par des stages courts au fil du master. Ensuite, ces nouveaux master doivent intégrer beaucoup, beaucoup de choses : préparation à l'épreuve écrite, appronfondissement de la discipline (et éventuellement préparation de l'agrégation), stages, formation didactique et, cerise sur le gâteau, formation à la recherche (ben oui, cette nouvelle organisation fera fuir les master recherches), tout en étant capable d'orienter vers autre chose que l'enseignement en cas d'échec au concours. Ah ben tiens. On n'avait jamais pensé à faire un master après lequel tout soit possible, enseignement, recherche et plus si affinité ! Si on rentre dans le détail, on relève aussi quelques éléments qui font douter de la qualité de la formation des futurs enseignants. Ainsi, il n'y aura plus de programme pour le CAPES, il faudra se contenter de connaître le programme du secondaire... Une autre perle : le CAPES de langue ne contiendra plus d'épreuve orale de langue !
Pour ce qui est de la réorientation en cas d'échec au concours, il est effectivement vrai que c'est un gros problème aujourd'hui, sachant que les reçus sont toujours minoritaires. Mais quelles portes ouvriront des masters « enseignement » ? Certains iront peut-être dans le privé, dans la formation professionnelle, mais toutes les disciplines ne sont pas concernées au même niveau, et de toute façon, ils ne seront qu'une minorité. Il y aura donc un vivier de titulaire du master mais non reçus au concours. Voilà qui fournira une excellente main d'œuvre pour travailler comme contractuel dans l'Education Nationale ! Certains y voient même la disparition programmée des concours, et des professeurs fonctionnaires... Surtout dans une dynamique de non remplacements de départs en retraite, donc, de diminution des postes ouverts au concours.
Enfin, comme beaucoup de réformes aujourd'hui, et notamment celles qui concernent l'enseignement, elle est choquante dans la méthode de mise en oeuvre. Aucune réelle concertation avec les principaux concernés : enseignants, formateurs des IUFM, universitaires, étudiants... Un flou artistique maintenu pendant un certain temps, puis les annonces, elle-même encore assez peu précise, assortie d'un calendrier qui empêche toute discussion, toute négociation et, espèrent-ils, toute protestation. Ainsi, les universités ont appris mi-octobre qu'elles avaient jusqu'au 31 décembre pour envoyer la maquette de ce nouveau master miraculeux. Pour application dès la rentrée prochaine. La date a été repoussé à la mi-février. L'application à la rentrée prochaine pose aussi de sérieux problèmes. Que feront ceux qui préparent les concours cette année et échoueront ? Ils n'auront qu'à recommencer le master à zéro ! Et ceux qui, actuellement en M1, envisagaient de préparer le CAPES l'an prochain ? Si rien ne change, ils devront soit préparer l'écrit en trois mois (il est programmé en janvier) soit recommencer, eux aussi, le master à zéro. Quand la question a été posée au ministère, il a répondu que c'était une bonne remarque, qu'il allait y réfléchir...
Face à ça, plus silencieusement que les lycéens, les personnels des universités se mobilisent. De nombreux UFR ont décidé de ne pas présenter de maquette afin d'enrayer l'application de la réforme et pousser la ministre à un moratoire pour renégocier le contenu de la réforme. Et si rien ne bouge, ce sera peut-être bientôt la grève administrative. Pour tous ceux qui se sentent concerné, une pétition est à signer sur le site du collectif « Sauvons l'Université ». C'est un combat dont l'enjeu est énorme et qui manque cruellement de visibilité, de présence médiatique. Amis blogueurs de gauche qui me lisaient, parlez-en, faites circuler la pétition, c'est urgent ! Et pour approfondir, je vous conseille l'excellent, mais un peu long, texte de Alexis Grelois.
Edit :
j'ai trouvé une vidéo réalisée par SLU qui explique bien les enjeux de cette réforme. A faire circuler !
19:29 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : masterisation, capes, concours, professeur, recrutement, darcos, politique
14 décembre 2008
Pourquoi j'ai quitté le PS
Comme je l'ai dit dans ma dernière note, j'ai quitté le PS. J'ai envoyé un mail au secrétaire de la section hérouvillaise pour lui expliquer mon choix. Comme c'est un peu plus détaillé, mieux présenté, je la reproduit ici.
J'avais fait le choix du PS pour plusieurs raisons. D'abord par défaut. Parce que, pour répondre à mes convictions et mon envie d'action, il ne me semblait pas y avoir d'autre lieu existant en France. A côté d'une gauche balkanisée, je pensais que la seule possibilité était d'essayer de renforcer le PS tout en le « gauchisant ». C'est aussi la deuxième raison qui m'a fait adhérer à ce moment. Deux jours avant la date limite pour participer au Congrès de Reims. J'espérais qu'il serait possible de réorienter la ligne idéologique du PS, c'est pourquoi j'avais de l'enthousiasme à soutenir la motion « Un monde d'avance ». Enfin, la vivacité, l'intelligence et la richesse que j'avais côtoyés dans la campagne municipale à Hérouville-Saint-Clair me laissait voir, localement, un manière séduisante de faire de la politique. Bref, je venais avec une envie d'agir, mais sans illusion par rapport au PS lui-même.
