03 novembre 2008

Former les militants

Comme tous les militants socialistes, j'ai reçu la semaine dernière le rapport d'activité du PS dans ma boîte. Comme (presque) tous les militants socialistes, je ne l'ai pas lu. Sauf la partie concernant l'activité de formation, placée sous la tutelle d'Henri Weber. J'avoue que c'est assez déprimant. Derrière l'enrobage, on voit le vide de l'action du PS sur cette question. Ce que semble confirmer Julien Dray dans l'entretien qu'il a passé avec quelques blogueurs (voir la liste des billets qui en ont résulté chez Nicolas J.). Hervé Nowak écrit : "Il nous explique que la formation populaire doit être replacée au cœur des préoccupations, il est lassant de voir évoluer une classe politique élitiste qui confisque le savoir, car au fond, que serait l’humanité sans cette transmission du savoir."

Pourquoi je m'intéresse à cette question ? Parce qu'elle me semble d'être d'une importance non négligeable et pourtant négligée dans la lutte des socialistes contre un ordre social inégalitaire. Elle est d'ailleurs au centre de mes recherches de master 1 (je travaille sur la formation des militants du PCF dans la période de la guerre froide, j'y reviendrais peut-être un de ces jours). J'aimerais revenir sur deux points qui me semblent plaider dans le sens de l'affirmation de Dray.

 

J'écrivais ceci il y a quelques mois (dans un article repis par Libération, quand même !) :

Le deuxième axe [en parallèle du travail de réflexion idéologique] de ce qui devrait être l’action du Parti Socialiste est donc le travail de popularisation des valeurs, des thèmes et in fine des solutions des socialistes. Travail qui devrait être bien plus ambitieux, bien plus profond qu’une simple campagne électorale, essentiellement télévisée. Car comme je le disais plus haut, pour espérer avoir les moyens de mettre en place une politique socialiste, il faut vraiment convaincre la population. C’est donc sur le terrain idéologique que la propagande (acceptons le mot dans sa définition non totalitaire : travail de communication en vue de convaincre sur un terrain politique) doit jouer. On sait tous que la télévision, et la plupart de médias de manière générale, se prêtent mal à de longs débats ou argumentaires. Je pense que pour convaincre il faut réellement aller vers les gens. C’est d’un travail de terrain que pourra émerger une France socialiste. Comment faire ? Là encore, je n’ai pas de réponse toute faite. Le PS est lié à un grand nombre d’associations de terrain, il y a sûrement quelque chose à faire de ce réseau. Ensuite, il faut utiliser au mieux le réseau des militants. Pour organiser des diffusions de tracts, des journaux locaux (qui traitent à la fois des enjeux locaux et nationaux)… Et surtout organiser des réunions, dans les entreprises, dans les quartiers pour (re)créer un lien avec les couches populaires (ah, que je n’aime pas cette expression !) et le Parti. Ce qui nécessite de revaloriser la place des militants dans le Parti. Bref, il faut faire du PS un parti de militants et non de notables. Et peut-être un jour un parti de masse. C’est par un tel travail de longue haleine, en ressassant parfois certains thèmes, en convaincant pied par pied qu’on construira quelque chose de durable. Renforcer le lien entre le Parti et le peuple passe aussi par une meilleure écoute qui fasse remonter les revendications populaires jusqu’aux débats idéologiques, une écoute qui soit aussi une forme de conseil aux personnes en situation difficile (comme parfois les syndicats au sein de entreprises) et donc une écoute créatrice de confiance

 

Premier point. La formation des militants doit être un des éléments centraux pour répondre à cet objectif. D'abord pour convaincre les militants socialistes (et pourquoi pas les écouter ?). Ensuite pour leur donner de réels outils politiques pour débattre, argumenter, convaincre.  Au quotidien comme dans des réunions publiques, par la rédaction de papiers locaux ou tout autre action militante. Parce que seuls les militants pourront remplir cette tâche de construire une France socialiste. Ce travail de formation ne doit donc pas seulement concerner les cadres du parti, mais être proposé à tous les militants, à l'échelle de la section si c'est possible, en regroupant plusieurs sections sinon. Déjà le cadre fédéral me paraît trop large et trop centralisé pour être pertinent. Nous prônons la décentralisation, appliquons la. Et alors, les convictions transmises aux militants par ces formations feront tâche d'huile.

 

Deuxième point. Sans faire preuve d'un ouvriérisme comparable à celui du PCF il y a quelques années, j'assigne aussi à ce travail de formation un objectif social. Celui de permettre à d'autres que des énarques, des universitaires, des prof, des médecins, de prendre des reponsabilités dans le parti. Ou d'exercer des mandats locaux ou nationaux. Ne nous leurrons pas, une rapide analyse sociologique des élus , des candidats et même des cadres socialistes suffirait, j'en suis persuadé, à convaincre qu'entre nos discours et nos actes, il y a un fossé à combler. Il faut donc construire une offre éducative qui soit pertinente pour des gens qui n'ont pas pu, ou n'ont pas voulu quand c'était possible, poursuivre des études supérieures, voire secondaires (au moins le lycée). Avec tous les reproches qu'on peut légitimement lui faire, le système éducatif mis en place par le PCF avait au moins cette qualité à mes yeux essentiels : elle a permis à des ouvriers de passer de l'usine aux mairies, conseils généraux, et même à l'Assemble Nationale, au Sénat et jusqu'à quelques ministères. Des gens qui ont démontré qu'on pouvait être issu de milieux populaires et exercer avec qualité des mandats électifs, des exemples en quelques sorte ; des gens, aussi, qui ont apporté dans l'exercice de leurs fonctions un regard radicalement différent de celui qui n'a connu que l'ENA et le pouvoir, par leur expérience infiniment différente de la société. A nous de reprende le flambeau, de l'adapter à une société qui a évolué, de l'élargir à toutes les catégories maintenues dans une infériorité politique. A nous de lui donner une dimension encore plus ambitieuse. Il me semble tenir là  un des éléments d'une perspective révolutionnaire de renversement et d'équilibrage de l'ordre politique. Nous critiquons la reproduction des élites, luttons contre elle !