03.06.2008

Léninisme (1/8)

image005.jpgJe vous refait le coup de vous mettre un exposé. Deux nouveautés cette fois. D'abord c'est un commentaire de texte, mais comme c'est un texte qui permet de faire le tour des idées de Lénine à la veille de son arrivée au pouvoir, j'ai pensé que ça pourrait en intéresser certains. Ensuite, c'est un travail que je n'ai pas fait seul, mais que j'ai préparé et présenté avec Christophe, pote de cours. Pour changer, j'écrit sur une référence de gauche. Promis, un jour je traverserai l'échiquier politique.

 Je commence par l'introduction, forcément. Je scannerais le texte plus tard, pour l'instant, je vais manger et je fuis en partiel. Bonne lecture !

 

 

Introduction

Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, est un penseur politique russe, révolutionnaire et homme d’Etat. Il est né à Simbirsk en 1870 et mort à Gorki en 1924. La mort de son frère, pendu pour sa participation à une tentative d’assassinat contre le tsar Alexandre III en 1886 le marque beaucoup. Elle lui apprend qu’au terrorisme des nihilistes, il faut préférer une action politique minutieusement organisée. Dès 1887 il est repéré pour ses idées politiques puisqu’après quelques mois seulement de droit à l’université de Kazan, il en est exclu pour avoir pris part à une manifestation. En 1893, il s’installe, jeune avocat, à Saint Petersbourg où il se retrouve en contact avec des cercles d’intellectuels marxistes, et se fait déjà polémiste contre les chefs populistes. Arrêté avec toute l’équipe d’un journal qu’il venait de fonder, il est exilé en Sibérie entre 1897 et 1900. Six mois après en être revenu, il fuit la Russie et s’installe à Genève où il fréquente de nombreux socialistes russes et étrangers. Il y créé avec Plekhanov le premier journal marxiste russe, Iskra. Il y lutte contre les populistes et les « marxistes légaux » qui limitent l’action de la classe ouvrière à des revendications économiques ; il leur oppose un marxisme violent, qu’il baptise « marxisme révolutionnaire ». Il formule petit à petit une théorie originale du Parti et de son rôle d’organisation dans le combat révolutionnaire du prolétariat. Théorie qui se trouve au centre de Que faire ? qu’il écrit en 1902. La question du parti est au centre de la division à partir de 1903, du Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie entre des bolcheviks qui le suivent et les mencheviks qui se rassemblent derrière Martov. Il rentre en Russie à l’occasion de la révolution de 1905, et cet épisode est l’occasion pour lui de s’opposer une nouvelle fois aux mencheviks en affirmant que le prolétariat devrait garder le contrôle de la révolution démocratique bourgeoise en combattant pour la réalisation de la démocratie prolétarienne. Il s’exile à nouveau quand à la réaction l’emporte en Russie. Sa lutte contre les mencheviks se poursuit et amène à la véritable scission puis la fondation du journal du parti bolchevik, la Pravda. Quand arrive la première guerre mondiale, il s’attaque aux socialistes qui se rallient aux gouvernements d’union nationale et prône la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile. En février 1917 éclate une nouvelle révolution en Russie. Lénine est de retour en avril pour s’exiler à nouveau face à la chasse aux bolcheviks déclenchée par Kerenski au lendemain des journées insurrectionnelles de juillet 1917. Réfugié en Finlande, c’est à ce moment que Lénine écrit l’Etat et la Révolution, dont le texte que nous allons commenter est extrait.

Dans ce livre, Lénine entend examiner, comme il le dit lui-même dans la préface, « la doctrine de Marx et d’Engels sur l’Etat ». Cette affirmation d’orthodoxie est à comprendre dans le sens polémique de l’ouvrage. Car ce texte est aussi écrit pour contrecarrer l’argumentation des mencheviks, des socialistes révolutionnaires, des opportunistes. La première cible en étant l’allemand Karl Kautsky. Pour cela, le livre est ponctué de nombreuses et longues citations de Marx et d’Engels censées démontrer que le vrai marxiste est bien Lénine. C’est un argumentaire pédagogique, souvent répétitif qui prône la violence révolutionnaire pour briser l’Etat bourgeois et instaurer la dictature du prolétariat. Cette œuvre fondamentale est donc un texte de circonstance en même temps qu’une théorie générale de l’Etat et de la révolution. Quand survient la deuxième vague révolutionnaire en octobre 1917, l’ouvrage n’est pas terminée et ne le sera jamais. Dans la postface, il écrit qu’ « il est plus agréable et plus utile de faire l’expérience d’une révolution que d’écrire à son sujet ». Ce livre est l’un des plus lus de Lénine, avec Que faire ? et L’Impérialisme stade suprême du capitalisme.

