03.02.2008
Engels (3/7)
I - Classes et lutte des classes
b) La lutte des classes
Ecrit en 1848 par Marx et Engels, le Manifeste du Parti communiste commence sa première partie par une phrase désormais célèbre : « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de luttes de classes ». Le paragraphe suivant explicite cette idée : « Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande et compagnon, bref oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une lutte ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une lutte qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la disparition des deux classes en lutte ». L’opposition entre bourgeoisie et prolétariat qu’Engels voyait en Angleterre en 1844, les deux hommes l’ont approfondie, systématisée pour en faire une grille de lecture qu’ils utilisent dans leur analyse de l’histoire. C’est le matérialisme historique, qui leur permet d’affirmer la permanence et le caractère inéluctable de la lutte des classes.
Avec le matérialisme historique, les faits historiques de base, les fondements de l’histoire, sont les forces productives et leur développement. L’homme est fondamentalement un complexe de besoins qui se satisfont d’abord par la nature puis par le travail productif. A partir de ce constat, l’analyse marxiste distingue infrastructure et superstructure. L’infrastructure, c’est le mode de production, c'est-à-dire dire la conjonction des forces productives et des rapports sociaux qui en découlent. La superstructure, c’est l’ensemble des formations sociales de la conscience, morale, institution, idéologie. C’est l’infrastructure qui détermine la superstructure. Les idées du prolétariat naissent de son exploitation, et celles de la bourgeoisie de sa domination, avec par exemple pour fonction de légitimer l’ordre social.
Toutefois dans ces cadres, rien n’est figé. Les forces productives évoluent, grâce notamment à la technique, et finissent par se trouver en décalage avec les rapports sociaux. Et finalement, le décalage devient trop important, entraînant une révolution. Ainsi, le monopole politique de la noblesse française ne pouvait plus tenir face à la croissance exponentielle de la bourgeoisie qui tend à avoir le monopole du pouvoir économique. Et la bourgeoisie finit par renverser la noblesse par la Révolution française de 1789 qui transforme la société pour mettre les rapports sociaux en phase avec l’état des forces productives.
Le rapport de production le plus important est la division de la société en « classes ». Ces classes vivent dans un rapport d’ « exploitation » : la classe oppressante s’appropriant le surplus du travail de la classe opprimée. Dans le système esclavagiste, le maître s’approprie la totalité du travail de l’esclave, tout en étant obligé de lui en restituer une partie pour qu’il puisse survivre. Dans le mode de production capitaliste, l’ouvrier a l’illusion que son salaire paie son travail. Mais en réalité, une partie de son travail, la « plus-value », est appropriée par le capitaliste sous forme de profit.
Cette réalité matérielle de l’exploitation est la lutte des classes elle-même. Comme on l’a vu, le mode de production capitaliste tend à réduire la société à deux classes, le prolétariat dépossédé et la bourgeoisie possédante, simplifiant ainsi la lutte des classes à la «seule opposition entre capitalistes et ouvriers » qu’Engels avait relevée dès 1844.
Il convient toutefois de préciser que ni pour Marx, ni pour Engels, la lutte des classes n’est une fatalité. Ainsi, Engels nuance, dans une autre note à l’édition de 1888 du Manifeste, le caractère absolu de la phrase « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de luttes de classes ». Il ne s’agit en fait que de « l’histoire transmise par les textes ». Il s’appuie notamment en 1888 sur des nouvelles recherches d’histoire et d’ethnologie, postérieurs à la rédaction du Manifeste, pour expliquer que « la commune rurale avec possession collective de la terre, a été la forme primitive de la société depuis les Indes jusqu’à l’Irlande » et il ajoute, plus loin : « Avec la dissolution de ces communautés primitives commence la division de la société en classes distinctes, finalement opposées ». L’homme a donc vécu à un moment dans une société sans classe, et donc sans lutte de classes. Il développe la description de ce processus dans L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat (1884).
Enfin, la lutte des classes qui a court aujourd’hui n’existera pas toujours. Le sens de l’histoire, tel que le matérialisme historique permet de l’analyser, est justement l’abolition de cette lutte. En effet, quand la lutte des classes aura atteint son paroxysme, la révolution adviendra qui permettra l’avènement d’une société communiste sans classes.
