16.05.2008
Les idées politiques sous la Révolution française (5/8)
II - 1793, la phase jacobine
b) Une phase de l'égalité ?
L'égalité semble un principe fondamental de la période. Contrairement à celle de 1789, la Déclaration de 1793 en fait un droit naturel. Elle en fait même le premier. L'égalité civile et politique est approfondie : « tous les citoyens sont également admissibles aux emplois publics ». La souveraineté exprimée par cette Déclaration annonce aussi une plus grande égalité. Elle est toujours nationale mais réside dans le peuple. Le suffrage est donc universel. L'égalité politique est presque complète, même si le fait que ce suffrage est indirect apporte une nuance. Ne reste que l'inégalité entre représentant et représentés. Inspirés par Rousseau, les constituants montagnards ont cherché à avancer dans le sens de la démocratie directe. C'est notamment l'instauration du référendum. Mais là encore, ce principe est suspendu face aux dangers.
L'égalité de 1793 tend aussi à se rapprocher d'une égalité matérielle. La Déclaration insiste sur les droits sociaux des individus.« La société doit la subsistance aux citoyens malheureux ». Alors même que l'égalité politique est mise en sommeil avec la Constitution, l'égalité matérielle progresse. La Convention décrète l'égalité successorale, le partage des biens communaux, prévoit un système d'assistance. Si la propriété dans son principe n'est pas directement menacée, sa définition évolue : pour Robespierre, elle est la manifestation du droit d'exister et « tout ce qui est indispensable pour conserver la vie est une propriété commune à la société entière ». Il estime que la contrainte est nécessaire pour arriver à cet objectif, il faut forcer le riche « à être honnête » afin qu'il soulage et « honore » le pauvre. C'est même une contrainte permanente qui est nécessaire, pour lutter contre la pente naturellement antisociale du riche. C'est une vision de l'égalité nouvelle par rapport à 1789. Elle ne sanctionne plus le mérite, elle devient une vertu à inculquer et travailler. La prééminence de l'égalité dans la phase jacobine est à nuancer. Affirmée en politique, elle est suspendue de fait. Et l'enthousiasme des jacobins pour l'égalité matérielle ne les empêche pas de réprimer l'agitation populaire des « enragés » qui réclament des mesures immédiates dans ce domaine.
La situation économique tendue entraîne une hausse des prix, ce qui suscite de violents mouvements de protestations populaires. Ils font d'importantes réclamations sur le terrain social. Une formule de Jacques Roux résume ainsi les idées de ces « enragés ». « La liberté n'est qu'un vain fantôme quand une classe d'hommes peut affamer l'autre impunément. L'égalité n'est qu'un vain fantôme quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort sur son semblable ». Ils mettent en avant la nécessité d'une égalité matérielle. C'est elle qui conditionne la liberté. On n'est pas libre s'ils ont dépend d'un autre pour subvenir à ses besoins. Cette idée est parfois mise en pratique de manière radicale au gré de l'agitation. Des épiceries sont pillées au nom d'une restitution au peuple, on s'acharne contre les marques de distinction sociale. Pour certains, l'égalité devient identité : tout doit être pareil pour tous. Cependant, les « enragés » sont dans l'agitation, ils ne théorisent pas et n'ont pas de revendication concrète en termes d'organisation politique. De plus, leurs principales figures se querellent. Ils sont importants en ce qu'ils préfigurent un peu les idées de Babeuf et surtout parce qu'ils maintiennent une pression constante sur le gouvernement révolutionnaire qui parfois réprime, parfois fait un geste dans leur direction.
09:12 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, politique, révolution, terreur, jacobin, égalité, robsespierre
25.03.2008
Qu'est ce que l'égalité ?
Egalité. Voilà un mot qu'on connaît bien. Il est de notre devise, "Liberté, Egalité, Fraternite", de notre fièrement nationale Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (DDHC pour les intimes) où les hommes "naissent et demeurent libres et égaux en droit". Il est l'un des mots les plus importants du vocabulaire de la gauche.
Mais, c'est quoi l'égalité ?
Laissons de côté l'égalité "identité" dont révèrent certains utopistes du XIXe siècle qui pensait que l'avenir de l'homme serait quand même meilleur si on devenait tous les mêmes. Oublions aussi pour le moment l'égalité d'une "société sans antagonisme de classe" que le père Lénine imaginait après la dictature du prolétarait, une égalité "selon les besoins" possible par l'avènement d'un homme nouveau par sa vertu ou que Babeuf imaginait on ne sait trop comment.
Parlons plutôt de l'égalité "selon les capacités" dont parlait le même Lénine et bien d'autres avant lui (Marx, Proudhon, Saint-Simon... j'en passe). Dans l'idée, elle rejoint ce qu'on appelle souvent égalité "des chances" ou "méritocratique". Dans cette acception, l'égalité doit être celle des athlètes. Partons tous derrière une même ligne et nous arriverons dans l'ordre de nos mérites. Elle pose deux problèmes : comment partir avec les mêmes chances, et comment juger les mérites de chacun ?
Pour répondre réellement au premier problème (et pas à la Broloo...), il faut travailler l'éducation afin qu'elle ne soit pas dépendante des conditions sociales de chacun et il faut... supprimer l'héritage (ou au moins le limiter fortement). Entre autres idées.
Mais c'est surtout le deuxième problème qui est le plus gênant. C'est celui qu'on rencontre dès qu'on parle de mérite. Quels sont les critères qui permettent de mesurer le mérite ? Est plus méritant celui qui, malgré un travail intense, est mauvais à l'école ou celui qui, sans rien glander, obtient de bon résultat ? Doit-on juger, en termes de résultats, de temps de travail, de difficulté de travail, de dangerosité, de responsabilité . Et surtout, qui doit juger ? L'Etat, le marché... ?
Sur cette deuxième question, je n'ai pas de réponse, notamment sur les critères qui permettraient de juger le mérite de chacun. Mais je pense qu'il faudrait peut-être déconnecter, au moins en partie, l'idée d'égalité de la notion de mérite. Partons du principe que nous sommes tous des être humains, et qu'à ce titre nous avons droit à un minimum vital qui donne à chacun les moyens de s'émanciper.
Il y a peut-être un troisième problème : comment récompenser le mérite ? Une reconnaissance sociale, de l'argent.... Là encore je n'ai pas de réponse, si ce n'est que je ne considère ni l'une ni l'autre de ces deux récompenses comme la finalité d'une existence humaine.
Edit : à me relire, ce billet est fouilli et fourre-tout.... tant pis ! Promis, un jour je parlerai concrètement...
21:36 Publié dans Réflexions politiques | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : politique, égalité, lénine, marx, saint-simon, borloo