Ce texte est extrait du chapitre cinq de l’Etat et la révolution, chapitre intitulé « Les bases économiques de l’extinction de l’Etat », dans un paragraphe traitant de « la transition du capitalisme au communisme ». Ce texte peut être divisé en quatre parties. D’abord, Lénine explique que la transition ne peut être que la dictature du prolétariat (l. 1-8), qu’il définit ensuite (l. 9-20). Puis, il décrit la société communiste comme une société de liberté et de démocratie parfaite (l.21-28), avant de s’attarder sur la question du dépérissement de l’Etat (l. 29-44).

Dans ce passage de l’Etat et la Révolution, c’est tout le processus historique que l’on observe, ce qui nous interroge sur la manière dont Lénine appréhende la société capitaliste, la société communiste, et la nécessaire transition entre la réalité présente et le futur espéré. Nous verrons donc successivement ces trois éléments, la société capitaliste, la dictature du prolétariat et la société communiste.

 

 

31.05.2008

Une histoire des idées socialistes

9782707127372R1.gifPas le temps de faire des longs billets constructifs. Y aurait pourtant quelques sujets à aborder : la remise en cause des 35 heures, le lancement d'une contribution par Hamon et Emmanuelli, le pavé de Delanoë, j'aimerais aussi dire quelques mots sur les formes d'actions, alors que les mobilisations se multiplient... Mais pour l'instant, je vais me contenter de parler d'un bouquin qui me semble intéressant pour ceux qui envisagent de réfléchir avant le Congrès. Et pour ceux qui hurlent au social-traître à la moinder évocation du mot socialiste.

Il s'agit d'une Histoire des idées socialistes, par Noëlline CASTAGNEZ-RUGGIU publiée aux éditions La Découverte en 1997. C'est pas très long (un peu plus de 120 pages) et ça synthétise de manière assez claire deux siècles de réflexion. Pour les plus fainéants, j'ai étudié le bouquin et j'en ai fait une fiche de lecture. C'est assez long (une vingtaine de pages) donc je ne le mettrais pas intégralement comme j'ai pu le faire pour d'autres travaux. J'en placerai peut-être juste deux trois bouts de temps en temps. Je la met toutefois en téléchargement libre et vous balance l'introduction de mon document.

 

 

Noëlline Castagnez-Ruggiu est née en 1986. Elle est agrégée d’histoire et maître de conférences à l’université d’Orléans. Elle étudie le mouvement ouvrier français et notamment la SFIO. Elle signe avec cette Histoire des idées socialistes son premier ouvrage.

 

L’historiographie des idées socialistes françaises est à la fois dense et éparse. Elle est dense car nombreux sont les auteurs qui ont écrit sur le socialisme, éparse car aucun livre avant celui-ci ne tente de synthétiser l’histoire de idées socialistes en France. On peut relever plusieurs types d’ouvrages participant à cette historiographie. Il y a d’abord les ouvrages d’histoire des idées politiques. Ils contiennent des chapitres qui se veulent brefs et concis sur les principaux courants socialistes, les utopiques, Proudhon, Marx, les réformistes. On pense ici aux publications de Jean Touchard (Histoire des idées politiques) ou de Pascal Ory (Nouvelle histoire des idées politiques). Il y a ensuite des livres sur l’histoire de la gauche dans son ensemble. Intéressants en ce qu’ils font le lien entre le courant socialiste et les autres tendances de la gauche. Mais là encore, la question précise des idées socialistes est abordée de manière synthétique, parmi d’autres. Dans cette catégorie, on trouvera le « Que sais-je » de Jean Defrasne, un autre livre de Jean Touchard (Gauche en France depuis 1900). D’autres ouvrages se veulent des histoires du courant socialiste. Pour eux aussi, les idées ne sont qu’un sujet d’études parmi d’autres (organisations, hommes, résultats, élections…). Dans le genre, on doit citer l’œuvre monumentale de Jacques Droz, Histoire générale du socialisme. En quatre volumes, il retrace l’histoire des socialistes de toute l’Europe et la taille de son livre lui permet de consacrer de nombreuses pages aux idées elle-même. Sur le socialisme français, citons aussi l’Histoire du socialisme en France de Daniel Ligou. Enfin, il existe bien des publications sur les idées socialistes, mais il s’agit d’études précises, se concentrant sur un auteur ou sur un moment précis (les socialistes utopiques ou les marxistes par exemple). Ils sont trop nombreux pour être tous cités, on trouvera toutefois une riche bibliographie thématique à la fin du livre de Noëlline Castagnez-Ruggiu. Il ne faut pas oublier que l’historiographie du socialisme, ce sont aussi des articles, notamment ceux de Michel Winock dans L’Histoire.

