14 décembre 2008
Pourquoi j'ai quitté le PS
Comme je l'ai dit dans ma dernière note, j'ai quitté le PS. J'ai envoyé un mail au secrétaire de la section hérouvillaise pour lui expliquer mon choix. Comme c'est un peu plus détaillé, mieux présenté, je la reproduit ici.
J'avais fait le choix du PS pour plusieurs raisons. D'abord par défaut. Parce que, pour répondre à mes convictions et mon envie d'action, il ne me semblait pas y avoir d'autre lieu existant en France. A côté d'une gauche balkanisée, je pensais que la seule possibilité était d'essayer de renforcer le PS tout en le « gauchisant ». C'est aussi la deuxième raison qui m'a fait adhérer à ce moment. Deux jours avant la date limite pour participer au Congrès de Reims. J'espérais qu'il serait possible de réorienter la ligne idéologique du PS, c'est pourquoi j'avais de l'enthousiasme à soutenir la motion « Un monde d'avance ». Enfin, la vivacité, l'intelligence et la richesse que j'avais côtoyés dans la campagne municipale à Hérouville-Saint-Clair me laissait voir, localement, un manière séduisante de faire de la politique. Bref, je venais avec une envie d'agir, mais sans illusion par rapport au PS lui-même.
Aujourd'hui, je m'en vais. Pour la gauche balkanisée, les choses ne se sont par arrangées, mais j'ai cessé de croire que l'alternative sociale pourrait venir du PS. Revenir au pouvoir, il le peut sûrement... mais pour en faire quoi ? Je n'y crois plus. Et le Congrès a participé à désenchanter ce qui pouvait encore l'être. Le faible score de la motion de Benoît Hamon d'abord. L'unité me laissait espérer, en vain, un bien meilleur score. L'attitude irresponsable, ridicule, égocentrique de nombre des dirigeants nationaux ensuite, surtout après le résultat serré entre Martine Aubry et Ségolène Royal. Militer, distribuer des tracts... pour faire élire ces gens-là ? Très peu pour moi ! Et je sais aussi qu'un des points où je diverge fondamentalement avec la position majoritaire de ce parti, c'est la question européenne. Et la prochaine campagne, c'est justement celle des européennes. Le PSE, avec le soutien d'enthousiaste de la nouvelle première secrétaire, vient d'adopter un programme pour ces élections. On ne peut pas faire plus hypocrite : prétendre rompre avec la direction actuelle de l'Union pour faire une Europe démocratique et sociale en décidant de ne pas présenter de candidat contre le président sortant de la commission, Barroso, c'est nous prendre pour des cons ! Enfin, quant à l'action de la section locale, la déception fut également de taille. Sûrement la campagne fut-elle éprouvante, sûrement la défaite fut-elle choquante. N'empêche qu'on ne fait rien. Moi pas plus que les autres, j'en suis bien conscient. Discussions ronronnantes en réunion de section, distribution de tract. Et c'est à peu près tout. Ne pourrait-on pas attendre plus d'ambition de la part d'une section qui compte plusieurs dizaines de militants, peut-être une bonne centaine ? Si au moins on avait su donner naissance à l'association dont nous parlions après la campagne, qui devait unir les forces de la gauche hérouvillaise pour mener des actions conjointes. Même pas. Je n'accuse personne en particulier ici. C'est le fonctionnement du groupe qui est en cause.
Ce n'est pas un choix si facile à faire. En quelques mois avec vous, j'ai eu le temps d'apprendre à apprécier un certain nombre de camarades. Nous avons discuté, débattu, critique, espéré ensemble, ri ensemble. Mais je ne me sens plus à ma place au Parti Socialiste. Alors je rend ma carte. Je reste néanmoins prêt à agir avec vous sur certaines campagnes. Je pense notamment aux combats qui suivront les européennes. Il faudra toutes les énergies pour battre Thomas, aux municipales comme, peut-être, aux cantonales. Et si, par miracle, une association transpartisane voyait finalement le jour pour unir la gauche hérouvillaise, j'en serais. Je me réjouis quand même de ta désignation comme secrétaire de section et de celle de Damien à la fédération. Peut-être sauras-tu faire mentir mon jugement sur la mollesse de la section socialiste ! Je te souhaite beaucoup de courage pour le travail qui t'attend. Je ne te demande qu'une chose : salues les camarades de ma part, et notamment ceux qui ont soutenu la motion C, et expliques-leur ma décision.
