23 septembre 2008

Les aventures de Colin en Macédoine

A la demande générale de l'Oncle Hub', je reviens sur mon dernier périple en Macédoine. J'en ai déjà parlé brièvement, j'y reviens plus en détail.

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D'abord, me demanderont les lecteurs peu assidus, kessekecé la Macédoine ? C'est un pays, un vrai, grand comme une grosse région française, peuplé d'environ 2 millions d'habitants. Coincé entre l'Albanie, la Serbie, maintenant le Kosovo, la Bulgarie et la Grèce. C'est aussi un des trois pays officiellement candidats à l'adhésion à l'UE (avec la Croatie et la Turquie). Pour un historique rapide, mais néanmoins complet, je vous renvoie à un texte que j'avais écrit il y a un peu plus d'un an : Une (très) brève histoire de la Macédoine.

Ensuite, qu'est ce que j'allais faire là-bas ? Je m'y étais déjà rendu au printemps 2007, dans le cadre du projet "C'est comment là-bas", pour y faire, en gros, un reportage qui servit ensuite à animer des débats dans ma belle région bas-normande. Sur place, nous avons rencontré de nombreux acteurs locaux, dont Lazar Kotevski, maire de Novaci. Il est à la recherche de projets qui lui permettraient de développer certains des villages qui sont sous sa juridiction, dans la région de Mariovo. Des villages très isolés, dépeuplés, mais pas dénués d'atouts naturels, touristiques et historiques. C'est-à-dire que 1/ c'est beau et 2/ tous pleins de soldats européens (allemands, français, serbes, anglais, bulgares, autrichiens) s'y sont entretués entre 1914 et 1918. Nous, on rêve de participer à des projets 'achement cools. Donc on en parle à Arnaud, un des porteurs du projet "C'est comment là-bas". Du coup, quelques mois plus tard, il nous recontacte. Sans rentrer dans les détails procéduriers, un nouveau projet est sur les rails avec la région Basse-Normandie qui participe à une coopération décentralisée avec la Macédoine.

Il s'agit cette fois de participer au développement local de Mariovo, cette région de Macédoine rattachée, en partie, à Novaci (vous suivez encore ?). L'idée est de réhabiliter une partie du patrimoine bâti pour promouvoir un tourisme durable, responsable aussi bien socialement qu'écologiquement (l'opposé de la côte croate en gros). En espérant que ça participe à une dynamique de revitalisation. Bref, c'est de la bombe. Il faut faire les choses bien. Alors la première étape est d'abord de faire un inventaire du patrimoine bâti.

C'était l'objet du voyage cet été. Arnaud, directeur de Savoir-Faire et Découverte, ainsi que la Région, sont également très sensibles aux problématiques de la formation, c'est pourquoi ce voyage intègre aussi une dimension éducative et ne se borne pas à l'envoi de spécialistes. L'équipe regroupe donc des gens avec des profils différents. Yannick est le pro, c'est le responsable de l'inventaire à la Région. Avec lui, nous avons bénéficié des savoirs de Goce, professeur à l'Ecole d'Architecture de Skopje. Enfin, le président de Savoir Faire et Découverte, Jean-Paul, était également de la partie. Côté djeun's, nous étions quatre français et six macédoniennes. Deux apprentis historiens, une beaux-artiste et une élève architecte, également fervente commentatrice de ce blog (qui se cache derrière deux lettres mystérieuses... AM !). Les macédoniennes étaient toutes élèves de l'Ecole d'Architecture de Skopje.

Après une mini-formation par Yannick, on s'est donc attelé à l'inventaire. C'était une version édulcorée, sinon on en aurait eu pour de longs mois et nous n'étions là que cinq jours. Mais nous avons quand même pu faire le tour quasiment complet du village, Staravina. En relevant les formes des maisons, les matériaux de construction et l'état de délabrement de chaque bâtiment. Nous avions une autre mission. Echanger avec les habitants. Les échanges infromels étaient nombreux tellement les habitants de Staravina étaient chaleureux, accueillant... Il fallait aussi construire des échanges dans un cadre strict : c'est pourquoi nous avons organisé une réunion publique. Il ne s'agirait en aucun cas de développer un projet sur ce village sans y associer pleinement la population. Nous ne pourrons de toute façon que lancer une dynamique, c'est à eux de s'emparer de l'avenir du lieu. Tous les retours sont positifs, ce qui est sacrément encourageant, sans toutefois ôter quelques doutes. Car, si elle est menée à son terme, notre action, notre idée, aura des conséquences directes sur leur cadre de vie. L'ont-ils vraiment perçu ? Espérons que l'avenir nous rassurera.

Bref, ce fut cinq jours passés à arpenter un village charmant, à rencontrer des gens chaleureux, à apprendre à regarder autrement le bâti, à interroger le tourisme et le développement économique local. Le tout dans une paysage splendide. Pour AM et moi-même, il y avait un autre élément à ce voyage. En étudiants fauchés que nous sommes, nous n'étions pas en mesure de débourser 200 € chacun pour rallonger les subventions et venir en avion. Alors nous sommes venus en bus. Il y aurait de quoi faire un roman sur ces 80 heures de bus. Et ce sera le sujet d'un prochain billet. Sachez seulement pour l'instant que ce fut à la fois génial et éprouvant...