 

Ainsi, cette Histoire des idées socialistes arrive à point pour combler un manque : une synthèse de deux siècles de réflexions socialistes en France. Elle retrace le cheminement idéologique des socialistes français. Des idées socialistes composées de différents apports : indignation face à la misère, critique économique des lois « naturelles » libérales, revendication politique pour abolir la domination des riches sur les pauvres. Et au-delà de la critique, elles sont la recherche d’un monde meilleur. Et l’auteure de s’interroger : n’est ce pas cette imagination qui fait défaut à la gauche depuis 1981 ?

 En une centaine de pages, elle s’interroge sur les contenus d’un socialisme français qu’elle définit comme pluriel et sur la manière donc ces contenus s’articulent entre eux et avec les socialismes étrangers. Une étude qui s’étend de l’apparition du mot « socialisme » chez Robert Owen jusqu’en 1983, « moment charnière qui marqua l’échec de l’idéologie face aux ‘’contraintes’’ ».

 

21.05.2008

Les idées politiques sous la Révolution française (7/8)

babeuf.jpgIII - 1795, retour aux idées libérales ? 

b) Le babouvisme

Gracchus Babeuf occupe un rôle secondaire dans les événements de la Révolution. Il dirige une conspiration contre le Directoire, rapidement percée à jour et réprimée. Il meurt sous la guillotine en mai 1797. Mais il occupe une place plus importante dans l'histoire des idées, Marx et Engels y voyant le premier communiste.

En effet, Babeuf et ses proches, Maréchal et Buonarroti (dont il est difficile de juger leur influence sur le babouvisme), portent une critique radicale de la propriété et imaginent un ordre politique nouveau. Ils voient dans la Révolution de 1789 « la guerre déclarée entre les patriciens et les plébéiens, entre les riches et les pauvres » et cette révolution politique devra être suivie d'une révolution sociale.

Celle-ci doit s'articuler sur une valeur centrale, l'égalité. Sans se contenter d'une égalité civile et politique, purement formelle, il faut aller plus loin pour instaurer l'égalité matérielle. « Nous voulons l'égalité réelle ou la mort » affirment-ils. Pour atteindre cette égalité réelle, il faut supprimer la propriété. Non la partager au moyen d'une loi agraire, mais créer une « communauté des biens ». On peut donc effectivement parler de communisme. Il s'appuie sur l'exploitation de ces terres communes dont les fruits doivent ensuite être répartis : « Plus de propriété individuelle des terres, la terre n'est à personne. Nous réclamons, nous voulons la jouissance communale des fruits de la terre : les fruits sont à tous le monde ». C'est un communisme ascétique qui bannit le luxe. Son égalité doit donner à chacun selon sa suffisance mais pas plus.

L'égalité de Babeuf est autoritaire et centralisatrice. Quand la conspiration aura aboutit il faudra s'appuyer sur une longue dictature d'un gouvernement fort, un « comité insurrecteur ». Babeuf ne condamne pas la Terreur, il fait même régulièrement appel à Robespierre, oubliant qu'il l'a toujours critiqué quand il était au pouvoir

Ce communisme est déjà présent dans certaines utopies littéraires du XVIIIe siècle, il découle  directement des idées des « enragés » mais le babouvisme se distingue en ce qu'il est réellement un programme révolutionnaire, reposant sur une organisation politique.

 

/HS : pour les incultes allez faire un tour chez Balmeyer. Comme il s'est décidé à venir faire sa crise chez moi, j'ai cédé (rubrique Lectures).../ 

16.05.2008

Les idées politiques sous la Révolution française (5/8)

295629914.jpgII - 1793, la phase jacobine 

 

b) Une phase de l'égalité ? 