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03 novembre 2008
Former les militants
Comme tous les militants socialistes, j'ai reçu la semaine dernière le rapport d'activité du PS dans ma boîte. Comme (presque) tous les militants socialistes, je ne l'ai pas lu. Sauf la partie concernant l'activité de formation, placée sous la tutelle d'Henri Weber. J'avoue que c'est assez déprimant. Derrière l'enrobage, on voit le vide de l'action du PS sur cette question. Ce que semble confirmer Julien Dray dans l'entretien qu'il a passé avec quelques blogueurs (voir la liste des billets qui en ont résulté chez Nicolas J.). Hervé Nowak écrit : "Il nous explique que la formation populaire doit être replacée au cœur des préoccupations, il est lassant de voir évoluer une classe politique élitiste qui confisque le savoir, car au fond, que serait l’humanité sans cette transmission du savoir."
Pourquoi je m'intéresse à cette question ? Parce qu'elle me semble d'être d'une importance non négligeable et pourtant négligée dans la lutte des socialistes contre un ordre social inégalitaire. Elle est d'ailleurs au centre de mes recherches de master 1 (je travaille sur la formation des militants du PCF dans la période de la guerre froide, j'y reviendrais peut-être un de ces jours). J'aimerais revenir sur deux points qui me semblent plaider dans le sens de l'affirmation de Dray.
J'écrivais ceci il y a quelques mois (dans un article repis par Libération, quand même !) :
Le deuxième axe [en parallèle du travail de réflexion idéologique] de ce qui devrait être l’action du Parti Socialiste est donc le travail de popularisation des valeurs, des thèmes et in fine des solutions des socialistes. Travail qui devrait être bien plus ambitieux, bien plus profond qu’une simple campagne électorale, essentiellement télévisée. Car comme je le disais plus haut, pour espérer avoir les moyens de mettre en place une politique socialiste, il faut vraiment convaincre la population. C’est donc sur le terrain idéologique que la propagande (acceptons le mot dans sa définition non totalitaire : travail de communication en vue de convaincre sur un terrain politique) doit jouer. On sait tous que la télévision, et la plupart de médias de manière générale, se prêtent mal à de longs débats ou argumentaires. Je pense que pour convaincre il faut réellement aller vers les gens. C’est d’un travail de terrain que pourra émerger une France socialiste. Comment faire ? Là encore, je n’ai pas de réponse toute faite. Le PS est lié à un grand nombre d’associations de terrain, il y a sûrement quelque chose à faire de ce réseau. Ensuite, il faut utiliser au mieux le réseau des militants. Pour organiser des diffusions de tracts, des journaux locaux (qui traitent à la fois des enjeux locaux et nationaux)… Et surtout organiser des réunions, dans les entreprises, dans les quartiers pour (re)créer un lien avec les couches populaires (ah, que je n’aime pas cette expression !) et le Parti. Ce qui nécessite de revaloriser la place des militants dans le Parti. Bref, il faut faire du PS un parti de militants et non de notables. Et peut-être un jour un parti de masse. C’est par un tel travail de longue haleine, en ressassant parfois certains thèmes, en convaincant pied par pied qu’on construira quelque chose de durable. Renforcer le lien entre le Parti et le peuple passe aussi par une meilleure écoute qui fasse remonter les revendications populaires jusqu’aux débats idéologiques, une écoute qui soit aussi une forme de conseil aux personnes en situation difficile (comme parfois les syndicats au sein de entreprises) et donc une écoute créatrice de confiance…
Premier point. La formation des militants doit être un des éléments centraux pour répondre à cet objectif. D'abord pour convaincre les militants socialistes (et pourquoi pas les écouter ?). Ensuite pour leur donner de réels outils politiques pour débattre, argumenter, convaincre. Au quotidien comme dans des réunions publiques, par la rédaction de papiers locaux ou tout autre action militante. Parce que seuls les militants pourront remplir cette tâche de construire une France socialiste. Ce travail de formation ne doit donc pas seulement concerner les cadres du parti, mais être proposé à tous les militants, à l'échelle de la section si c'est possible, en regroupant plusieurs sections sinon. Déjà le cadre fédéral me paraît trop large et trop centralisé pour être pertinent. Nous prônons la décentralisation, appliquons la. Et alors, les convictions transmises aux militants par ces formations feront tâche d'huile.