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01.02.2008
Engels (2/7)
I - Classes et lutte des classes
a) Une société de classes
Dans l’analyse marxiste, l’économie capitaliste est essentiellement composée de deux classes, le prolétariat et la bourgeoisie. Il existe bien d’autres groupes : la noblesse féodale, la paysannerie, les classes moyennes, l’artisanat. Mais alors que toute la société est déterminée par les forces productives et les rapports de productions, ces groupes n’ont pas de signification réelle quant à l’état des forces productives. De plus, ils sont quasiment amenés à disparaître dans la société capitaliste.
Très tôt, Engels analyse la société en termes de classes. Dès 1844, il écrit la Situation de la classe laborieuse en Angleterre. Quand il le publie, il est à Manchester depuis deux ans, où il travaille dans la firme de coton fondée par son père. Bien qu’il soit le fils du patron, il se soucie aussitôt des opprimés et écrit de nombreux articles dans la presse « avancée ». Déjà dans ces articles, il souligne que si l’industrie, enrichit le pays, elle créée « une classe de non possédants, de gens absolument pauvres ». A la moindre récession, « tous sont privés de pain » et devant le dénuement total qui risque de s’instaurer « à brève échéance », une révolution est à envisager.
Dans la Situation de la classe laborieuse…, il ne se contente pas de décrire la situation des travailleurs, mais mène une analyse de la société anglaise et du rôle qu’y tient la classe ouvrière. Engels utilise les apports de certains théoriciens, des témoignages d’industriels, des rapports parlementaires, mais il écrit surtout en s’appuyant sur son expérience personnelle et adopte le point de vue ouvrier.
La classe ouvrière apparaît avec l’invention des premières machines, notamment dans le domaine du coton. En effet, autrefois, le tissage se faisait à la campagne, comme activité d’appoint, par des petits propriétaires. Désormais, cette activité regroupe des ouvriers qui quittent leurs terres pour ne se donner qu’au tissage. Cette évolution crée des villes industrielles, peuplées d’ouvriers et tandis que leur nombre s’accroît, leurs conditions de vie se dégradent et ils perdent toute propriété et toute sécurité. Ce mouvement qui apparaît dans l’activité cotonnière s’étend à la majeure partie de l’économie. Enfin, cette classe ouvrière absorbe les couches inférieures de la classe moyenne et l’artisanat, résumant la population à « la seule opposition entre capitalistes et ouvriers ». Au terme de ce processus, la classe ouvrière est un ensemble unifié, composée d’hommes et de femmes ne possédant rien. Ils dépendent entièrement de leur salaire, qui varie au gré de la loi de l’offre et de la demande, vivent donc dans des conditions instables. S’il n’est pas le premier à avoir vu une classe ouvrière, Engels est le premier à la voir ainsi unifiée, avant même Marx.
Ainsi, avant sa rencontre avec Marx, Engels a déjà développé une analyse approfondie de la société en termes de classes. Et cette analyse est sensiblement la même qui prévaudra pour les deux hommes. Engels, dans une note à l’édition de 1888 du Manifeste du Parti communiste, définit brièvement le prolétariat : il est « la classe des ouvriers salariés modernes qui ne possèdent pas de moyens de productions et en sont donc réduits à vendre leur force de travail pour pouvoir subsister ».
Engels affirme que la société n’est plus que « la seule opposition entre capitalistes et ouvriers ». Il y a donc face à la classe ouvrière une autre classe, la bourgeoisie. Celle-ci possède les moyens de production et le monopole des moyens d’existence, elle vit de son capital en louant le travail de l’ouvrier.
Plus tard, les deux amis expliquent l’origine de la domination de la bourgeoisie. Celle-ci naît des grandes transformations des forces productives : la navigation qui étend les marchés et les matières premières, l’extension du commerce, les progrès techniques… Maîtresse des moyens de production, la bourgeoisie devient détentrice du pouvoir politique exclusif, dans une société où les rapports sociaux sont fondés sur l’argent. Dans la même note à l’édition de 1888 du Manifeste du Parti communiste, Engels la définit comme « la classe des capitalistes modernes qui possèdent les moyens sociaux de production et utilisent du travail salarié ».
Dès 1844, Engels avait posé un des fondements de l’analyse marxiste, la division de la société en deux classes antagonistes.
23:05 Publié dans Philosophes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : classes, marx, engels, prolétariat