L'égalité semble un principe fondamental de la période. Contrairement à celle de 1789, la Déclaration de 1793 en fait un droit naturel. Elle en fait même le premier. L'égalité civile et politique est approfondie : « tous les citoyens sont également admissibles aux emplois publics ». La souveraineté exprimée par cette Déclaration annonce aussi une plus grande égalité. Elle est toujours nationale mais réside dans le peuple. Le suffrage est donc universel. L'égalité politique est presque complète, même si le fait que ce suffrage est indirect apporte une nuance. Ne reste que l'inégalité entre représentant et représentés. Inspirés par Rousseau, les constituants montagnards ont cherché à avancer dans le sens de la démocratie directe. C'est notamment l'instauration du référendum. Mais là encore, ce principe est suspendu face aux dangers.

L'égalité de 1793 tend aussi à se rapprocher d'une égalité matérielle. La Déclaration insiste sur les droits sociaux des individus.« La société doit la subsistance aux citoyens malheureux ». Alors même que l'égalité politique est mise en sommeil avec la Constitution, l'égalité matérielle progresse. La Convention décrète l'égalité successorale, le partage des biens communaux, prévoit un système d'assistance. Si la propriété dans son principe n'est pas directement menacée, sa définition évolue : pour Robespierre, elle est la manifestation du droit d'exister et « tout ce qui est indispensable pour conserver la vie est une propriété commune à la société entière ». Il estime que la contrainte est nécessaire pour arriver à cet objectif, il faut forcer le riche « à être honnête » afin qu'il soulage et « honore » le pauvre. C'est même une contrainte permanente qui est nécessaire, pour lutter contre la pente naturellement antisociale du riche.  C'est une vision de l'égalité nouvelle par rapport à 1789. Elle ne sanctionne plus le mérite, elle devient une vertu à inculquer et travailler. La prééminence de l'égalité dans la phase jacobine est à nuancer. Affirmée en politique, elle est suspendue de fait. Et l'enthousiasme des jacobins pour l'égalité matérielle ne les empêche pas de réprimer l'agitation populaire des « enragés » qui réclament des mesures immédiates dans ce domaine.

La situation économique tendue entraîne une hausse des prix, ce qui suscite de violents mouvements de protestations populaires. Ils font d'importantes réclamations sur le terrain social. Une formule de Jacques Roux résume ainsi les idées de ces « enragés ». « La liberté n'est qu'un vain fantôme quand une classe d'hommes peut affamer l'autre impunément. L'égalité n'est qu'un vain fantôme quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort sur son semblable ». Ils mettent en avant la nécessité d'une égalité matérielle. C'est elle qui conditionne la liberté. On n'est pas libre s'ils ont dépend d'un autre pour subvenir à ses besoins. Cette idée est parfois mise en pratique de manière radicale au gré de l'agitation. Des épiceries sont pillées au nom d'une restitution au peuple, on s'acharne contre les marques de distinction sociale. Pour certains, l'égalité devient identité : tout doit être pareil pour tous. Cependant, les « enragés » sont dans l'agitation, ils ne théorisent pas et n'ont pas de revendication concrète en termes d'organisation politique. De plus, leurs principales figures se querellent. Ils sont importants en ce qu'ils préfigurent un peu les idées de Babeuf et surtout parce qu'ils maintiennent une pression constante sur le gouvernement révolutionnaire qui parfois réprime, parfois fait un geste dans leur direction.

02.05.2008

Les idées politiques sous la Révolution française (3/8)

Mirabeau-DreuxBreze.JPGI - 1789, la phase libérale

 

b) Nation et souverainété

Dès la première heure la Révolution française s'inscrit dans le cadre de la nation.  Le premier acte révolutionnaire est la transformation des Etats Généraux en Assemblée Nationale. L'auteur de la proposition est Sieyès et c'est sa vision de la nation qui prévaut en 1789. C'est un thème qu'il avait mis en avant en janvier 1789 dans son texte « Qu'est ce que le Tiers Etat ? ». Il définit la nation comme « un corps d'associés vivant sous une loi commune et représentés par la même législature ». Ce n'est plus la nation des parlementaires de l'Ancien Régime qui voyaient dans leur consentement à la loi le consentement de la nation ; ce n'est pas non plus la nation ordonnée des Etats Généraux.  Et on est encore plus loin de Louis XIV qui affirmait que « la nation réside toute entière dans la personne du roi ». Pour Sieyès, la nation c'est le Tiers-Etats. Il a pour lui le nombre. Sont ainsi exclus les privilégiés, encombrés d'un héritage historique de titres. Mais avec l'abolition des privilèges, cette distinction même s'efface : la nation est le corps des citoyens égaux devant la loi. C'est la nation de Rousseau, celle qu'il met en avant dans son « Projet de constitution pour la Corse » où il fait appel à un serment civique qui doit faire du citoyen un élément de la nation.