Deuxième point. Sans faire preuve d'un ouvriérisme comparable à celui du PCF il y a quelques années, j'assigne aussi à ce travail de formation un objectif social. Celui de permettre à d'autres que des énarques, des universitaires, des prof, des médecins, de prendre des reponsabilités dans le parti. Ou d'exercer des mandats locaux ou nationaux. Ne nous leurrons pas, une rapide analyse sociologique des élus , des candidats et même des cadres socialistes suffirait, j'en suis persuadé, à convaincre qu'entre nos discours et nos actes, il y a un fossé à combler. Il faut donc construire une offre éducative qui soit pertinente pour des gens qui n'ont pas pu, ou n'ont pas voulu quand c'était possible, poursuivre des études supérieures, voire secondaires (au moins le lycée). Avec tous les reproches qu'on peut légitimement lui faire, le système éducatif mis en place par le PCF avait au moins cette qualité à mes yeux essentiels : elle a permis à des ouvriers de passer de l'usine aux mairies, conseils généraux, et même à l'Assemble Nationale, au Sénat et jusqu'à quelques ministères. Des gens qui ont démontré qu'on pouvait être issu de milieux populaires et exercer avec qualité des mandats électifs, des exemples en quelques sorte ; des gens, aussi, qui ont apporté dans l'exercice de leurs fonctions un regard radicalement différent de celui qui n'a connu que l'ENA et le pouvoir, par leur expérience infiniment différente de la société. A nous de reprende le flambeau, de l'adapter à une société qui a évolué, de l'élargir à toutes les catégories maintenues dans une infériorité politique. A nous de lui donner une dimension encore plus ambitieuse. Il me semble tenir là un des éléments d'une perspective révolutionnaire de renversement et d'équilibrage de l'ordre politique. Nous critiquons la reproduction des élites, luttons contre elle !
14:42 Publié dans Réflexions politiques | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : politique, formation, militant, parti, socialiste, communiste, ps
31 mai 2008
Une histoire des idées socialistes
Pas le temps de faire des longs billets constructifs. Y aurait pourtant quelques sujets à aborder : la remise en cause des 35 heures, le lancement d'une contribution par Hamon et Emmanuelli, le pavé de Delanoë, j'aimerais aussi dire quelques mots sur les formes d'actions, alors que les mobilisations se multiplient... Mais pour l'instant, je vais me contenter de parler d'un bouquin qui me semble intéressant pour ceux qui envisagent de réfléchir avant le Congrès. Et pour ceux qui hurlent au social-traître à la moinder évocation du mot socialiste.
Il s'agit d'une Histoire des idées socialistes, par Noëlline CASTAGNEZ-RUGGIU publiée aux éditions La Découverte en 1997. C'est pas très long (un peu plus de 120 pages) et ça synthétise de manière assez claire deux siècles de réflexion. Pour les plus fainéants, j'ai étudié le bouquin et j'en ai fait une fiche de lecture. C'est assez long (une vingtaine de pages) donc je ne le mettrais pas intégralement comme j'ai pu le faire pour d'autres travaux. J'en placerai peut-être juste deux trois bouts de temps en temps. Je la met toutefois en téléchargement libre et vous balance l'introduction de mon document.
Noëlline Castagnez-Ruggiu est née en 1986. Elle est agrégée d’histoire et maître de conférences à l’université d’Orléans. Elle étudie le mouvement ouvrier français et notamment la SFIO. Elle signe avec cette Histoire des idées socialistes son premier ouvrage.
