25 mai 2008

La diplomatie, c'est parler avec ses ennemis

220px-Hubert_Vedrine_2006_01_06.jpgHubert Védrine "chattait" sur lemonde.fr sur le sujet du Hamas. Entendre un homme politique français qui dit pas des conneries sur le sujet des affaires étrangères, ça fait plaisir. Il ne dit rien d'essentiel, mais ça fait du bien de le rappeler des temps en temps.

 

Pour commencer, la "communauté internationale", comme disent nos journaleux, "ce sont en général les Occidentaux et les Israéliens". Et l'ancien ministre de Yoyo de rappeler "qu'il y a dans le monde environ cinq milliards de gens qui ne sont pas occidentaux et qui contestent de plus en plus, on le voit avec les pays émergents, le droit aux Occidentaux de parler au nom du monde entier". Mise au point malheureusement nécessaire.

 

Sur la Hamas, la classification "terroriste", imposée par les USA, tout comme les conditions préalables à toute négociation, elles "ont [...] été inventées pour qu'aucun dialogue ne puisse se nouer". Et malgré ses indéniables positions extrémistes, il a remporté les élections. Et, "c'est tout à fait incohérent de la part des Occidentaux d'exiger des Palestiniens des élections libres et incontestables, ce qu'ils ont fait, et de décréter ensuite un blocus, un peu comme au Moyen Age, sous prétexte que les Palestiniens n'ont pas voté comme il faut".

 

"Il faut rappeler que la diplomatie a été inventée à l'aube de l'histoire pour traiter les problèmes autrement que par la guerre. La diplomatie ne consiste pas à se réunir avec des amis dont on partage les valeurs et à se congratuler, la diplomatie peut consister à parler avec des dirigeants ou des régimes qu'on estime horribles et dont on rejette catégoriquement toutes les valeurs, et il en a toujours été ainsi." Et donc "il faut se libérer de cette vision régressive que nous a imposée l'administration Bush, selon laquelle on ne parle pas à ses ennemis." Cela vaut pour le Hezbollah, l'Iran... 

 

Rien de révolutionnaire, bien sûr. Mais à l'entendre, j'aimerais qu'il soit resté dans le siège qu'occupe désormais Nanard Kouchner ! 

01 avril 2008

Que veulent les musulmans ?

Billet intéressant sur le blog d'Alain Gresh, redac' chef adjoint au Diplo et spécialiste du Proche-Orient.

Il y reprend un certain nombre d'éléments mis en avant par l'étude de John L. Esposito et Dalia Mogahed, Who speaks for Islam ? What a billion muslims really think. "Cet ouvrage s’appuie sur une très large enquête d’opinion, à travers plus de 35 pays et représentant, selon les auteurs, plus de 90% des 1,3 milliard de musulmans. L’idée est de faire parler les musulmans eux-mêmes et pas les responsables ou les experts" explique Alain Gresh.

 

Alors que retenir de ce méga-sondage ?

"- Les musulmans n’ont pas une vision monolithique de l’Occident. Ils jugent les différents pays en fonction de leur politique, pas de leur culture ou de leur religion ;

- Leur principal rêve est de trouver du travail, pas de s’engager dans le djihad ;

- Les musulmans, dans la même proportion que les Américains, condamnent les attaques contre les civils comme moralement injustifiables ;

- Ceux qui approuvent des actes de terrorisme sont une minorité et cette minorité n’est pas plus religieuse que le reste des musulmans ;

- Ce que les musulmans admirent le plus dans l’Occident, c’est sa technologie et la démocratie ;

- Ce que les musulmans condamnent le plus en Occident c’est la « décadence morale » et la rupture avec les valeurs traditionnelles (dans des proportions similaires à celles des... Américains) ;

- Les femmes musulmanes veulent à la fois des droits égaux et le maintien de la religion dans la société ;

- Les musulmans pensent que si l’Occident veut améliorer ses relations avec leurs sociétés, il faut qu’il modère ses vues envers les musulmans et respectent l’islam ;

- La majorité ne veut pas que les dirigeants religieux aient un rôle direct dans l’élaboration des Constitutions, mais est favorable à ce que la loi religieuse soit une source de la législation."

 

Mince alors, Finkie, Redeker (Fontenelle m'a encore fait marré à ce propos...) & consorts se seraient-ils trompé ?

A moins que certains en sortent une énième justification pour aller "libérer" ces peuples. Envoyons donc 1 000 soldats en Afghanistan pour lutter "contre la lapidation des femmes" (je déconne pas, c'est nanard Kouchner qui l'a dit)