10.03.2008

Faut-il augmenter le pouvoir d'achat ?

picsou-or.jpgSi vous vivez sur une autre planète, vous n'avez peut-être jamais entendu parler de pouvoir d'achat. Et encore. Depuis un sacré paquet de mois, c'est un putain de consensus : il faut augmenter le pouvoir d'achat. De la LCR au FN en passant par le PS et l'UMP. Il faut augmenter le pouvoir d'achat. Moi j'aime pas les consensus, j'aime bien les débats et là, j'aime pas l'expression. Pouvoir d'achat ? On m'avait parlé de droits, de liberté, d'égalité, de répartition, de solidarité. Mais non, aujourd'hui, le plus important serait de pouvoir acheter toujours plus. Comme vous n'avez pas pu le rater, on vit déjà dans une société de surconsommation : le kiff de la mort c'est 4x4, écran plasma et iPhone. Si le pouvoir d'achat c'est plus de 4x4, plus d'écran plasma, plus d'iPhone... écoutez Ushuaïa-man, c'est sûr que nos enfants n'auront pas de planète. Surtout quand quelques milliards de chinois ou d'indiens voudront aussi gagner du pouvoir d'achat. Je caricature (un peu), revenons en aux bases. Voilà comment Wikipédia définit (pas trop mal) le pouvoir d'achat en termes économiques : "En économie, le pouvoir d'achat d'un revenu donné est la capacité d'achat en termes de biens et services que permet ce revenu. En particulier, le pouvoir d'achat d’un ménage est la capacité d’achat que lui permet l’intégralité de ses revenus.". Dans la population, on a plusieurs cas de figures. Des classes populaires qui ont réellement du mal à boucler les fins de mois. C'est-à-dire qui ont du mal à payer le minimum vital, logement, alimentation, éventuellement soins non couverts... Pour ceux là, il faut réellement faire quelque chose, surtout avec les prix qu'ont atteint l'immobilier et la hausse que connaissent certaines denrées essentielles. A l'opposé, on a des gros riches. Ceux là, on s'en fiche un peu de leurs soucis de pouvoir d'achat... ils n'en n'ont pas ! Entre les deux, on a le ventre mou des classes moyennes. Ceux-là arrivent peu ou prou à manger comme il faut, à se loger. Mais parfois, ils doivent pour cela rogner sur l'envie de consommation que leur ingurgite le "modèle de société" que créé, entre autres, la publicité. Si on est de droite ça ne plait pas, forcément. On a travaillé plus, on a mérité de consommer plus. Mais que la gauche s'engouffre sans la moindre réflexion, y compris la gauche extrême, dans ce débat me trouble un peu plus. Il me semble qu'elle devrait poser la question avant tout en terme de redistribution. Pas de débat. J'ai pourtant l'impression qu'on est face à un réel un choix de société, dans un débat qui recoupe finalement celui de l'urgence écologique. Et en même temps que tout le monde est d'accord pour sauver le monde de la catastrophe écologique, tout le monde, sauf les "objecteurs de croissance", est d'accord pour sauver la consommation et surtout l'augmenter. Personne ne relève la contradiction. Ce rush sur la question du pouvoir d'achat permet au PS de gagner des points politiquement. Mais il lui évite aussi de se poser la question qui devrait, à mon humble avis, être la question centrale de sa rénovation : comment répartir les richesses dans un monde fini ? Je n'ai pas la réponse. Mais si je suis sûr d'une chose, c'est que cette réponse n'est pas l'augmentation du pouvoir d'achat. La décroissance n'est peut-être pas la solution, mais si nous refusons d'en arriver là, il faudra très vite trouver comment mieux consommer, et finalement comment, globalement, moins consommer. Tout en corrigeant quelques menues inégalités sociales. Tayaut !

22.02.2008

M'engager ?

Mon engagement (léger) dans la campagne et mes réflexions politiques de plus en plus nombreuses me poussent à me poser régulièrement la question d'un réel engagement politique.

Sous quelle forme ? Avec qui ? Dans quel objectif ? Autant de questions qui me posent problème pour passer à l'acte.

 

Syndicat étudiant ? Pas convaincu du tout. Je n'ai pas envie de m'enfermer dans une organisation sectorielle, et les syndicats de ma fac, que j'ai fréquenté d'assez près dans les nombreux mouvement qui l'ont secouée depuis trois ans, me tentent pas plus que ça...

