19 juin 2009

Critique de l'économie

(Encore un bout de lecture que je veux partager. Dans un tout autre registre que la dernière fois... Mais c'est promis, ma prose reviendra !)

 

« L'économie est devenue notre science sociale, celle qui, sous sa forme vulgarisée, inspire décideurs, hauts fonctionnaires et hommes politiques ; celle qui prétend être la science générale du comportement humain et la plus exacte – donc la plus objective – des sciences sociales ; enfin, celle qui a même réussi à imposer ses méthodes à la réflexion dont l'objet est pourtant le plus « social » : la philosophie politique. Inventée comme la méthode qui devait permettre de garantir l'autorégulation d'une société conçue comme une simple association des individus, l'économie est aujourd'hui incapable de promouvoir une autre conception de la société. La tenir pour la science qui convient à notre temps, c'est donc se résigner à vire avec une conception réduite de l'homme et de la richesse, n'imaginer pour seul mode de régulation que le travail et refuser de faire appel à la politique comme méthode alternative susceptible de servir de guide à la vie en commun. »

 

Extrait d'un bouquin indispensable : Dominique Méda, Le travail, Aubier, 1995, p. 196

17 février 2009

Sus aux protectionnistes !

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Sur son blog hébergé par le Monde diplomatique, le désormais fameux "professeur" Lordon nous livre une très intéressante leçon. Il démonte la petite ritournelle qui devient petit à petit plus obsédante au fil des semaines, celle d'un "retour au protectionnisme" comme menace absolue dans le tourment de la crise. Je résume.

 

Pour être crédible et effrayante, cette menace d'un retour au protectionnisme  (entendu comme des méchants droits de douane qui entravent le commerce international) doit avoir lieu dans un contexte de non-protectionnisme. Or, en pratique, toutes les différences socio-productives qui existent entre les états (droit du travail, sécurité sociale, conception de l'impôt, infrastructures, etc.) sont des protections. Toutes différences qui sont bien loin de disparaître un jour... Bref, les différences influant sur le commerce international ne sont pas que dans les marchés et les droits de douanes, loin de là. La "menace" joue bien plutôt comme un argument pour défendre un certain modèle idéologique.

Pour enfoncer le clou, on peut même dire que, dans le cadre fixé par ces structures éminemment différentes d'un pays à l'autre, s'obstiner à vouloir à tout prix une "concurrence libre et non faussée", c'est finalement accentuer les distorsions. "Car il n’y a pas moyen plus efficace de maximiser labrutalité des rencontres compétitives entre entités appartenant à des environnements structurels hétérogènes que de les plonger dans le faux level playing field [terrain de jeu applani, càd la concurrence non faussée] des marchés grands ouverts".

 

Bref, pour résumer : le protectionnisme ne menace pas ; il a toujours été là.

 

(Oui je sais, pour l'image, c'est facile...)