A cette Nation, la Révolution offre la souveraineté dont est privé le monarque de droit divin. C'est l'article 3 de la Déclaration,« le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation ». En la dotant d'une volonté, les Constituants ont fait appel à la volonté générale de Rousseau, mais en la transformant considérablement. Avec la Constitution de 1792, cette volonté est exprimée par des représentants élus par au suffrage censitaire. Pour Sieyès, qui s'éloigne de certains points de « Qu'est ce que le Tiers-Etat », la volonté nationale ne peut s'exprimer que dans la discussion entre les députés de la nation. Elle n'est pas une volonté préexistante qui remontrait depuis l'ensemble des citoyens jusqu'aux représentants. L'argument exclut d'un même coup l'idée d'un mandat impératif. La volonté nationale est donc alors celle de l'Assemblée et il ne peut y avoir de veto suspensif pour le roi. Pourtant, le veto suspensif accordé au roi peut être regardé comme une tentative de concilier représentation et une souveraineté nationale inaliénable. C'est l'avis de Mirabeau : en suspendant le texte voté par les représentants, le roi reporte la question devant la nation qui se prononcera à nouveau lors de la prochaine élection.

 

 

18.04.2008

Les idées politiques sous la Révolution Française (1/8)

0384.jpgJe pars en vacances une semaine. Pour vous faire patienter et saliver, voici l'introduction d'un exposé sur les idées politiques sous la Révolution. Avec un peu de chance, le reste suivra !
Bonne lecture...


 

Introduction

 

La Révolution française est un moment fondamental dans l'histoire du pays. Qu'on traite d'histoire sociale, d'histoire économique, d'histoire culturelle, d'histoire politique... elle est toujours incontournable.

En 1789, l'Ancien Régime disparaît. Les Etats Généraux, réunis début mai, se proclament Assemblée Nationale le 17 juin. « Ce décret était la Révolution elle-même » écrit Mme de Staël quelques années plus tard. Effectivement, il est une négation de la société ordonnée d'Ancien Régime. Et les événements des mois et années qui suivent achèvent de renverser l'ordre politique et social. La décennie 1789-1799 est complètement prise par la Révolution. Plusieurs régimes, plusieurs constitutions se succèdent rapidement, les chefs politiques avec. Ce n'est qu'avec le coup d'Etat du 18 brumaire et l'avènement de Bonaparte que la situation se stabilise.

C'est une époque d'ébullition pour les idées politiques. Les idées qui sont nées pendant ce « siècle des Lumières » se trouvent confrontées à la réalité. Elles sont amendées, interprétées, contredites en regard des événements. D'autres idées sont nouvelles ou leurs auteurs, obscurs autrefois, sont mis en avant par la Révolution. Cet ensemble confus donne naissance à peu d'ouvrages de doctrines, mais on y voit apparaître la plupart des thèmes dont débattent les idéologies du XIXe siècle.

Ce sont ces idées que nous étudierons, en nous interrogeant sur les ruptures et continuités qu'elles présentent. Ruptures et continuités par rapport au siècle précédent, ruptures et continuités au sein de la Révolution elle-même.
Au sein de la Révolution elle-même, on distingue généralement trois phases. Une première phase libérale s'étendant de 1789 à 1792, suivie d'une période jacobine en 1793-94. La dernière phase est celle qui suit la chute de Robespierre et semble revenir aux idées libérales. Nous verrons comment les débats et les idées évoluent au gré de ces événements.

14.04.2008

A la recherche du PCF

Affiche_PCF.jpgJe suis aujourd'hui en dernière année de licence. Ce qui signifie que l'an prochain c'est le master. Pour ma part ce sera un master recherche en histoire politique. Première réelle approche de la recherche qui entraîne dès maintenant une réflexion sur le sujet que je vais étudier. Voilà qui est exaltant : c'est à moi qu'il revient de définir quel sera l'objet d'une année entière de travail !

