06.02.2008
Engels (5/7)
II - Révolution et communisme
b) Révolution et dictature du prolétariat
Comme on l’a vu précédemment, les révolutions interviennent toujours quand, dans leur développement, les forces de production matérielle se trouvent en contradiction avec les rapports de production. Les révolutions sont donc toutes définies au niveau de l’infrastructure (mode de production), mais entraîne immanquablement une transformation de la superstructure. Ainsi, toutes les révolutions sont sociales puisque la première étape en est un bouleversement des rapports sociaux. Toutefois elles sont partielles tant qu’elles n’universalisent pas les rapports sociaux et se contentent de substituer la domination d’une classe à la domination d’une autre. Par exemple, la Révolution française est bien sociale, mais en substituant la domination bourgeoise à celle de la noblesse, elle n’est que partielle.
La seule révolution qui peut être totale est celle qui sera menée par une classe caractérisée par une désappropriation absolue et une perte totale de toute particularité. C’est-à-dire le prolétariat. La révolution prolétarienne supprimera les séparations entre les hommes, abolira toute forme d’appropriation privative, toute forme de travail divisé et aliéné… entre d’autres termes, les classes et la lutte des classes. Elle ne sera pas seulement une nouvelle étape de l’histoire, elle la renouvellera de fond en comble.
Comment doit avoir lieu la révolution ? Engels ne refuse pas la violence. Dans son Anti-Dühring, il explique qu’elle est un « instrument grâce auquel le mouvement social l’emporte et met en pièces des formes politiques figées et mortes ». Après la répression féroces des journées de juin 1848 en France, Engels considère cependant qu’« il avait été prouvé que l’invincibilité d’une insurrection populaire dans une grande ville était une illusion » (Révolution et contre-révolution en Allemagne, 1852). Il est alors convaincu que la révolution ne pourra se dérouler sans bain de sang que si l’armée bourgeoise est au préalable neutralisée. En expert militaire, la famille Marx le surnomme « Général », il estime qu’il est nécessaire de briser l’armée bourgeoise, sans quoi la révolution échouera dans un bain de sang. Pour ça, il imagine une action légaliste, utilisant le système parlementaire pour promouvoir la conscription et augmenter l’influence socialiste au sein de l’armée. « Le militarisme domine et dévore l’Europe » écrit-il dans l’Anti-Dühring, « la concurrence des divers Etats entre eux les oblige d’une part dépenser plus […] donc à accélérer l’effondrement financier, d’autre part à prendre de plus en plus au sérieux le service militaire obligatoire et, en fin de compte, à familiariser le peuple tout entier avec le maniement des armes, donc à le rendre capable de faire à un moment donné triompher sa volonté […]. Et ce moment vient dès que la masse du peuple […] a une volonté. A ce point, l’armée dynastique se convertit en armée populaire […]. Et cela signifie l’éclatement par l’intérieur du militarisme et, avec lui, de toutes les armées permanentes ». Il précise que l’augmentation de l’influence socialiste au sein de l’armée doit se faire par un travail d’éducation et de propagande.
Cette longue préparation est l’attente d’un rapport de force favorable au prolétariat qui permettra de livrer le combat décisif. En vue de celui-ci, Engels se fait tacticien de l’insurrection : « Attaquez vos adversaires à l’improviste, pendant que leurs forces sont éparpillées, préparez de nouveaux succès, si petits soient-ils, mais quotidiens ; maintenez l’ascendant moral » (Révolution et contre-révolution...). C’est ainsi que la révolution pourra recevoir le soutien d’éléments vacillants et pousser l’ennemi à la défaite.
Enfin, avant l’avènement de la société communiste, la révolution doit en passer par une phase de dictature du prolétariat. Le Manifeste explique que « la première étape dans la révolution ouvrière est la constitution du prolétariat en classe dominante […]. Ceci, naturellement ne pourra s’accomplir au début que par une violation despotique du droit de propriété et du régime bourgeois de production ». Il doit s’agir d’une phase de transition pour effacer les stigmates de l’ancienne société et réprimer ses adversaires. Elle a pour rôle de supprimer les classes et l’exploitation. La Commune de Paris inspire Marx et Engels sur la forme que doit prendre la dictature du prolétariat. Il lui reconnaisse en effet quatre vertus : elle arme le peuple ; elle s’établit comme un seul corps agissant, à la fois législatif, exécutif et judiciaire ; elle démantèle la machine répressive d’Etat ; elle organise la production nationale. Toutefois, pour les mêmes raisons qu’ils s’abstiennent de définir précisément l’organisation de la société communiste, Marx et Engels ne précisent vraiment ni la durée ni l’organisation de cette phase transitoire.
21:05 Publié dans Philosophes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : marx, engels, révolution, dictature, prolétariat