L’historiographie des idées socialistes françaises est à la fois dense et éparse. Elle est dense car nombreux sont les auteurs qui ont écrit sur le socialisme, éparse car aucun livre avant celui-ci ne tente de synthétiser l’histoire de idées socialistes en France. On peut relever plusieurs types d’ouvrages participant à cette historiographie. Il y a d’abord les ouvrages d’histoire des idées politiques. Ils contiennent des chapitres qui se veulent brefs et concis sur les principaux courants socialistes, les utopiques, Proudhon, Marx, les réformistes. On pense ici aux publications de Jean Touchard (Histoire des idées politiques) ou de Pascal Ory (Nouvelle histoire des idées politiques). Il y a ensuite des livres sur l’histoire de la gauche dans son ensemble. Intéressants en ce qu’ils font le lien entre le courant socialiste et les autres tendances de la gauche. Mais là encore, la question précise des idées socialistes est abordée de manière synthétique, parmi d’autres. Dans cette catégorie, on trouvera le « Que sais-je » de Jean Defrasne, un autre livre de Jean Touchard (Gauche en France depuis 1900). D’autres ouvrages se veulent des histoires du courant socialiste. Pour eux aussi, les idées ne sont qu’un sujet d’études parmi d’autres (organisations, hommes, résultats, élections…). Dans le genre, on doit citer l’œuvre monumentale de Jacques Droz, Histoire générale du socialisme. En quatre volumes, il retrace l’histoire des socialistes de toute l’Europe et la taille de son livre lui permet de consacrer de nombreuses pages aux idées elle-même. Sur le socialisme français, citons aussi l’Histoire du socialisme en France de Daniel Ligou. Enfin, il existe bien des publications sur les idées socialistes, mais il s’agit d’études précises, se concentrant sur un auteur ou sur un moment précis (les socialistes utopiques ou les marxistes par exemple). Ils sont trop nombreux pour être tous cités, on trouvera toutefois une riche bibliographie thématique à la fin du livre de Noëlline Castagnez-Ruggiu. Il ne faut pas oublier que l’historiographie du socialisme, ce sont aussi des articles, notamment ceux de Michel Winock dans L’Histoire.
Ainsi, cette Histoire des idées socialistes arrive à point pour combler un manque : une synthèse de deux siècles de réflexions socialistes en France. Elle retrace le cheminement idéologique des socialistes français. Des idées socialistes composées de différents apports : indignation face à la misère, critique économique des lois « naturelles » libérales, revendication politique pour abolir la domination des riches sur les pauvres. Et au-delà de la critique, elles sont la recherche d’un monde meilleur. Et l’auteure de s’interroger : n’est ce pas cette imagination qui fait défaut à la gauche depuis 1981 ?
En une centaine de pages, elle s’interroge sur les contenus d’un socialisme français qu’elle définit comme pluriel et sur la manière donc ces contenus s’articulent entre eux et avec les socialismes étrangers. Une étude qui s’étend de l’apparition du mot « socialisme » chez Robert Owen jusqu’en 1983, « moment charnière qui marqua l’échec de l’idéologie face aux ‘’contraintes’’ ».
14:56 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : histoire, idées, socialistes, parti, ps, pcf, sfio
11 mai 2008
Pourquoi j'ai adhéré au PS

Cette fois, je parle de moi. Et de mon très récent engagement au sein du Parti Socialiste. Cela surprendra certains qui me connaissent. Car oui, je suis un putain de gauchiste. J'ai voté Besancenot l'an dernier, en hésitant avec Bové. J'ai bloqué ma fac deux fois en trois ans. Je suis abonné à Politis et au Monde Diplomatique. Et je n'ai jamais hésité à taper sur le PS, que ce soit vis-à-vis des nombreuses ambigüités de la campagne de Ségo ou sur la position de faux-cul du PS lors de la modif de la constitution de février dernier, préalable au traité de Lisbonne.