 

Parti ? Dans l'idée, c'est ça qui conviendrait le mieux. Ca correspondrait mieux au sens que je veux donner à ma réflexion. Se pose donc un deuxième problème. Le problème. Avec qui ?  En gros mon coeur balance entre le PS ou une formation "plus à gauche". 

Le PS a pour lui, quoi qu'on en dise, d'être aujourd'hui le seul parti capable aujourd'hui d'être une alternative à l'UMP. Sauf que mon engagement sera local. Localement, le PS a pour lui d'être le plus actif chez moi. Toutefois l'état du PS au niveau national est quand même sacrément rebutant. Et sa réaction à l'occasion du traité de Lisbonne l'est tout autant. Reste que, localement, sa position sur cette question est plus conforme à mon opinion : les deux députés socialistes de mon département ont voté contre la révision constitutionnelle, dont le possible futur maire de Caen, et le probable futur maire de ma ville s'est prononcé dans le même sens. Localement, le PS est donc bien plus attirant que nationalement. Et je ne suis pas résigné à la dégradation du mot "socialiste" et de l'histoire qu'il recouvre.  

A côté, la dispersion est trop grande. S'il existait aujourd'hui un regroupement quelconque digne de ce nom à gauche du PS, je n'hésiterais sûrement pas. Mais la réalité est là, et je doute que le nouveau parti de Besancenot résolve ce problème. Un engagement de ce côté là pourrait donc avoir comme but de militer pour la création d'un tel regroupement. Mais je doute de pouvoir y faire quoi que ce soit. Localement, ne pas être au PS me permettrais peut-être d'être plus critique vis-à-vis d'une éventuelle équipe municipale socialiste. Quoi qu'adhérer au PS ne signifierait pas pour autant abandonner ce discours.

 

En fait, il faut peut-être que je commence par m'interroger sur le sens d'un tel engagement. D'abord, personnellement, j'y vois une expérience et un élément de réflexion. Et puis ce serait aussi un moyen d'agir pour que mes réflexions aient un prolongement pratique. C'est ce deuxième point qui tenderait à me pousser plutôt vers une organisation "de gouvernement" comme le PS. Parce que je n'ai pas encore perdu l'idée qu'on peut changer les choses par les élections. Peut-être une illusion, mais tant que j'y crois, je pense que c'est en travaillant à l'intérieur du PS qu'on peut être plus efficace. A moins que je me trompe.

 

Bref. Je me tate encore quoi.

Ah ! Si le PS allait mieux !  

23.11.2007

La gauche depuis 1945 (7/8)

III - La gauche après la victoire

b) Des années 80 à ns jours : une recomposition de la gauche 

 

La première victime électorale du succès de la gauche semble être le PCF. Alors qu'il culminait à 25% des suffrages pendant toute la IVe République, alors qu'il amassait encore une voix sur cinq jusqu'à la fin des années 70 et qu'il restait le premier parti de la gauche, il est doublé par le PS. A l'élection présidentielle de 1981, Mitterrand a plus de deux millions de suffrages d'avance sur le candidat communiste Georges Marchais, qui descend à 15%. Ce n'est que le début d'une longue chute. À l’élection présidentielle de 2002, le communiste Robert Hue reçoit moins de 4% des suffrages, et il est devancé par deux candidats d'extrême gauche, Arlette Laguiller et Olivier Besancennot, ainsi que par le candidat des Verts, Noël Mamère. En 2007, Marie Georges Buffet, n'atteint même pas les 2%. Alors qu'il a été pendant près de quarante le premier parti de la gauche française la question de l'existence même du PCF est posée.

Plusieurs raisons semblent expliquer cette chute brutale. Les victoires socialistes donnent du crédit au PS alors que la chute de l'URSS en 1991 décrédibilisait le PCF. Alors qu'on avait pu voir dans les économies administrées l'avenir de l'humanité, cette organisation est remise profondément en question avec cet événement majeur. De plus le PCF s'est vu concurrencé par d'autres petites formations.

