11 février 2007
L'exigence du pluriel
Quand on s'intéresse au journalisme, à l'information, son traitement, sa transmission, on est vite confronté au problème de l'objectivité.
Si j'en crois mon Petit Robert, être objectif, c'est être impartial, c'est ne faire intervenir aucune préférence, aucun intérêt dans son jugement. En premier lieu, pour être objectif, il faut donc ne pas prendre parti. Si cela peut paraître assez simple quand il s'agit pour le correspondant Ouest France de traiter des activités d'une école, d'une association culturelle ou de toute autre question neutre, sans réel enjeu, il en va différemment dès qu'on prétend prendre un minimum de recul et analyser des problèmes "de société", des questions géopolitiques, culturelle, religieuse. Car il est beaucoup plus difficile dans ces cas là de faire fi de notre opinion propre, et il est rare qu'on n'ait pas un avis, même vague, sur la question.
Mais surtout, même sans prendre parti, la vision qu'on a - donc celle qu'on communique - dépend des a priori avec lesquels on aborde chaque question. Des a priori bien souvent inconscients, involontaires et incontrôlés. Des a priori auxquels il faut opposer une véritable volonté d'ouverture. En effet, quel que soit le problème qu'on s'attelle à comprendre, on est soumis à la grille d'analyse qu'on utilise. Cette grille nous est en grande partie imposée par les médias qui nous informent sur ces problèmes. Quand il s'agit par exemple de réfléchir sur les questions qui touchent au Proche et au Moyen Orient, on est tout de suite influencé par la paranoïa anti-terroriste (qu'on s'y laisse aller ou qu'on la rejette), par les discours simplificateurs et erronés sur l'islam, par la peur de faire preuve d'antisémitisme... Il devient alors impossible, même avec tout la bonne volonté du monde, de faire preuve d'objectivité.
La seule manière de s'approcher du "vrai" et d'analyser avec autant de neutralité que possible ces questions est de s'astreindre à des lectures plurielles. Il faut multiplier et varier les points de vues divergents. Il ne suffit pas de lire Le Monde, ou même de multiplier les lectures dans la presse française en se disant, "si je lis Libération, Le Figaro et Le Monde, j'ai tout bon". En effet, mêmes si les lignes éditoriales des trois quotidiens peuvent paraître différentes, les grilles d'analyses qu'ils utilisent sont fondamentalement les mêmes. Il faut aller bien plus loin : dans l'exemple du Proche Orient, on peut lire Haaretz (israélien), Al-Ahram (égyptien), regarder Al-Jazzeera (qui émet maintenant en anglais)... parce que leurs journalistes regardent l'actualité à travers un prisme différent. Si leur point de vue n'est pas forcément meilleur ni plus vrai que le nôtre, il n'est sûrement pas moins valable. Et maintenant qu'internet nous permet d'accéder à d'innombrables contenus mis en lignes, par des analystes très divers, il serait dommage de s'en priver.
Voilà pourquoi le pluriel me semble essentiel, voilà pourquoi j'ai appelé ce blog "Regard(s)". Si j'ai mis le pluriel entre parenthèse, ce n'est pas pour l'amoindrir, mais par souci d'humilité, parce que je n'ai pas toujours le temps, ni la culture ou la compétence pour prétendre porter un regard vraiment pluriel sur notre monde. Mais j'en ai toutefois la volonté et c'est ce qui me semble être la première et la principale étape de cette démarche.
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