Aujourd'hui, je m'en vais. Pour la gauche balkanisée, les choses ne se sont par arrangées, mais j'ai cessé de croire que l'alternative sociale pourrait venir du PS. Revenir au pouvoir, il le peut sûrement... mais pour en faire quoi ? Je n'y crois plus. Et le Congrès a participé à désenchanter ce qui pouvait encore l'être. Le faible score de la motion de Benoît Hamon d'abord. L'unité me laissait espérer, en vain, un bien meilleur score. L'attitude irresponsable, ridicule, égocentrique de nombre des dirigeants nationaux ensuite, surtout après le résultat serré entre Martine Aubry et Ségolène Royal. Militer, distribuer des tracts... pour faire élire ces gens-là ? Très peu pour moi ! Et je sais aussi qu'un des points où je diverge fondamentalement avec la position majoritaire de ce parti, c'est la question européenne. Et la prochaine campagne, c'est justement celle des européennes. Le PSE, avec le soutien d'enthousiaste de la nouvelle première secrétaire, vient d'adopter un programme pour ces élections. On ne peut pas faire plus hypocrite : prétendre rompre avec la direction actuelle de l'Union pour faire une Europe démocratique et sociale en décidant de ne pas présenter de candidat contre le président sortant de la commission, Barroso, c'est nous prendre pour des cons ! Enfin, quant à l'action de la section locale, la déception fut également de taille. Sûrement la campagne fut-elle éprouvante, sûrement la défaite fut-elle choquante. N'empêche qu'on ne fait rien. Moi pas plus que les autres, j'en suis bien conscient. Discussions ronronnantes en réunion de section, distribution de tract. Et c'est à peu près tout. Ne pourrait-on pas attendre plus d'ambition de la part d'une section qui compte plusieurs dizaines de militants, peut-être une bonne centaine ? Si au moins on avait su donner naissance à l'association dont nous parlions après la campagne, qui devait unir les forces de la gauche hérouvillaise pour mener des actions conjointes. Même pas. Je n'accuse personne en particulier ici. C'est le fonctionnement du groupe qui est en cause.
Ce n'est pas un choix si facile à faire. En quelques mois avec vous, j'ai eu le temps d'apprendre à apprécier un certain nombre de camarades. Nous avons discuté, débattu, critique, espéré ensemble, ri ensemble. Mais je ne me sens plus à ma place au Parti Socialiste. Alors je rend ma carte. Je reste néanmoins prêt à agir avec vous sur certaines campagnes. Je pense notamment aux combats qui suivront les européennes. Il faudra toutes les énergies pour battre Thomas, aux municipales comme, peut-être, aux cantonales. Et si, par miracle, une association transpartisane voyait finalement le jour pour unir la gauche hérouvillaise, j'en serais. Je me réjouis quand même de ta désignation comme secrétaire de section et de celle de Damien à la fédération. Peut-être sauras-tu faire mentir mon jugement sur la mollesse de la section socialiste ! Je te souhaite beaucoup de courage pour le travail qui t'attend. Je ne te demande qu'une chose : salues les camarades de ma part, et notamment ceux qui ont soutenu la motion C, et expliques-leur ma décision.
12:49 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : politique, parti, socialiste, ps, segolene, royal, martine
15 novembre 2008
L'éducation au hachoir
Darcos réforme l'éducation, au hachoir. Je suis un peu concerné par plusieurs des réformes qu'il met en place, je reviendrai donc un peu là dessus. Pour l'instant, juste un petit bout de son. Sur France Culture : quatre petites minutes pour comprendre ce que sont les RASED et la menace qui leur pèse dessus. Trouvée sur le site sauvons l'école publique.
La pétition est ici, avec près de 150 000 signatures...
19:19 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, reforme, education, darcos, rased
14 novembre 2008
Le PS et les idées
Pour prendre un peu de distance avec cette saturation médiatique de petits arrangements au zoo socialiste, je vous conseille de lire l'instructif article de Gérard Courtois dans Le Monde qui donne la parole à des intellectuels sur le PS. Avec notamment le mérite de sortir un peu du cercle des Gracques, Terra Nova et autres Rosanvallon pour donner aussi la parole à des intellectuels plus radicaux comme Dominique Méda, Jérôme Vidal (dont je conseille l'excellente revue) ou Yann Moullier-Boutang.
Intéressant et... à désespérer du PS. Je vais finir par croire que c'est bien la machine socialiste qui bloque toute évolution efficace de la gauche... Morceaux choisis :
Yann Moullier-Boutang : "Il n'y a pas de politique intellectuelle au PS, pas de débat créatif. Le contenu même du mot socialisme est d'un flou total. La conséquence est évidente : faute d'un affrontement sur les idées, on assiste à un affrontement hystérique sur les personnes."