Pour terminer, il nous restait à animer une réunion publique à Caen. Nous l'avons faite la semaine dernière, au cinéma Lux. Il s'agissait de présenter notre voyage, ses problématiques et les perspectives pour l'avenir. Pour cette soirée, Charlotte avait préparé un montage de vidéos et photos que nous avions réalisées sur place. Les voici.

 




 

 

Pour les mois à venir, réflexion et montage de projet sont en cours. Plusieurs options sont possibles : chantier, regroupement de jeunes de divers pays de la région... Reste l'inévitable question des financements. Aujourd'hui, on n'en sait pas plus...

Pour ce blog, je prépare donc le récit du trajet en bus et une nouvelle galerie de photo sur ce deuxième voyage en Macédoine.

A suivre donc...

 

 

 

19 juin 2008

Pour une Fédération Européenne

drapeau_europe.1196893008.jpgJe l’ai déjà écrit à plusieurs reprises, l’échelle de l’Europe sera celle où on pourra développer les politiques pour l’avenir. Croit-on pouvoir mener une politique sociale ambitieuse à l’échelle nationale dans le contexte de la mondialisation ? Pourra-t-on répondre aux catastrophes écologiques en cours sans une cohérence européenne ? Ne doit-on pas faire émerger une diplomatie européenne forte quand l’hégémonie des Etats-Unis est de plus en plus contestée ? Il faut une Europe intégrée, bien plus intégrée. Pour être plus puissante et plus cohérente. Ces questions étant fondamentales, les réponses doivent être démocratiques. Prenons l’exemple du domaine social. La concurrence fiscale et sociale entre les pays de l’Union Européenne est destructrice, tirant chaque pays vers le bas. Pour lutter contre, il faudra construire un modèle social européen unifié. Dans un débat qui ne pourra être que démocratique. Une Europe puissante, cohérente et démocratique ne saurait être autrement que fédérale.

 

Quelle serait la forme d’une Europe fédérale ?  Pour la cohérence et la démocratie il faut un organe qui soit strictement européen, non une émanation des Etats, et démocratique. C’est au Parlement Européen de jouer ce rôle. Le Parlement Européen doit être fort, c’est-à-dire être le législateur principal en même temps que le contrôleur de l’action exécutive. Un vrai parlement quoi. Il doit être démocratique et européen : élu au suffrage universel direct, à la proportionnelle, sur des listes européennes. Avec de tels pouvoirs et un tel mode d’élection, les différents partis nationaux devront se regrouper dans de réels partis européens, cohérents, dotés de programme vraiment politiques et permettront qu’il y ait un débat sur la direction de l’Europe. Pas comme aujourd’hui.

Il ne s’agit pas non plus de faire disparaître les Etats. Ils peuvent garder une large autonomie. Qui peut nier par exemple que les différents Etats des Etats-Unis d’Amérique ont une large autonomie ? On peut ainsi imaginer un Sénat regroupant des élus au suffrage direct mais dans les cadres nationaux. On aurait ainsi une assemblée représentant les Etats à côté d’une assemblée représentant le Peuple. Chacun garderait à côté ses institutions nationales dont il faudra définir précisément les rapports avec les institutions fédérales.

 

Quoiqu’il en soit, les institutions européennes doivent émaner du peuple. Car c’est le peuple qui est le souverain naturel, c’est lui le pouvoir constituant. Peut-on accepter que des traités ayant un caractère constitutionnel, ils organisent les institutions, soient conçus et adoptés sans recourir directement au peuple ? Prenons le traité de Lisbonne : négocié par des représentants élus pour exercer la fonction exécutive et voté par d’autres représentants élus pour exercer la fonction législative. Personne dans cette affaire n’a reçu un mandat constituant de son peuple. Pour refonder des institutions de cette importance le principe démocratique exigerait une toute autre formule : une Assemblée Constituante Européenne, élue au suffrage universel direct dans un scrutin de liste européen, présentant un projet au peuple, celui-ci l’acceptant ou non dans un unique référendum européen. Convoquer une telle assemblée serait déjà un événement de type fédéral : ce serait concevoir l’Europe comme un tout uni et cohérent et plus comme une somme d’Etat.

Enfin, le traité de Lisbonne n’est à mon goût ni bon ni mauvais. Il ne changera, si on outrepasse le vote irlandais, rien de fondamental. De même, si on en reste au traité de Nice, l’Union Européenne continuera à voguer au rythme des négociations étatiques pour s’arracher un bout de quota. Il manque d’ambition, de vision. On se plaint que l’Europe ne plaise plus aux peuples. Ou que ceux-ci votent sans comprendre le traité qu’on leur soumet. Et bien, proposons un texte institutionnel simple et ambitieux qui saura faire valoir une vision et une volonté exaltante de l’avenir européen. Et on verra si le vote est mauvais !

 

Bref, c'est seulement en construisant une Europe politique, et donc fédérale, qu'on pourra en faire quelque chose, débattre, avancer.