21.05.2008
Les idées politiques sous la Révolution française (7/8)
III - 1795, retour aux idées libérales ?
b) Le babouvisme
Gracchus Babeuf occupe un rôle secondaire dans les événements de la Révolution. Il dirige une conspiration contre le Directoire, rapidement percée à jour et réprimée. Il meurt sous la guillotine en mai 1797. Mais il occupe une place plus importante dans l'histoire des idées, Marx et Engels y voyant le premier communiste.
En effet, Babeuf et ses proches, Maréchal et Buonarroti (dont il est difficile de juger leur influence sur le babouvisme), portent une critique radicale de la propriété et imaginent un ordre politique nouveau. Ils voient dans la Révolution de 1789 « la guerre déclarée entre les patriciens et les plébéiens, entre les riches et les pauvres » et cette révolution politique devra être suivie d'une révolution sociale.
Celle-ci doit s'articuler sur une valeur centrale, l'égalité. Sans se contenter d'une égalité civile et politique, purement formelle, il faut aller plus loin pour instaurer l'égalité matérielle. « Nous voulons l'égalité réelle ou la mort » affirment-ils. Pour atteindre cette égalité réelle, il faut supprimer la propriété. Non la partager au moyen d'une loi agraire, mais créer une « communauté des biens ». On peut donc effectivement parler de communisme. Il s'appuie sur l'exploitation de ces terres communes dont les fruits doivent ensuite être répartis : « Plus de propriété individuelle des terres, la terre n'est à personne. Nous réclamons, nous voulons la jouissance communale des fruits de la terre : les fruits sont à tous le monde ». C'est un communisme ascétique qui bannit le luxe. Son égalité doit donner à chacun selon sa suffisance mais pas plus.
L'égalité de Babeuf est autoritaire et centralisatrice. Quand la conspiration aura aboutit il faudra s'appuyer sur une longue dictature d'un gouvernement fort, un « comité insurrecteur ». Babeuf ne condamne pas la Terreur, il fait même régulièrement appel à Robespierre, oubliant qu'il l'a toujours critiqué quand il était au pouvoir
Ce communisme est déjà présent dans certaines utopies littéraires du XVIIIe siècle, il découle directement des idées des « enragés » mais le babouvisme se distingue en ce qu'il est réellement un programme révolutionnaire, reposant sur une organisation politique.
/HS : pour les incultes allez faire un tour chez Balmeyer. Comme il s'est décidé à venir faire sa crise chez moi, j'ai cédé (rubrique Lectures).../
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19.05.2008
Les idées politiques sous la Révolution française (6/8)
III - 1795, retour aux idées libérales ?
a) Un retour à 1789 ?
Avec la chute de Robespierre le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), c'est la Terreur qui s'achève. Dans les années qui suivent cet événement est célébré comme la fête de la liberté. Liberté qui marque une rupture importante avec 1793 au profit de 1789. Elle est de nouveau définie comme la garantie d'une indépendance individuelle. Sieyès revient sur le devant de la scène pour théoriser cette liberté. Cette élaboration intellectuelle est faite de plusieurs ruptures. Pour ne pas revivre la Terreur, Sieyès critique la souveraineté illimitée du peuple en réclamant que la volonté générale soit interprétée par des représentants éclairés. Il repousse aussi l'idée de Rousseau d'un contrat dans lequel les individus auraient abandonné leurs droits à la communauté. La liberté est alors plus forte qu'en 1789. Toutefois, le principe connaît encore une entorse : le Directoire ne se résout pas à libérer complètement la presse, arguant que cela profiterait aux ennemis de la Révolution. Cela traduit un manque de confiance dans le libre jeu des intérêts individuels. Comme la Terreur a dégoûté de la violence, les hommes de 1795 comptent plus sur l'éducation pour créer une volonté vertueuse.
C'est pendant cette période que Mme de Staël explique la Terreur par une confusion entre liberté ancienne et moderne, distinction qui sera théorisée par Benjamin Constant après la Révolution. Pour eux (Benjamin Constant est déjà un de ses proches à l'époque), la Terreur a fait l'erreur de considérer la liberté comme on le faisait sous l'antiquité. Les hommes étaient alors regroupés en petits nombres, s'appuyaient sur un système esclavagiste qui leur laissait du loisir, ils pouvaient ainsi s'impliquer dans les décisions de la Cité. La liberté est alors une participation active à la formation de la volonté générale. Mais au moment de la Révolution, la France compte près de trente millions d'habitants et les structures socio-économiques ont profondément changé. La liberté est devenue indépendance individuelle. Cette idée n'est pas tout à fait nouvelle, mais elle est alors expliquée avec force et rigueur.
Dans cette période, l'égalité semble nettement moins importante que la liberté. L'égalité politique est limitée : si la Constitution fait plus de citoyens, elle fait aussi moins d'électeurs que celle de 1791. Quant à l'idée d'une égalité matérielle, elle est oubliée, la Déclaration des Droits de 1795 ne mentionne aucun bonheur commun. Elle préfère une égalité méritocratique mettant les propriétaires au premier plan. « Un pays gouverné par les propriétaires est dans l'ordre social ». C'est ce qui permettra à Marx d'y voir le règne cynique de la bourgeoisie.