Henri Weber (reponsable à la formation au PS) :"sur les quatre grandes fonctions d'un grand parti politique, il ne remplit vraiment que la première, la fonction électorale de sélection des candidats. En revanche il assume assez mal la fonction programmatique et surtout les fonctions intellectuelle et idéologique qui permettent de porter un grand récit, une représentation de la société et d'un avenir possible et souhaitable. Or on sait bien que les batailles se gagnent ou se perdent d'abord dans les têtes. Sur ce terrain, le parti ne travaille plus assez sérieusement, il ne fonctionne plus comme un intellectuel collectif"
Michel Winock, historien replace cette question dans la durée : "le désamour est ancien. Il remonte à l'après-guerre, quand l'aura et l'ascendant du Parti communiste a amené nombre d'écrivains, de savants, d'universitaires, d'artistes, à devenir membres du PCF ou compagnons de route. La guerre froide a ensuite poussé la SFIO à des alliances avec le centre et la droite et achevé de discréditer les socialistes aux yeux des partisans de la radicalité anticapitaliste et antiaméricaine. Mais le pire fut sans doute le cycle de la guerre d'Algérie qui a encore approfondi le fossé."
Dominique Méda, sociologue : "Sur des questions essentielles, comme le travail, les 35 heures, ou les indicateurs de richesse, le primat des experts, et en particulier des économistes qui font la leçon à tout le monde, a bridé et biaisé la réflexion des socialistes [...] le PS a tellement voulu paraître raisonnable à leurs yeux qu'il en a oublié ou presque des impératifs catégoriques pour la gauche, comme l'égalité ou la redistribution".
Olivier Duhamel :"Le travail intellectuel n'irrigue pas le PS parce que l'appareil de Solférino d'une part, les grands seigneurs régionaux et locaux d'autre part ne veulent pas du pouvoir politique national et ne se donnent pas les moyens de le reconquérir"
Zaki Laïdi : "Le PS est un parti gazeux, sans armature idéologique forte, ni base sociale marquée ni socle militant puissant. Une vraie mise au clair de son identité pourrait menacer son unité et lui être fatale. Car clarifier ses positions, c'est se dévoiler et risquer de s'affaiblir. Les dirigeants socialistes n'ont donc aucune envie d'aller au fond des choses : ils savent trop bien qu'ils pourraient y perdre la couche d'ozone qui les protège de l'extrême gauche."
Jean-Luc Mélenchon témoigne : Il n'y a que des risques à exposer des idées, car c'est se latéraliser, donc être inapte à toute fonction centrale."
Gérard Grunberg, directeur scientifique de Science Po : "Il y a en réalité beaucoup d'intellectuels prêts à travailler pour le PS. Mais les dirigeants socialistes n'ont pas envie de les entendre car ils pourraient poser des questions désagréables ou pointer des contradictions gênantes."
19:05 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
11 novembre 2008
Digressions sur un congrès socialiste
Le vote a eu lieu. Quelques jours plus tard, les émotions retombent, les choses se clarifient. Pour ma part, j'ai du mal à me faire un avis sur ce qu'il vient de se passer. C'est toutefois un moment qui m'amène à repenser à la valeur de mon engagement dans ce parti.
Quelques remarques sur le résultat de jeudi soir d'abord. Je ne trouve pas que le résultat soit aussi clair que les médias l'ont déclamé en boucle. Oui, la motion de Ségolène Royal est en tête, assez nettement pour qu'il n'y ait pas de litige sur ce point. Mais Les résultats sont quand même bien serrés ! 29-25-25-19... je vois plutôt un étalement pas très net qu'une franche victoire ! Et contrairement à ce qu'on entend aussi en boucle, le résultat de la "gauche du PS" n'est pas satisfaisant. Si on veut bien hasarder une comparaison avec le Congrès du Mans où Fabius faisait 21% avec Mélenchon, Dolez et Lienemann, sans même compter les 23% de la motion NPS soutenue par Hamon et Emmanuelli, c'est plutôt un recul. C'est mieux que ce que prévoyaient les analystes (qui sont-ils, on ne le saura pas...) ; c'est moins que ce qu'il aurait fallu pour que je sois satisfait. Je crois que je ne l'aurais été que dans une configuration où la motion d'Hamon aurait pu peser, en gros à armes égales, dans une alliance majoritaire avec celle d'Aubry. Ce ne sera pas le cas. Point.
On vient d'apprendre que Ségolène Royal avait décidé d'aller au charbon. J'en suis assez content. Je pense qu'une telle clarification était nécessaire. D'un point de vue tactique, je n'en sais trop rien. Mais d'un point de vue politique c'est certain. Pas que je soit un partisan de la présidente poitevine, c'est plutôt le contraire. Mais la décision que prendront les militants de la choisir ou de la rejeter aura une autre clarté qu'un vote sur Peillon ou Dray, maintenus jusqu'alors dans l'ombre, y compris pour la masse des militants !
Enfin, dernier point des rebondissements de ce congrès sur lequel je veux revenir, le départ de Mélenchon et Dolez. Je vous conseille d'écouter l'émission de France Inter, "Dimanche soir politique" où le premier s'explique longuement. Si c'est trop long, regardez ses passages dans la Matinale de C+ ou chez Karl Zero. C'est clair et net. Et honnête. Je suis assez d'accord avec son constat. Et je suppute notamment que je serai en désaccord avec le PS dans quelques mois, au moment des élections européennes. Là où je suis dubitatif, c'est sur l'efficacité politique du geste de Mélenchon. Je pense qu'il était devenu un faire valoir de gauchisme au sein du PS, pas grand chose de plus. Mais quel impact aura son nouveau parti ? Il ne servira à rien, sauf si des militants socialistes décident de le suivre en masse ; j'ai des doutes. A moins qu'il participe à fédérer divers courants de "l'autre gauche" dans un projet commun pour les européennes. Alors peut-être qu'une dynamique impliquant des socialistes (ex ou pas) pourrait avoir une envergure non négligeable (et peut-être que sur ce point, l'élection d'un personnalité clivante comme Royal aura des effets bénéfiques pour le projet de Mélenchon). Encore une fois je doute, cette fois à cause du NPA : Besancennot à accueilli avec froideur la décision de Mélechon, et j'ai bien peur que son nouveau parti ne voit les élections européennes à venir comme un bon test de lancement, pour voir ce qu'il pèse.