 

Alors je m'y suis collé. D'abord trouver un objet d'étude. Ca ne vous étonnera pas : j'ai choisi de travailler sur les idées politiques. Ou plutôt sur le rôle de l'idée en politique. Comme pour répondre à une problématique que je soulevais il y a quelques semaines pour l'ouverture du Blog du Congrès socialiste par les militants, je m'intéresse à la manière dont les idées politiques pénètrent au sein du corps civique. J'y vois deux choses. D'abord les médias traditionnels (TV, radio, presse écrite) ; je ne m'y attarderai pas. Ensuite, plus complexes, ce que j'appelerai les formes militantes de la propagande. Articulées autour des hommes et des structures politiques : réunions publiques, formations au sein des partis, campagnes électorales... C'est, vous l'aurez deviné, sur ces formes militantes de la diffusion des idées politiques que j'ai choisi de travailler.

 

Reste à traduire ce questionnement encore relativement vague en un sujet précis de Master 1. Après un rapide rendez-vous avec mon futur maître de recherches, je m'oriente vers une étude des structures du PCF en partant de cette interrogation sur la manière dont se transmettent les idées politiques. A priori je me limiterai géographiquement (sûrement la seule Basse-Normandie) et chronologiquement (depuis la Libération, sur la Ve ? je me tâte, et ça dépendra essentiellement des sources disponibles).

 

Ce sera donc un travail à la croisée de l'histoire politique (recherches sur les idées et les structures politiques) et de l'histoire culturelle (diffusion).

 

 

Si vous avez des suggestions, des idées, des commentaires quant à ce sujet de recherche, n'hésitez surtout pas. Car la gestation est toujours en cours et ne demande qu'à être meilleure ! 

 

(J'avoue le titre est racoleur par rapport au contenu du billet. Vous plaigniez pas, vous avez failli avoir droit à "A la recherche du PCF nu" !) 

25.11.2007

La gauche depuis 1945 (8/8)

Conclusion 

Depuis la Libération, la gauche française a connu une histoire mouvementée. Des partis sont nés, d'autres sont morts. Les rapports de force se sont inversés entre communistes et socialistes tandis que leurs partis évoluaient considérablement. Le PCF décline de plus en plus, alors que la SFIO puis le PS ont perdu la plus grande part de leur identité contestataire pour devenir un véritable parti de gouvernement. Et cette évolution continue encore aujourd'hui.

La candidature de Ségolène Royal n'a pas réuni le PS qui semble aujourd'hui bien divisé. Tous semblent d'accord pour dire la rénovation nécessaire au PS, sans pour autant se mettre d'accord sur le sens qu'elle doit prendre. Un rapprochement avec le nouveau parti centriste de François Bayrou ? Un ancrage plus à gauche ? Et avec quelle gauche quand les communistes n'atteignent même plus 2% des suffrages ?

Dans le même temps, l'extrême gauche est toujours aussi divisée. La volonté existe chez certains (Clémentine Autain, Jean-Luc Mélenchon) de prendre l'exemple du nouveau parti allemand Die Linke qui regroupe anciens communistes et dissidents du SPD autour de son ancien président, Oskar Lafontaine. Mais tout regroupement semble difficile face à la volonté des appareils de chaque parti de survivre.

 

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Bibliographie

OUVRAGE GENERAUX

BECKER Jean-Jacques, Histoire politique de la France depuis 1945, Armand Colin, Cursus, Paris, 2003

DUHAMEL Eric et FORCADE Olivier, Histoire et vie politique en France depuis 1945, Armand Colin, Paris, 2005

 

OUVRAGES SPECIALISES

BECKER Jean-Jacques (dir.), Histoire des gauches en France, vol. 2 XXe siècle : à l’épreuve de l’histoire, La Découverte, Paris, 2004

TOUCHARD Jean, La gauche en France depuis 1900, Seuil, Point histoire, Paris, 1971

WINOCK Michel, La gauche en France, Perrin, Tempus, Paris, 2006

 

L'exposé complet en pdf : La gauche depuis 1945.pdf 

23.11.2007

La gauche depuis 1945 (7/8)

III - La gauche après la victoire

b) Des années 80 à ns jours : une recomposition de la gauche 

 