Alors quoi ? Ca y est à 21 ans j’ai appris à retourner ma veste ? Pas vraiment. D’où m’est venue la décision d’adhérer au Parti Socialiste ? Au départ, il y a une envie de réflexion politique, qui me pousse rapidement à vouloir m’engager plus en avant. Mon premier engagement (hors les combats sectoriels universitaires) est celui de la campagne municipale. La démarche comme le projet de la liste d’union de la gauche sur Hérouville, menée par le socialiste Emmanuel Renard, m’avaient séduits. Sur le terrain comme sur ce blog j’ai apporté ma modeste contribution. Premier contact concret et personnel avec le Parti Socialiste. Première défaite aussi. Car la droite conserve la mairie. Déception, à la fois par la réélection de Rodolphe Thomas et par la défaite d’un projet municipal qui me semblait tout simplement bon. Cette défaite me donne envie de participer à construire une alternative localement. Ce qui rejoint mon envie plus générale d’un engagement durable.
Deux pistes me semblent possibles : le PS ou plus à gauche. Plus à gauche ? Le PCF… hmmm ! LO… pareil. Reste la LCR, ou plutôt le futur-nouveau parti anticapitaliste. Autant dire tout de suite que je ne suis pas convaincu du tout par la démarche d’Olivier Besancenot et de la direction de la LCR. Construire un grand parti de gauche alternatif au PS, ok. Surtout si ce dernier continue à dériver vers le Modem. En s’adressant directement à la base, pourquoi pas. Mais sans parler en même temps au PCF et à LO, sans chercher à travailler avec les forces éparses des « collectifs antilibéraux »… ? Tout ça me semble de mauvais augure. S’il ne s’agit que d’agrandir la LCR, très peu pour moi. D’autant plus que je crains que tout cela ne finisse tout simplement en un « parti d’Olivier » (personnalisation qui se confirme avec son passage chez Drucker aujourd’hui même…). Bref, je ne crois pas qu’on ait là une initiative crédible pour construire une alternative à l’UMP.
Du coup, il n’y a aujourd’hui qu’un parti qui puisse espérer faire bouger les choses, le Parti Socialiste. Je ne suis bien sûr pas enthousiaste devant ce qu’est le PS. Je regrette comme beaucoup la lutte d’égo qu’il offre en spectacle à des journalistes qui n’attendent que ça. J’ai d’ailleurs déjà expliqué quel était mon souhait pour le PS, celui d’un Parti qui soit avant tout un lieu de réflexion en même temps qu’un outil massif de popularisation (bon ok, de propagande…). Je me fais sûrement quelques illusions sur ce que peut encore devenir ce parti. Certes. Mais c’était ça ou rien. Et finalement deux choses ont présidé à ma décision : d’abord cette campagne municipale qui m’a convaincue que je devais m’engager localement et que le meilleur cadre à Hérouville y était le PS ; ensuite, la perspective du Congrès de novembre qui devra être un moment fondamental pour relancer enfin une dynamique à gauche.
J’ai donc payé mes 20 euros de primo-adhérent. C’est fait. Pourtant je ne me sens pas complètement lié. Je participe bien sûr activement à la vie de ma section dont je dois un de ces jours refaire le site web (et oui, il y a du boulot...). Mais si le Congrès me déçoit, je me sentirais tout à fait libre de ne pas renouveler mon adhésion. Si je me suis trompé sur le pari de Besancenot, je reverrais aussi peut-être ma position. Et si les candidats ou programmes socialistes aux prochaines échéances (je pense notamment aux européennes ou il pourrait bien y avoir quelques divergences…)me déçoivent, rien ne m’engage à voter pour le PS, sans nécessairement rendre ma carte... En attendant, contrairement à certains qui me reprocheront d’être allé dans un parti « de droite » (…), je ne resterai pas les bras croisés.
16:52 Publié dans Réflexions politiques | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : politique, ps, parti, socialiste, adhérer, adhésion, adhérent
22 février 2008
M'engager ?
Mon engagement (léger) dans la campagne et mes réflexions politiques de plus en plus nombreuses me poussent à me poser régulièrement la question d'un réel engagement politique.
Sous quelle forme ? Avec qui ? Dans quel objectif ? Autant de questions qui me posent problème pour passer à l'acte.
Syndicat étudiant ? Pas convaincu du tout. Je n'ai pas envie de m'enfermer dans une organisation sectorielle, et les syndicats de ma fac, que j'ai fréquenté d'assez près dans les nombreux mouvement qui l'ont secouée depuis trois ans, me tentent pas plus que ça...