Ce congrès m'amène donc à me poser des questions sur mon engagement. Pourquoi suis-je au PS ? J'y étais venu un peu par défaut, parce que, aujourd'hui, le PS est la seule organisation capable de peser dans la sphère politique. De ce point de vue là, l'évolution de l'autre gauche m'ouvre peu de perspectives immédiates. J'ai bien signé l'appel de Politis, mais sans vraiment y croire. Je voulais aussi participer à ce congrès, dans l'espoir que le PS se "gauchise". C'était vain, on vient de le voir. Enfin, c'était aussi pour moi un engagement local, dans une ville de gauche où règne un maire de droite. C'est là peut-être que je suis le plus déçu.
Rien de concret, rien d'ambitieux. Après la défaite assez inattendue de la liste d'union de la gauche, nous parlions de créer une association regroupant les différentes forces de la gauche locale, pour permettre à des citoyens non encartés de militer à nos côtés sans s'engager dans un parti, pour rester en contact permanent. Rien n'a été fait. Et le PS, première force d'opposition, pourtant forte d'une bonne centaine de militants, ne fait rien. Nous ne faisons rien d'ambitieux. Tout le monde était d'accord sur la nécessité de publier un papier régulier. Pourtant, au dernier comité de rédaction, nous n'étions que trois. Et à part ça, il n'y a que réunions de sections et quelques coups de fils ou mail pour venir chercher les tracts à distribuer. On n'organise aucun moment de débat ou d'information dans la ville. D'ailleurs, c'est à peine si on débat en section ! La campagne aurait pourtant pu nous montrer ce qu'était une activité politique présente et ambitieuse... Je ne vise personne en disant ça, c'est l'organisation qui est molle, et moi-même je n'ai pas pris la parole pour réclamer qu'on travaille plus. Je constate seulement.
Bref, je me pose donc toujours la question de mon engagement. Ai-je fait le bon choix en rejoignant le PS ? Et dois-je y rester ? La question est pour moi bien ouverte. Je ne suis pas sûr d'être ici à ma place. Il est à peu près certain que s'il existait une réelle dynamique unitaire à gauche du PS, je me lancerai dans l'aventure. J'en repalerai plus tard. Il n'y a rien, donc je ne sais pas quoi faire. Finalement, c'est assez simple !
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26 septembre 2008
Sarkozy nous sauvera (si si si) !
Sarkozy a parlé ! C'était hier à Toulon. Il a dit ce qu'il pensait de la crise financière. Retour sur des paroles mémorables. (Voir aussi le joli commentaire de Benoit Hamon).
C'est assez édifiant en bien des points. Avant de s'attaquer au problème de la crise en elle-même, il nous a livré quelques réflexions intéressantes... "La peur est une souffrance. La peur empêche d'entreprendre, de s'engager. Quand on a peur, on n'a pas de rêve, on ne se projette pas dans l'avenir. La peur est la principale menace qui pèse aujourd'hui sur l'économie". La peur ? Celle du sans papier ? La suspicion généralisée qui est le fondement d'une politique sécuritaire à base d'Edvige, de Cristina et de caméras de surveillance ? Non point. Juste, "une crise de confiance sans précédent [qui] ébranle l'économie mondiale".
La première tâche dans cette crise est donc de lutter contre la peur en disant la vérité. Quelle vérité ? Celle d'un capitalisme débridé qui a permis à une minorité de s'en mettre plein les fouilles pendant de longues années ? Et qui, maintenant en crise, partagera bien gentiment le désastre ? "Dire la vérité aux Français, c'est leur dire que la crise actuelle aura des conséquences dans les mois qui viennent sur la croissance, sur le chômage, sur le pouvoir d'achat [...].La génération qui avait vaincu le communisme avait rêvé d'un monde, où la Démocratie et le marché résoudraient tous les problèmes de l'humanité. Elle avait rêvé d'une mondialisation heureuse qui vaincrait la pauvreté et la guerre. [Mignon et naïf toute à la fois, n'est-ce pas ?] Ce rêve a commencé à devenir réalité : les frontières se sont ouvertes, des millions d'hommes ont été arrachés à la misère, mais le rêve s'est brisé sur le retour des fondamentalismes religieux [aïe], des nationalismes [ouille], des revendications identitaires [fichtre], sur le terrorisme [bigre], les dumpings, les délocalisations, les dérives de la finance globale, les risques écologiques, l'épuisement annoncé des ressources naturelles, les émeutes de la faim [dont la spéculation sur les matières premières ne porte aucune part de responsabilité...]." Ah ben oui, la crise financière, c'est la faute aux barbus. Qui n'y avions nous point pensé ? On mélange les tares du système capitaliste, celui qui est en crise (dumping, délocalisation, dérives de la finance globale) avec pleins d'autres trucs, comme ça c'est plus discret...