La première victime électorale du succès de la gauche semble être le PCF. Alors qu'il culminait à 25% des suffrages pendant toute la IVe République, alors qu'il amassait encore une voix sur cinq jusqu'à la fin des années 70 et qu'il restait le premier parti de la gauche, il est doublé par le PS. A l'élection présidentielle de 1981, Mitterrand a plus de deux millions de suffrages d'avance sur le candidat communiste Georges Marchais, qui descend à 15%. Ce n'est que le début d'une longue chute. À l’élection présidentielle de 2002, le communiste Robert Hue reçoit moins de 4% des suffrages, et il est devancé par deux candidats d'extrême gauche, Arlette Laguiller et Olivier Besancennot, ainsi que par le candidat des Verts, Noël Mamère. En 2007, Marie Georges Buffet, n'atteint même pas les 2%. Alors qu'il a été pendant près de quarante le premier parti de la gauche française la question de l'existence même du PCF est posée.

Plusieurs raisons semblent expliquer cette chute brutale. Les victoires socialistes donnent du crédit au PS alors que la chute de l'URSS en 1991 décrédibilisait le PCF. Alors qu'on avait pu voir dans les économies administrées l'avenir de l'humanité, cette organisation est remise profondément en question avec cet événement majeur. De plus le PCF s'est vu concurrencé par d'autres petites formations.

Pendant que le PCF est en crise, la contestation et l'envie d'une meilleure société se sont dirigées vers d'autres partis. L'écologie politique qui a commencé à prendre forme dans les années 1970-1980 s'est matérialisée dans plusieurs projets. A la question « l'écologie est-elle de gauche, de droite ou ni l'un ni l'autre », la réponse apportée par la plupart des écologistes penche vers la gauche. Ce qui s'exprime à travers un nouveau parti, les Verts. Dominique Voynet puis Yves Cochet participent au gouvernement de Lionel Jospin. Avec le renfort de Daniel Cohn Bendit, ils obtiennent près de 10% aux élections européennes tandis que Noël Mamère faisait un score honorable à 5,25% à la présidentielle de 2002. Les années 1990 voient aussi la croissance de deux mouvements « trotskystes ». Lutte Ouvrière et sa candidate et porte-parole Arlette Laguiller, présente à chaque élection présidentielle depuis 1974 et la Ligue Communiste Révolutionnaire d'Alain Krivine qui s'est refait une jeunesse grâce notamment à l'image de son nouveau candidat et porte-parole, Olivier Besancennot. Alors qu'elle tournait depuis 20 ans autour de 2%, la candidate LO perce à plus de 5% en 1995, score qu'elle confirme en 2002. Pour sa première candidature en 2002, Olivier Besancennot atteint quant à lui plus de 4% des suffrages. A l'élection de 2002, les deux candidats « trotskystes » obtiennent à eux deux plus de 10% des suffrages.

Depuis l'élection de Mitterrand, le PS est donc de loin le premier parti de la gauche française, mais il ne parvient pas à être hégémonique. En 1995, près de 17% des voix reviennent à la gauche non socialiste. A la présidentielle de 2002, c'est encore plus fort, les gauches non socialistes regroupent plus de 26% des suffrages quand Lionel Jospin se voit doublé par un Jean-Marie Le Pen à 16,95%.

La suite des élections de 2002 a été bien compliquée pour le PS. Eliminé au premier tour, son candidat annonce le 21 avril 2002 qu'il se « retire définitivement de la vie politique ». Le PS affiche une unité, et l'impopularité du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin lui permet d'enregistrer d'excellents résultats en 2004. Sur 22 régions françaises, une seule reste à la droite ! Mais la division du parti reprend le dessus lors de la campagne pour le référendum sur le Traité instituant une Constitution pour l'Europe. Le vote des militants n'est déjà pas très franc : ils ne sont que 55% à soutenir le texte. Mais surtout, les opposants socialistes refusent de rentrer dans le rang. Henri Emmanuelli, Laurent Fabius, Jean-Luc Mélenchon et Arnaud Montebourg font campagne aux côtés de l'extrême gauche. Après le rejet du traité par les français 29 mai 2005, le PS se réunit en congrès au Mans au mois de novembre. Le but pour le premier secrétaire, François Hollande est de faire l'unité autour d'une motion consensuelle. Là encore, il rencontre de l'opposition : quatre motions sont opposées à la sienne et la ligne officielle du parti ne s'impose qu'à 55%. L'élection présidentielle de 2007 a du mal à ressouder les rangs du parti. Trois candidats s'affrontent, Ségolène Royal, qui se place un peu en dehors du parti, Dominique Strauss-Kahn qui représente plutôt l'aile droite du parti, et Laurent Fabius qui a rejoint en 2005 l'aile gauche. Royal s'impose dès le premier tour lors de la primaire socialiste, mais pourtant elle a du mal à fédérer autour d'elle les cadres du PS. Elle est finalement vaincue par le candidat de la droite, Nicolas Sarkozy avec un score de 47%.