Parti ? Dans l'idée, c'est ça qui conviendrait le mieux. Ca correspondrait mieux au sens que je veux donner à ma réflexion. Se pose donc un deuxième problème. Le problème. Avec qui ? En gros mon coeur balance entre le PS ou une formation "plus à gauche".
Le PS a pour lui, quoi qu'on en dise, d'être aujourd'hui le seul parti capable aujourd'hui d'être une alternative à l'UMP. Sauf que mon engagement sera local. Localement, le PS a pour lui d'être le plus actif chez moi. Toutefois l'état du PS au niveau national est quand même sacrément rebutant. Et sa réaction à l'occasion du traité de Lisbonne l'est tout autant. Reste que, localement, sa position sur cette question est plus conforme à mon opinion : les deux députés socialistes de mon département ont voté contre la révision constitutionnelle, dont le possible futur maire de Caen, et le probable futur maire de ma ville s'est prononcé dans le même sens. Localement, le PS est donc bien plus attirant que nationalement. Et je ne suis pas résigné à la dégradation du mot "socialiste" et de l'histoire qu'il recouvre.
A côté, la dispersion est trop grande. S'il existait aujourd'hui un regroupement quelconque digne de ce nom à gauche du PS, je n'hésiterais sûrement pas. Mais la réalité est là, et je doute que le nouveau parti de Besancenot résolve ce problème. Un engagement de ce côté là pourrait donc avoir comme but de militer pour la création d'un tel regroupement. Mais je doute de pouvoir y faire quoi que ce soit. Localement, ne pas être au PS me permettrais peut-être d'être plus critique vis-à-vis d'une éventuelle équipe municipale socialiste. Quoi qu'adhérer au PS ne signifierait pas pour autant abandonner ce discours.
En fait, il faut peut-être que je commence par m'interroger sur le sens d'un tel engagement. D'abord, personnellement, j'y vois une expérience et un élément de réflexion. Et puis ce serait aussi un moyen d'agir pour que mes réflexions aient un prolongement pratique. C'est ce deuxième point qui tenderait à me pousser plutôt vers une organisation "de gouvernement" comme le PS. Parce que je n'ai pas encore perdu l'idée qu'on peut changer les choses par les élections. Peut-être une illusion, mais tant que j'y crois, je pense que c'est en travaillant à l'intérieur du PS qu'on peut être plus efficace. A moins que je me trompe.
Bref. Je me tate encore quoi.
Ah ! Si le PS allait mieux !
17:50 Publié dans Réflexions politiques | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : parti, socialiste, PS, LCR, Besancenot, PCF
29 octobre 2007
La gauche depuis 1945 (2/8)
a) Le Parti Communiste Français, premier parti de France, perpétuel opposant
Avant la Seconde Guerre Mondiale, le PCF refuse toujours de participer à l'exercice du pouvoir. S'il soutient le gouvernement de Front Populaire de Léon Blum, c'est effectivement sans y compter de ministre.
Dès 1944, il change d'attitude. Le gouvernement dirigé par le Général De Gaulle à Alger inclus deux communistes à partir d'avril 1944. Leur comportement fait alors du PCF un parti de gouvernement.
Auréolé de son rôle dans la Résistance et de la puissance que l'Armée Rouge a mise au service de la victoire sur l'Allemagne, le PCF sort grandi de la guerre. Dès les premières consultations électorales, il arrive en tête. A l'élection de l'Assemblée Constituante le 21 octobre 1945, plus d'un français sur quatre lui a apporté sa voix. Et s'il est doublé par le MRP le 2 juin 1946 pour la seconde Constituante, il reprend sa première place lors de la première élection législative de la IVe République le 10 novembre suivant. Jean Touchard estime que le Parti compte alors quelques 800 000 membres (il en revendique 1 000 000). La Guerre Froide n'est pas encore commencée et il ne semble pas complètement inimaginable qu'un communiste soit un jour Président du Conseil.
Ces trois assemblées sont littéralement dominées par trois partis, le PCF, la SFIO et le MRP. Pendant la rédaction de la Constitution et les premiers mois de la nouvelle république, les trois s'entendent pour diriger le pays. C'est le temps du tripartisme, le PCF est un parti de gouvernement.