Bon quand même, il finit par nous parler vraiment de la crise. Il reconnait que c'est celle d'un système. "Ce système où celui qui est responsable d'un désastre peut partir avec un parachute doré, où un trader peut faire perdre cinq milliards d'Euro à sa banque sans que personne s'en aperçoive, où l'on exige des entreprises des rendements trois ou quatre fois plus élevés que la croissance de l'économie réelle, ce système a creusé les inégalités, il a démoralisé les classes moyennes et alimenté la spéculation sur les marchés de l'immobilier, des matières premières et des produits agricoles." Oh ! Notre cher président deviendrait-il anticapitaliste ? Ben non, car "ce système, il faut le dire parce que c'est la vérité, ce n'est pas l'économie de marché, ce n'est pas le capitalisme". Ouf, encore un peu il se laissait pousser la barbichette façon Illitch Oulianov, camarade.
"Le capitalisme ce n'est pas la primauté donnée au spéculateur. C'est la primauté donnée à l'entrepreneur, la récompense du travail, de l'effort, de l'initiative. Le capitalisme ce n'est pas la dilution de la propriété, l'irresponsabilité généralisée. Le capitalisme c'est la propriété privée, la responsabilité individuelle, l'engagement personnel, c'est une éthique, une morale, des institutions. Le capitalisme c'est ce qui a permis l'essor extraordinaire de la civilisation occidentale depuis sept siècles." Bref, revenons-en au capitalisme de papa. Enfin, celui d'arrière-grand-papa. A l'époque du patron paternaliste, d'Henri Ford qui payait un peu plus ses ouvriers pour qu'ils puissent lui acheter une voiture. Au capitalisme qui, régulièrement, faisait donner la troupe sur les grévistes. Le XIXe siècle. Cela dit, ça nous permettrait de retenter la révolution bolchévique, au point où on est, ça serait marrant. Comme ça on pourrait atteindre la phase centrale du raisonnement sarkozyen. Punir ! Brûler du bourgeois !
"Vous voulez que je vous débarasse de ces racailles ?" hurlait le ministre de l'intérieur en campagne. Il recycle avec les "responsables" de la crise. Toujours aussi démago. Encore plus. Sauf que. Sauf que le problème est bien un problème systémique. Ca ne servira donc à rien de punir les responsables. Et puis quels responsables ? Les millions de boursicoteurs qui ont spéculés sur un marché fou d'innovation de haut niveau genre subprimes ? Les patrons et leurs parachutes dorés ? Comment pourrait-il punir ? Tous ont agi dans un cadre légal de dérégulation et de déreglementation. Ils n'ont fait que profiter d'un système mis en place par des politiques. Ces décisions politiques ont une énorme reponsabilité dans la situation actuelle... Ce sont Reagan et Thatcher qu'il faut punir ? M'étonnerait que ce soit ça que Sarkozy ait en tête... Enfin, de toute façon, tous sont juridiquement intouchables : c'est un système qui est en cause, pas des individus ! Bref, du vent, du bla-bla, qu'il nous pourra en aucun cas traduire dans les faits...
Finalement, on en revient toujours au même point dans la "réflexion" sarakozyste, dans sa rhétorique. Peur, responsabilité, culpabilité, punition, répression. Il confirme une fois encore quel est le noyau de sa pensée politique. Idéologie sécuritaire.
Forcément, il nous ressort les discours récurrent sur le manque de transparence, les rémunérations des dirigeants trop élevées, patati patata. La même chose à chaque crise financière... oubliée dès qu'on trouve une nouvelle niche pour spéculer. Du vent, encore. Il leur faurait un bon SLAM dans la gueule...
Tout ça pour en arriver à la conclusion qu'il doit accéler ces réformes. Il est fantastique ! Chaque obstacle est un signe qu'il faut accéler.La claque des municipales ? Un signe que les français trouvent que ça ne va pas assez vite... La crise financière ? Il faut aller plus vite encore. On a déjà droit à une nouvelle réforme chaque jour. Ca va plus être possible... Et puis critiquer l'autorégulation en continuant à libéraliser à tout va, ça manque un poil de cohérence non ? Privatisation de la Poste, libéralisation de la santé, diminution (et donc libéralisation) des retraites, suppression de fonctionnaires... Qui peut croire que c'est là que se trouve la sortie de crise ? Tout est bon...
Le seul point intéressant est finalement l'idée d'un nouveau Bretton Woods. Mais pour en faire quoi ? Je crains le pire...
Alors bon, qu'il vienne pas nous la jouer au gauchiste. Pour conclure je ne résiste pas à l'envie de vous livrer un commentaire halluciné d'un lecteur extra-terrestre du Monde... "Incroyable, invraisemblable, aux limites du ridicule!..... On croirait D. Strauss-Kahn au micro, F. Hollande ou B. Delanoë!!! N. Sarkozy va bientôt, après avoir pris des socialistes dans son gouvernement, faire une politique de gauche au nez et à la barbe de sa majorité médusée... Qui avait dit que l'Etat c'était le mal? R. Reagan et les néoconservateurs en faillite aux Etats-Unis! Vive l'Etat! Vive N. Sarkozy!!!!"