Pour éviter une dérive autoritaire et arbitraire, les rédacteurs de la constitution du Directoire ont insisté sur la collégialité et la mise en place de pouvoirs clairement séparés. Ils vont même plus loin que ce que prônait Montesquieu dont ils se réclament. Ces dispositions évitent effectivement une dérive autoritaire des pouvoirs constitués, mais les blocages qu'elles provoquent entraînent plusieurs coups d'Etat, avant de disparaître dans celui du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) qui porte Bonaparte au pouvoir.
19:47 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : bonaparte, stael, directoire, thermidor, révolution, française, idées
06.05.2008
Les idées politiques sous la Révolution française (4/8)
II - 1793, la phase jacobine
On regarde parfois la période jacobine comme le négatif de la période précédente, une opposition dont les termes évoluent souvent selon les penchants politiques. Une phase de l'égalité contre une phase de la liberté, une sociale contre une bourgeoise ou une mauvaise contre une bonne. Il existe tout de même quelques éléments de continuité entre 1789 et 1793. Il faut notamment se rappeler que la plupart des hommes de 93 étaient aussi des hommes de 89 (Girondins aussi bien que Montagnards). Leurs idées ont pu évoluer bien sûr, mais c'est aussi les circonstances et les rapports de force qui ont changé. Maintenant que l'Ancien Régime est mort, il faut gouverner et se battre.
a) La patrie en danger
Le 20 avril 1792, la Législative vote la guerre. Le 11 juillet, sous la menace prussienne, elle décrète la « patrie en danger ». Le 10 août, une émeute populaire entraîne la suspension du roi, et la Législative décide sa dissolution avant la réunion prochaine d'une Convention, qui aura pour rôle de donner une nouvelle constitution à la France. Les institutions créées l'année précédente n'ont pas résisté au poids des circonstances.
Cela pose des problèmes par rapport aux principes exprimés depuis 1789. N'est-ce pas une portion du peuple qui vient de remettre en cause la volonté générale, exprimée par l'adoption de la Constitution de 1791 et les élections à la Législative ? N'a-ton pas divisé la souveraineté nationale indivisible ?
Malgré la victoire de Valmy le 20 septembre et la proclamation de la République le 22 septembre, les dangers sont toujours présents et la Révolution se radicalise. Louis XVI est condamné à mort et exécuté le 21 janvier 1793, puis les Jacobins deviennent maîtres de la Convention. La Constitution à peine votée est suspendue, « jusqu'à la paix » (Saint Just). La volonté de sauvegarder le salut public avait déjà entraîné quelques aménagements des principes entre 1789 et 1792. Désormais, ce sont vraiment les circonstances qui dictent l'action de la Convention. Un gouvernement révolutionnaire est mis en place avec mission de « fonder la République » affirme Robespierre. Dès lors, le thème de la « patrie en danger » a des implications sur la plupart des idées politiques.
La nation est réduite, excluant les ennemis de la Révolution. Ce n'est pas tout à fait nouveau puisque les émigrés étaient déjà condamnés sous la Constituante. Mais cette opposition entre la nation et ses ennemis prend une place infiniment plus importante. Tout le monde est désormais suspect et plus seulement les anciens privilégiés. La répression s'étend jusque dans le camp même des jacobins avec l'exécution, par exemple, de Danton. Théoriquement, c'est toujours la volonté générale de la nation qui s'impose, mais la nation n'est pendant ces deux années qu'une partie de la France.
La journée du 10 août 1792 a une autre conséquence sur la nation. Le peuple a renversé la représentation, il est désormais le garant du respect de la nation par les représentants. Les sans-culottes obligent ainsi les députés à prendre en compte les aspirations populaires. Mais c'est encore une entorse au principe d'indivisibilité de la souveraineté, car les sans-culottes ne sont qu'eux-mêmes. Et cela remet en cause l'autonomie des représentants, menacés par une volonté particulière.
La liberté semble sacrifiée sur l'autel de la nécessité révolutionnaire. Dans la nation assiégée, un intérêt personnel contraire à l'intérêt général n'est plus égoïsme, mais trahison, crime contre le peuple. Cependant, elle n'est pas oubliée. C'est au nom de la liberté que se bat Robespierre : la Révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis. Mais cette liberté est conditionnée à une action vertueuse. Elle est toujours un droit naturel dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1793, et le rôle de la Constitution est toujours de garantir les droits naturels. Ce principe de 1789 est toujours présent, suspendu à l'achèvement de la Révolution. Quand elle sera victorieuse, la liberté s'imposera : « la Constitution est le régime de la liberté victorieuse et paisible » selon Robespierre.
