31 mai 2008

Une histoire des idées socialistes

9782707127372R1.gifPas le temps de faire des longs billets constructifs. Y aurait pourtant quelques sujets à aborder : la remise en cause des 35 heures, le lancement d'une contribution par Hamon et Emmanuelli, le pavé de Delanoë, j'aimerais aussi dire quelques mots sur les formes d'actions, alors que les mobilisations se multiplient... Mais pour l'instant, je vais me contenter de parler d'un bouquin qui me semble intéressant pour ceux qui envisagent de réfléchir avant le Congrès. Et pour ceux qui hurlent au social-traître à la moinder évocation du mot socialiste.

Il s'agit d'une Histoire des idées socialistes, par Noëlline CASTAGNEZ-RUGGIU publiée aux éditions La Découverte en 1997. C'est pas très long (un peu plus de 120 pages) et ça synthétise de manière assez claire deux siècles de réflexion. Pour les plus fainéants, j'ai étudié le bouquin et j'en ai fait une fiche de lecture. C'est assez long (une vingtaine de pages) donc je ne le mettrais pas intégralement comme j'ai pu le faire pour d'autres travaux. J'en placerai peut-être juste deux trois bouts de temps en temps. Je la met toutefois en téléchargement libre et vous balance l'introduction de mon document.

 

 

Noëlline Castagnez-Ruggiu est née en 1986. Elle est agrégée d’histoire et maître de conférences à l’université d’Orléans. Elle étudie le mouvement ouvrier français et notamment la SFIO. Elle signe avec cette Histoire des idées socialistes son premier ouvrage.

 

L’historiographie des idées socialistes françaises est à la fois dense et éparse. Elle est dense car nombreux sont les auteurs qui ont écrit sur le socialisme, éparse car aucun livre avant celui-ci ne tente de synthétiser l’histoire de idées socialistes en France. On peut relever plusieurs types d’ouvrages participant à cette historiographie. Il y a d’abord les ouvrages d’histoire des idées politiques. Ils contiennent des chapitres qui se veulent brefs et concis sur les principaux courants socialistes, les utopiques, Proudhon, Marx, les réformistes. On pense ici aux publications de Jean Touchard (Histoire des idées politiques) ou de Pascal Ory (Nouvelle histoire des idées politiques). Il y a ensuite des livres sur l’histoire de la gauche dans son ensemble. Intéressants en ce qu’ils font le lien entre le courant socialiste et les autres tendances de la gauche. Mais là encore, la question précise des idées socialistes est abordée de manière synthétique, parmi d’autres. Dans cette catégorie, on trouvera le « Que sais-je » de Jean Defrasne, un autre livre de Jean Touchard (Gauche en France depuis 1900). D’autres ouvrages se veulent des histoires du courant socialiste. Pour eux aussi, les idées ne sont qu’un sujet d’études parmi d’autres (organisations, hommes, résultats, élections…). Dans le genre, on doit citer l’œuvre monumentale de Jacques Droz, Histoire générale du socialisme. En quatre volumes, il retrace l’histoire des socialistes de toute l’Europe et la taille de son livre lui permet de consacrer de nombreuses pages aux idées elle-même. Sur le socialisme français, citons aussi l’Histoire du socialisme en France de Daniel Ligou. Enfin, il existe bien des publications sur les idées socialistes, mais il s’agit d’études précises, se concentrant sur un auteur ou sur un moment précis (les socialistes utopiques ou les marxistes par exemple). Ils sont trop nombreux pour être tous cités, on trouvera toutefois une riche bibliographie thématique à la fin du livre de Noëlline Castagnez-Ruggiu. Il ne faut pas oublier que l’historiographie du socialisme, ce sont aussi des articles, notamment ceux de Michel Winock dans L’Histoire.

 

Ainsi, cette Histoire des idées socialistes arrive à point pour combler un manque : une synthèse de deux siècles de réflexions socialistes en France. Elle retrace le cheminement idéologique des socialistes français. Des idées socialistes composées de différents apports : indignation face à la misère, critique économique des lois « naturelles » libérales, revendication politique pour abolir la domination des riches sur les pauvres. Et au-delà de la critique, elles sont la recherche d’un monde meilleur. Et l’auteure de s’interroger : n’est ce pas cette imagination qui fait défaut à la gauche depuis 1981 ?