12:04 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, discours, crise, finance, sarkozy
22 septembre 2008
La gauche (où qu'on en est ?)
Où je me reprends à parler politique.

La gauche c'est cool. C'est pour ça que je fais de la politique, que je suis un gauchiste et que tous mes potes (si j'oublie les autres...) sont de gauche. Mais la gauche c'est aussi le bordel.
Je suis au Parti Socialiste. J'ai déjà expliqué pourquoi. Pourtant aujourd'hui, j'aime pas le PS. Qui aime le PS aujourd'hui ? On a un Congrès en novembre où ne semblent compter que les ambitions personnelles. Débats, projets... ce ne sont que de vains mots. Delanoë et Royal sont d'accord sur l'essentiel, mais font mine de rien avoir remarqué. L'aile gauche pourrait faire cause commune pour relever le débat. Malgré ça, c'est mal barré pour avoir Hamon et Mélenchon sur une même motiion...
Sur sauce, Martin nous explique tout ça très bien : "Bertrand veut être chef à la place du chef, mais avec le soutien de l'ancien chef, François, qui voudra rapidement le redevenir. Au vu de cette alliance, Ségolène, qui voulait être chef, n'en fait plus un "préalable" pour éviter d'avoir à se compter sur son seul nom. Elle cherche à rejoindre Gérard lequel devait soutenir Pierre qui veut être chef sans en faire lui non plus un "préalable". Mais si Pierre est soutenu par Ségolène, il ne peut plus l'être par Martine, qui d'ailleurs veut être chef sans l'avoir dit explicitement. D'autant que Ségolène pourrait très bien réviser à la hausse son ambition en fonction des résultats de sa motion avec Gérard, vu qu'elle n'est pas du genre à s'embarrasser de palabres quand elle peut saisir une occasion. Martine, de son côté, veut à tout prix conserver le soutien de Laurent, réputé avoir des troupes certes limitées mais consistantes et disciplinées, soutien dont Pierre ne veut pas car incompatible avec Gérard. Le problème pour Martine est que Laurent, comme François d'ailleurs, ne veut certes pas être chef maintenant, mais c'est pour mieux l'être plus tard, et donc Laurent comme François seront rapidement des alliés encombrants pour Bertrand et Martine, lesquels ne veulent pas être des chefs intérimaires. Le pari de Pierre, qui dit vouloir n'être un chef que temporaire, est donc que Martine et Bertrand s'entendent sur son nom, mais sans François ni Laurent, potentiels perturbateurs. Ceci serait logique, mais c'est sans compter l'arithmétique électorale qui accorderait une valeur non négligeable au soutien de ces derniers. Pendant ce temps, Arnaud soutient à la fois Pierre et Martine, mais a surtout en tête, comme les autres, d'éviter d'avoir à se compter trop précisément. Jean-Christophe, lui, avait le même chef que Pierre, Dominique. Jean-Christophe est heureux de n'être que sous-chef, simplement il ne veut pas que Pierre lui passe devant, et donc soutient Martine. Jean-Christophe pense aussi que le fait de devenir chef maintenant est un bon moyen pour ne plus pouvoir l'être en 2012, et donc y voit un moyen de griller Martine ou Bertrand, de manière à laisser Dominique seul dans un futur duel avec Ségolène". Je ne suis pas tout à fait d'accord avec la suite du billet. Mais là, il tape juste et avec humour.
Il y en a quand même quelques uns qui semblaient intègres. Malheureusement, il se pourrait que Nouvelle Gauche ne réussisse pas à présenter une motion. Et ça pourrait se barrer en cacahuète. Pour être poli ! Alors le Congrès ne ressemblera à rien, son résultat, qui devait être historique, sera décevant. Ca signifie pas que le PS perdra la prochaine élection, c'est difficile de prévoir ce genre de chose. Ca signifie qu'une victoire du PS n'avancera à rien puisqu'il n'aura pas construit de projet alternatif... Ceci dit, j'étais peut-être le dernier à espérer...
Quelle perspective hors du PS ? Le NPA ? J'étais dubitatif, je le suis toujours... j'attends de voir à quel point,le résultat sera différent de feu la LCR. A quoi sert un nouveau parti s'il n'est pas un lieu de regroupement des forces de la gauche ? Sans discussion avec les diverses organisations, j'ai bien peur que ce soit un effort inutile. Le PC, LO, certains Verts, certains PS et d'autres encores. Et il faudra trancher l'inévitable question du rapport au pouvoir. C'est de ça que tout dépendra. Je crains aussi que, contrairement à ce qu'affirme Besancenot, l'attrait que semble aujourd'hui exercer le projet repose essentiellement sur sa personnalité. Ca reste malgré tout sûrement la tentative actuelle la plus solide.
Les autres partis n'avancent pas. Reculent même. Les Verts s'apprêtent à faire une liste commune pour les européennes avec Bové et Hulot. Hulot... L'écotartuffe numéro 1 ! Le PC prépare son Congrès lui aussi. Un Congrès qui pourrait bien être aussi rénovateur que celui du PS... Le MRC n'a jamais existé, le PRG est mort depuis longtemps. Quant à LO, elle en est à exclure la fraction minoritaire qui discutait avec le NPA...