Comme 1789, la phase jacobine se fonde sur des droits naturels. Mais la hiérarchie n'est pas la même : l'égalité devant la liberté et surtout devant la propriété. Il y a donc une différence sensible sur ce point. Et surtout, la phase jacobine est marquée par une relégation des droits naturels le temps de fonder la République.
11:33 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : révolution, française, terreur, robespierre, girondins, jacobins, valmy
02.05.2008
Les idées politiques sous la Révolution française (3/8)
I - 1789, la phase libérale
b) Nation et souverainété
Dès la première heure la Révolution française s'inscrit dans le cadre de la nation. Le premier acte révolutionnaire est la transformation des Etats Généraux en Assemblée Nationale. L'auteur de la proposition est Sieyès et c'est sa vision de la nation qui prévaut en 1789. C'est un thème qu'il avait mis en avant en janvier 1789 dans son texte « Qu'est ce que le Tiers Etat ? ». Il définit la nation comme « un corps d'associés vivant sous une loi commune et représentés par la même législature ». Ce n'est plus la nation des parlementaires de l'Ancien Régime qui voyaient dans leur consentement à la loi le consentement de la nation ; ce n'est pas non plus la nation ordonnée des Etats Généraux. Et on est encore plus loin de Louis XIV qui affirmait que « la nation réside toute entière dans la personne du roi ». Pour Sieyès, la nation c'est le Tiers-Etats. Il a pour lui le nombre. Sont ainsi exclus les privilégiés, encombrés d'un héritage historique de titres. Mais avec l'abolition des privilèges, cette distinction même s'efface : la nation est le corps des citoyens égaux devant la loi. C'est la nation de Rousseau, celle qu'il met en avant dans son « Projet de constitution pour la Corse » où il fait appel à un serment civique qui doit faire du citoyen un élément de la nation.
A cette Nation, la Révolution offre la souveraineté dont est privé le monarque de droit divin. C'est l'article 3 de la Déclaration,« le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation ». En la dotant d'une volonté, les Constituants ont fait appel à la volonté générale de Rousseau, mais en la transformant considérablement. Avec la Constitution de 1792, cette volonté est exprimée par des représentants élus par au suffrage censitaire. Pour Sieyès, qui s'éloigne de certains points de « Qu'est ce que le Tiers-Etat », la volonté nationale ne peut s'exprimer que dans la discussion entre les députés de la nation. Elle n'est pas une volonté préexistante qui remontrait depuis l'ensemble des citoyens jusqu'aux représentants. L'argument exclut d'un même coup l'idée d'un mandat impératif. La volonté nationale est donc alors celle de l'Assemblée et il ne peut y avoir de veto suspensif pour le roi. Pourtant, le veto suspensif accordé au roi peut être regardé comme une tentative de concilier représentation et une souveraineté nationale inaliénable. C'est l'avis de Mirabeau : en suspendant le texte voté par les représentants, le roi reporte la question devant la nation qui se prononcera à nouveau lors de la prochaine élection.
11:54 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, politique, révolution, française, nation, souverainteté, rousseau
18.04.2008
Les idées politiques sous la Révolution Française (1/8)
Je pars en vacances une semaine. Pour vous faire patienter et saliver, voici l'introduction d'un exposé sur les idées politiques sous la Révolution. Avec un peu de chance, le reste suivra !
Bonne lecture...
Introduction
En 1789, l'Ancien Régime disparaît. Les Etats Généraux, réunis début mai, se proclament Assemblée Nationale le 17 juin. « Ce décret était la Révolution elle-même » écrit Mme de Staël quelques années plus tard. Effectivement, il est une négation de la société ordonnée d'Ancien Régime. Et les événements des mois et années qui suivent achèvent de renverser l'ordre politique et social. La décennie 1789-1799 est complètement prise par la Révolution. Plusieurs régimes, plusieurs constitutions se succèdent rapidement, les chefs politiques avec. Ce n'est qu'avec le coup d'Etat du 18 brumaire et l'avènement de Bonaparte que la situation se stabilise.
C'est une époque d'ébullition pour les idées politiques. Les idées qui sont nées pendant ce « siècle des Lumières » se trouvent confrontées à la réalité. Elles sont amendées, interprétées, contredites en regard des événements. D'autres idées sont nouvelles ou leurs auteurs, obscurs autrefois, sont mis en avant par la Révolution. Cet ensemble confus donne naissance à peu d'ouvrages de doctrines, mais on y voit apparaître la plupart des thèmes dont débattent les idéologies du XIXe siècle.
Ce sont ces idées que nous étudierons, en nous interrogeant sur les ruptures et continuités qu'elles présentent. Ruptures et continuités par rapport au siècle précédent, ruptures et continuités au sein de la Révolution elle-même.
Au sein de la Révolution elle-même, on distingue généralement trois phases. Une première phase libérale s'étendant de 1789 à 1792, suivie d'une période jacobine en 1793-94. La dernière phase est celle qui suit la chute de Robespierre et semble revenir aux idées libérales. Nous verrons comment les débats et les idées évoluent au gré de ces événements.
23:21 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : politique, révolution, française, 1789, robespierre, histoire