 En une centaine de pages, elle s’interroge sur les contenus d’un socialisme français qu’elle définit comme pluriel et sur la manière donc ces contenus s’articulent entre eux et avec les socialismes étrangers. Une étude qui s’étend de l’apparition du mot « socialisme » chez Robert Owen jusqu’en 1983, « moment charnière qui marqua l’échec de l’idéologie face aux ‘’contraintes’’ ».

 

19 mai 2008

Les idées politiques sous la Révolution française (6/8)

bonaparte.jpgIII - 1795, retour aux idées libérales ?

 

a) Un retour à 1789 ?

Avec la chute de Robespierre le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), c'est la Terreur qui s'achève. Dans les années qui suivent cet événement est célébré comme la fête de la liberté. Liberté qui marque une rupture importante avec 1793 au profit de 1789. Elle est de nouveau définie comme la garantie d'une indépendance individuelle. Sieyès revient sur le devant de la scène pour théoriser cette liberté. Cette élaboration intellectuelle est faite de plusieurs ruptures. Pour ne pas revivre la Terreur, Sieyès critique la souveraineté illimitée du peuple en réclamant que la volonté générale soit interprétée par des représentants éclairés. Il repousse aussi l'idée de Rousseau d'un contrat dans lequel les individus auraient abandonné leurs droits à la communauté. La liberté est alors plus forte qu'en 1789. Toutefois, le principe connaît encore une entorse : le Directoire ne se résout pas à libérer complètement la presse, arguant que cela profiterait aux ennemis de la Révolution. Cela traduit un manque de confiance dans le libre jeu des intérêts individuels. Comme la Terreur a dégoûté de la violence, les hommes de 1795 comptent plus sur l'éducation pour créer une volonté vertueuse.

C'est pendant cette période que Mme de Staël explique la Terreur par une confusion entre liberté ancienne et moderne, distinction qui sera théorisée par Benjamin Constant après la Révolution. Pour eux (Benjamin Constant est déjà un de ses proches à l'époque), la Terreur a fait l'erreur de considérer la liberté comme on le faisait sous l'antiquité. Les hommes étaient alors regroupés en petits nombres, s'appuyaient sur un système esclavagiste qui leur laissait du loisir, ils pouvaient ainsi s'impliquer dans les décisions de la Cité. La liberté est alors une participation active à la formation de la volonté générale. Mais au moment de la Révolution, la France compte près de trente millions d'habitants et les structures socio-économiques ont profondément changé. La liberté est devenue indépendance individuelle. Cette idée n'est pas tout à fait nouvelle, mais elle est alors expliquée avec force et rigueur.

Dans cette période, l'égalité semble nettement moins importante que la liberté. L'égalité politique est limitée : si la Constitution fait plus de citoyens, elle fait aussi moins d'électeurs que celle de 1791. Quant à l'idée d'une égalité matérielle, elle est oubliée, la Déclaration des Droits de 1795 ne mentionne aucun bonheur commun. Elle préfère une égalité méritocratique mettant les propriétaires au premier plan. « Un pays gouverné par les propriétaires est dans l'ordre social ». C'est ce qui permettra à Marx d'y voir le règne cynique de la bourgeoisie.

Pour éviter une dérive autoritaire et arbitraire, les rédacteurs de la constitution du Directoire ont insisté sur la collégialité et la mise en place de pouvoirs clairement séparés. Ils vont même plus loin que ce que prônait Montesquieu dont ils se réclament. Ces dispositions évitent effectivement une dérive autoritaire des pouvoirs constitués, mais les blocages qu'elles provoquent entraînent plusieurs coups d'Etat, avant de disparaître dans celui du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) qui porte Bonaparte au pouvoir.

Thermidor marque ainsi un retour à la définition négative de la liberté, à une définition uniquement méritocratique de l'égalité et une consécration de la propriété. Elle prétend tirer les leçons de la dérive du libéralisme de 1789 vers l'autoritarisme jacobin en jouant sur les institutions, mais aboutit sur une nouvelle dérive qui mène à l'Empire.