Pendant que le PCF est en crise, la contestation et l'envie d'une meilleure société se sont dirigées vers d'autres partis. L'écologie politique qui a commencé à prendre forme dans les années 1970-1980 s'est matérialisée dans plusieurs projets. A la question « l'écologie est-elle de gauche, de droite ou ni l'un ni l'autre », la réponse apportée par la plupart des écologistes penche vers la gauche. Ce qui s'exprime à travers un nouveau parti, les Verts. Dominique Voynet puis Yves Cochet participent au gouvernement de Lionel Jospin. Avec le renfort de Daniel Cohn Bendit, ils obtiennent près de 10% aux élections européennes tandis que Noël Mamère faisait un score honorable à 5,25% à la présidentielle de 2002. Les années 1990 voient aussi la croissance de deux mouvements « trotskystes ». Lutte Ouvrière et sa candidate et porte-parole Arlette Laguiller, présente à chaque élection présidentielle depuis 1974 et la Ligue Communiste Révolutionnaire d'Alain Krivine qui s'est refait une jeunesse grâce notamment à l'image de son nouveau candidat et porte-parole, Olivier Besancennot. Alors qu'elle tournait depuis 20 ans autour de 2%, la candidate LO perce à plus de 5% en 1995, score qu'elle confirme en 2002. Pour sa première candidature en 2002, Olivier Besancennot atteint quant à lui plus de 4% des suffrages. A l'élection de 2002, les deux candidats « trotskystes » obtiennent à eux deux plus de 10% des suffrages.

Depuis l'élection de Mitterrand, le PS est donc de loin le premier parti de la gauche française, mais il ne parvient pas à être hégémonique. En 1995, près de 17% des voix reviennent à la gauche non socialiste. A la présidentielle de 2002, c'est encore plus fort, les gauches non socialistes regroupent plus de 26% des suffrages quand Lionel Jospin se voit doublé par un Jean-Marie Le Pen à 16,95%.

La suite des élections de 2002 a été bien compliquée pour le PS. Eliminé au premier tour, son candidat annonce le 21 avril 2002 qu'il se « retire définitivement de la vie politique ». Le PS affiche une unité, et l'impopularité du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin lui permet d'enregistrer d'excellents résultats en 2004. Sur 22 régions françaises, une seule reste à la droite ! Mais la division du parti reprend le dessus lors de la campagne pour le référendum sur le Traité instituant une Constitution pour l'Europe. Le vote des militants n'est déjà pas très franc : ils ne sont que 55% à soutenir le texte. Mais surtout, les opposants socialistes refusent de rentrer dans le rang. Henri Emmanuelli, Laurent Fabius, Jean-Luc Mélenchon et Arnaud Montebourg font campagne aux côtés de l'extrême gauche. Après le rejet du traité par les français 29 mai 2005, le PS se réunit en congrès au Mans au mois de novembre. Le but pour le premier secrétaire, François Hollande est de faire l'unité autour d'une motion consensuelle. Là encore, il rencontre de l'opposition : quatre motions sont opposées à la sienne et la ligne officielle du parti ne s'impose qu'à 55%. L'élection présidentielle de 2007 a du mal à ressouder les rangs du parti. Trois candidats s'affrontent, Ségolène Royal, qui se place un peu en dehors du parti, Dominique Strauss-Kahn qui représente plutôt l'aile droite du parti, et Laurent Fabius qui a rejoint en 2005 l'aile gauche. Royal s'impose dès le premier tour lors de la primaire socialiste, mais pourtant elle a du mal à fédérer autour d'elle les cadres du PS. Elle est finalement vaincue par le candidat de la droite, Nicolas Sarkozy avec un score de 47%.

La victoire de la campagne contre le traité européen en 2005 avait donné des ailes aux mouvements d'extrême gauche. Des négociations ont été entamées afin des présenter une candidature « unitaire antilibérale » pour la présidentielle. Mais cette tentative échoue. Laguiller s'était située dès le départ en dehors du processus, et les divergences entre le PCF et la LCR ont amené leurs leaders respectifs, Marie-Georges Buffet et Olivier Besancennot, à se présenter. Début 2007, la candidature du militant altermondialiste José Bové venait ajouter à la division. Cette division, ajoutée au « vote utile » afin de ne pas revivre une élection comme celle de 2002 ont causé une grosse défaite à l'extrême gauche. Hormis Besancennot, aucun ne dépasse les 2%. Seul le candidat LCR n'est pas complètement vaincu : avec 4% des voix et une plus forte participation, il a même gagné près de 300 000 voix par rapport à 2002.