Restent les tentatives de regroupement transpartisans. Les collectifs unitaires, qui ont échoué à présenter une candidature unique à gauche du PS en 2007 vivent toujours. Vivotent plutôt. Politis vient de lancer un joli appel. Il a reçu beaucoup de signatures, entraîné de nombreuses réunions publiques et un rassemblement national est prévu en octobre. Peut-être est-ce un nouveau départ. Toutefois, en l'absence du NPA/LCR, et après l'énumération qui précéde, j'ai encore peur que ce soit un coup d'épée dans l'eau.
Et les français, et le monde, et la planète dans tout ça ?
Pessimiste donc. Pour changer. Reste plus qu'à espérer que la crise économique dégénère en révolution sociale...
11:53 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : politique, ps, pc, lcr, npa, gauche, verts
19 juin 2008
Pour une Fédération Européenne
Je l’ai déjà écrit à plusieurs reprises, l’échelle de l’Europe sera celle où on pourra développer les politiques pour l’avenir. Croit-on pouvoir mener une politique sociale ambitieuse à l’échelle nationale dans le contexte de la mondialisation ? Pourra-t-on répondre aux catastrophes écologiques en cours sans une cohérence européenne ? Ne doit-on pas faire émerger une diplomatie européenne forte quand l’hégémonie des Etats-Unis est de plus en plus contestée ? Il faut une Europe intégrée, bien plus intégrée. Pour être plus puissante et plus cohérente. Ces questions étant fondamentales, les réponses doivent être démocratiques. Prenons l’exemple du domaine social. La concurrence fiscale et sociale entre les pays de l’Union Européenne est destructrice, tirant chaque pays vers le bas. Pour lutter contre, il faudra construire un modèle social européen unifié. Dans un débat qui ne pourra être que démocratique. Une Europe puissante, cohérente et démocratique ne saurait être autrement que fédérale.
Quelle serait la forme d’une Europe fédérale ? Pour la cohérence et la démocratie il faut un organe qui soit strictement européen, non une émanation des Etats, et démocratique. C’est au Parlement Européen de jouer ce rôle. Le Parlement Européen doit être fort, c’est-à-dire être le législateur principal en même temps que le contrôleur de l’action exécutive. Un vrai parlement quoi. Il doit être démocratique et européen : élu au suffrage universel direct, à la proportionnelle, sur des listes européennes. Avec de tels pouvoirs et un tel mode d’élection, les différents partis nationaux devront se regrouper dans de réels partis européens, cohérents, dotés de programme vraiment politiques et permettront qu’il y ait un débat sur la direction de l’Europe. Pas comme aujourd’hui.
Il ne s’agit pas non plus de faire disparaître les Etats. Ils peuvent garder une large autonomie. Qui peut nier par exemple que les différents Etats des Etats-Unis d’Amérique ont une large autonomie ? On peut ainsi imaginer un Sénat regroupant des élus au suffrage direct mais dans les cadres nationaux. On aurait ainsi une assemblée représentant les Etats à côté d’une assemblée représentant le Peuple. Chacun garderait à côté ses institutions nationales dont il faudra définir précisément les rapports avec les institutions fédérales.
Quoiqu’il en soit, les institutions européennes doivent émaner du peuple. Car c’est le peuple qui est le souverain naturel, c’est lui le pouvoir constituant. Peut-on accepter que des traités ayant un caractère constitutionnel, ils organisent les institutions, soient conçus et adoptés sans recourir directement au peuple ? Prenons le traité de Lisbonne : négocié par des représentants élus pour exercer la fonction exécutive et voté par d’autres représentants élus pour exercer la fonction législative. Personne dans cette affaire n’a reçu un mandat constituant de son peuple. Pour refonder des institutions de cette importance le principe démocratique exigerait une toute autre formule : une Assemblée Constituante Européenne, élue au suffrage universel direct dans un scrutin de liste européen, présentant un projet au peuple, celui-ci l’acceptant ou non dans un unique référendum européen. Convoquer une telle assemblée serait déjà un événement de type fédéral : ce serait concevoir l’Europe comme un tout uni et cohérent et plus comme une somme d’Etat.
Enfin, le traité de Lisbonne n’est à mon goût ni bon ni mauvais. Il ne changera, si on outrepasse le vote irlandais, rien de fondamental. De même, si on en reste au traité de Nice, l’Union Européenne continuera à voguer au rythme des négociations étatiques pour s’arracher un bout de quota. Il manque d’ambition, de vision. On se plaint que l’Europe ne plaise plus aux peuples. Ou que ceux-ci votent sans comprendre le traité qu’on leur soumet. Et bien, proposons un texte institutionnel simple et ambitieux qui saura faire valoir une vision et une volonté exaltante de l’avenir européen. Et on verra si le vote est mauvais !
Bref, c'est seulement en construisant une Europe politique, et donc fédérale, qu'on pourra en faire quelque chose, débattre, avancer.
18:40 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : europe, union, ue, politique, fédérale
10 mai 2008
Cotiser 41 ans, "there is no alternative ?"