La victoire de la campagne contre le traité européen en 2005 avait donné des ailes aux mouvements d'extrême gauche. Des négociations ont été entamées afin des présenter une candidature « unitaire antilibérale » pour la présidentielle. Mais cette tentative échoue. Laguiller s'était située dès le départ en dehors du processus, et les divergences entre le PCF et la LCR ont amené leurs leaders respectifs, Marie-Georges Buffet et Olivier Besancennot, à se présenter. Début 2007, la candidature du militant altermondialiste José Bové venait ajouter à la division. Cette division, ajoutée au « vote utile » afin de ne pas revivre une élection comme celle de 2002 ont causé une grosse défaite à l'extrême gauche. Hormis Besancennot, aucun ne dépasse les 2%. Seul le candidat LCR n'est pas complètement vaincu : avec 4% des voix et une plus forte participation, il a même gagné près de 300 000 voix par rapport à 2002.

19.11.2007

La gauche depuis 1945 (6/8)

III – La gauche après la victoire


a) Virement idéologique au Parti Socialiste : du volontarisme politique au réalisme économique


Mitterrand élu, c'est la liesse populaire place de la Bastille. Aussitôt élu, il dissout l'Assemblée Nationale et pour la première fois, les socialistes ont une majorité absolue. Fort de sa majorité sans faille et de l'état de grâce dont il dispose dans l'opinion, Mitterrand semble avoir en main des atouts déterminant pour appliquer son programme et « changer la vie ».
Dès les premiers mois, les importantes réformes annoncées sont mises en routes par le gouvernement de Pierre Mauroy. De nombreuses nationalisations, la décentralisation, les 39 heures, la cinquième semaine de congés payés, la retraite à 60 ans, l'abolition de la peine de mort, le relèvement du SMIC, ainsi que des mesures visant à améliorer la liberté de la presse.
Mais les socialistes doivent déchanter assez rapidement. La conjoncture internationale est mauvaise, la baisse de la demande mondiale et la poussée du dollar entraîne une hausse de l'inflation et un déficit de la balance commerciale. De plus, la hausse des charges entraîne une baisse des investissements. Le déficit extérieur atteint 44 milliards de francs et la dette augmente de 57% entre 1981 et 1982.
En réaction, le gouvernement Mauroy adopte une politique financière de rigueur. Une première dévaluation est décidée en octobre 1981, une autre en juin 1982. C'est insuffisant et une autre dévaluation doit avoir lieu en mars 1983. Ainsi, le pouvoir socialiste choisit un virage économique plutôt que le protectionnisme et la sortie du SME. L'économie de marché s'est imposée devant la volonté politique. Finalement, l'inflation chute, mais le chômage continue sa courbe ascendante, passant de 1,8 million en 1981 à 2,5 millions en 1985. La recherche des équilibres financiers est passée avant la politique de l'emploi.
L'opposition au projet de réforme de l'Education Nationale d'Alain Savary entraîne la chute du gouvernement Mauroy le 17 juillet 1984. Laurent Fabius devient Premier Ministre d'un gouvernement sans communiste.

L'élection des socialistes n'entraîne aucune avancée vers une société socialiste. Au contraire, ce sont les socialistes qui s'adaptent au système capitaliste et réhabilitent l'entreprise et le marché. Les gouvernements du second mandat de Mitterrand, que ce soit celui de Pierre Bérégovoy, celui d'Edith Cresson ou celui de Michel Rocard, iront dans le même sens. En  1997, la gauche emporte les élections législatives et Lionel Jospin est le Premier ministre d'un gouvernement de gauche plurielle. S'il prend des mesures sociales (35 heures notamment), son gouvernement est aussi responsable de plusieurs privatisations.