Voilà. Xavier Bertrand l'a dit et l'impose (il négocie mais annonce déjà le mot de la fin...), il faudra désormais avoir cotisé 41 ans pour obtenir une retraite à pension complète. Un argument de bon sens semble présider à un telle évolution : l'espérance de vie ne cesse de s'allonger, alors pourquoi ne pas travailler plus longtemps ? Revient aussi l'éternelle comparaison avec nos voisins : si d'autres pays l'ont fait, pourquoi se priver de ce progrès ? Et enfin, l'incontournable depuis Margaret Thatcher : il n'y a pas d'autre solution, "there is no alternative". Vraiment ?
D'abord, il faut souligner les limites d'une telle évolution. En effet, telle que tourne aujourd'hui la société française, le passage à 41 ans risque surtout d'être une baisse des pensions. D'une part parce que, les études s'allongeant, on entre de plus en plus tard sur le marché du travail ; d'autre part, et surtout, parce que le taux "d'emploi des seniors" n'est aujourd'hui que de 38%, quand bien même l'âge légal de départ à la retraite est de 60 ans, après 40 années de cotisation. Ce qui signifie qu'il y a déjà aujourd'hui un nombre considérable de travailleurs qui atteindront la retraite sans pension complète. Avec l'évolution voulue par Xavier Bertrand, ils seront plus nombreux et leurs pensions seront moins complètes. Evidemment, le ministre n'oublie pas de dire que faire évoluer cette situation est une de ses priorités. Reste qu'il n'explique pas vraiment comment il le fera, et qu'en l'état actuel des choses, sa réforme sera avant tout celle d'une baisse des pensions. N'aurait-il pas d'abord dû faire augmenter le travail des seniors avant d'allonger la durée de cotisation ?
Autre point : cet allongement "brut" à 41 ans ne prend pas en compte une donnée essentielle : l'influence de la pénibilité de l'emploi sur l'espérance de vie. Aujourd'hui l'espérance de vie d'un ouvrier est, de mémoire, d'environ 10 ans plus courte que celle d'un cadre. Si on prend l'argument principal de notre ministre - on vit plus longtemps alors travaillons plus longtemps - l'ouvrier devrait cotiser quelques années de moins que son supérieur.
Un dernier argument, moins concret, plus philosophique peut également s'opposer à cet allongement. Le progrès scientifique avance depuis des siècles dans le sens d'une augmentation de la productivité. N'est-il pas alors concevable de vouloir profiter de nos vies plus longues pour travailler proportionnellement moins tout en produisant plus ? Surtout que l'urgence écologique devrait nous rappeler l'absurdité de toujours vouloir produire plus.
Bien. Mais si malgré tous ces défauts, allonger la durée de cotisation est la seule solution pour sauvegarder notre régime de retraite par répartition, comment s'y opposer ? There is no alternative ? Il semble pourtant que oui, d'autres solutions existent, qui font que cette réforme n'est pas LA solution. Pour atteindre l'équilibre, le système des retraites peut donc augmenter la durée de cotisation, on vient d'en voir les inconvénients, augmenter le taux de cotisation, avec des répercussions sur les salaires et sur l'emploi, ou diversifier les sources de revenus. Dans cette dernière optique je voudrais signaler plusieurs pistes.
Une piste régulièrement évoquée est celle proposée par l'éternel gauchiste qu'est Philippe Seguin, premier président de la Cour des Comptes. Il a en effet pondu un rapport dans lequel il estime qu'en taxant les revenus autres que les salaires, et notamment les stock-options, on pourrait en tirer 6 milliards d'euros.
De son côté, Benoît Hamon propose ce qu'il appelle une "cotisation sur la valeur ajoutée". Principe relativement simple : plutôt que de faire payer les cotisations patronales en fonction du nombre de salariés (ce qui encourage par exemple à remplacer des emplois par des machines), il s'agirait de les calculer en fonction des bénéfices de l'entreprise.
Il existe encore près de 30 milliards d'euros d'exonération de cotisation sociale en faveur des employeurs. Certaines ont des effets bénéfiques sur l'emploi ou autre. D'autres moins. Faisons-en un inventaire exhaustif pour évaluer celles qui n'ont sont pas réellement utiles... et supprimons les.
Dernière piste que je soumet pour l'instant : les Français ont placé en gros 1000 milliards d'euros en assurance-vie. 1000 milliards. On en déplace 1% vers les retraites, ça fait 10 milliards... en combinant avec les pistes proposées au dessus, c'est bien plus que ce qu'il faut.
Bref. Dans l'absolu, je ne suis pas encore fixé sur l'idée de savoir si l'allongement de la vie doit se traduire par un allongement du travail. Même si je suis sensible à l'idée qu'on n'est pas sur terre que pour travailler. Mais ce qui est certain, c'est qu'une telle réforme ne devrait pas avoir lieu avant qu'on ait réglé la question du chômage des seniors et elle ne doit pas être conçue de manière uniforme, sans prendre en compte la diversité des situations. Et avant d'en arriver là, je crois qu'il y a un certain nombres de pistes à exploiter. J'en ai cité quelques unes, il y en a sûrement d'autres... Il n'y a pas UNE solution miracle, mais plusieurs ressources à exploiter conjointement.
15:31 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : retraites, déficit, seguin, sarkozy, politique, bertrand, xavier