Mais sur de nombreuses questions, communistes et MRP ne peuvent admettre la même solution. C'est notamment le cas des questions économiques et sociales. De plus, la Guerre Froide commence à peser. Churchill a lancé les mots « rideau de fer », Truman parle d'endiguement et le Plan Marshall est sur les rails.
Le 5 mai 1945, Président du Conseil, le socialiste Paul Ramadier, congédie les ministres communistes. Sur le moment, on n'est sans doute pas conscient de l'importance de cette rupture, mais aucun gouvernement français ne comptera plus de ministres communistes avant 1981.
C'est quelques mois plus tard que le fossé s'affirme vraiment pour les communistes. En septembre 1947, la Pologne accueille la conférence constitutive du Kominform, la nouvelle version de l'Internationale Communiste. Les communistes français s'y font sévèrement réprimander. Jdanov, reproche au PCF son « crétinisme parlementaire ». L'heure n'est plus à la participation au gouvernement, mais bien à l'opposition aux politiques atlantistes.
Soumis au Kominform, le PCF devient ainsi un fidèle soutien à l'URSS. En 1952, le communiste Jacques Duclos écrit dans Les cahiers du communisme que la défense de l'URSS doit être pour un communiste « sans réserves » et « sans conditions ». Il ajoute que « le monde est partagé en deux camps : le camp de la guerre avec à sa tête l'impérialisme américain, le camp de la paix avec à sa tête l'Union Soviétique ». Dans le même article, il cite Maurice Thorez, leader du PCF : « De tout notre cœur, nous proclamons notre amour ardent pour Staline et nous l'assurons de notre confiance inébranlable ».
Le fossé entre le PCF et le reste de la gauche semble difficile à combler tant que les communistes français persistent dans leur soutien aveugle au régime soviétique. Il suffit d'écouter Guy Mollet, secrétaire général de la SFIO, affirmer lors de la campagne électorale de 1955, « les communistes ne sont ni de gauche ni de droite, ils sont de l'Est ».
Si l'opposition systématique du PCF l'empêche de participer aux gouvernements successifs, même dirigés par des socialistes, leur influence politique est quand même primordiale. Sous la IVe République, il est en tête à chaque élection législative, conservant imperturbablement le soutien d'un quart de l'électorat français.
Ils contrôlent de nombreuses villes, notamment dans la banlieue parisienne (c'est la « ceinture rouge »). Ils ont aussi la mainmise sur la CGT, premier syndicat français, depuis la Libération. Ainsi, ils peuvent maintenir une pression sociale sur les gouvernants. De nombreuses associations sont également très proches du PCF. Ainsi, le PCF s'appuie sur un ensemble qui constitue presque une société parallèle avec ses réseaux et ses solidarités propres.
Enfin d'importantes figures intellectuelles, élites culturelles, philosophiques, universitaires, et même journalistiques soutiennent le PCF. C'est par exemple le cas d'Aragon qui écrit Les communistes entre 1948 et 1951, de Merleau-Ponty dans Humanisme et terreur en 1947, ou de Sartre avec certains de ces articles dans Les Temps Modernes... La presse communiste n'hésite pas à attaquer violemment les livres ou articles anticommunistes. Dans cette pression, peu d'intellectuels osent s'afficher vraiment et complètement anticommunistes.
22:10 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Histoire, gauche, communiste, parti
27 octobre 2007
La gauche depuis 1945 (1/8)
Comme promis, voici le texte de mon exposé de Sciences Politiques. Histoire de me faire mousser (et que vous ayez un minimum de confiance dans ce que j'ai écrit...) je précise que le prof l'a trouvé "excellent". Seuls reproches : trop long (40 minutes au lieu de 30) et j'écris mal au tableau.
Etant donné la longueur de mon texte, je le publierai en 8 parties, suivant le plan de l'exposé.
Bonne lecture à tous !

Introduction
Depuis plus de deux siècles, la notion de gauche est un élément déterminant de notre vie politique. Mais qu'est ce que la gauche ? La division de la classe politique française en deux camps antagonistes date des premiers mois de la Révolution française. Dans l'assemblée autoproclamée nationale puis constituante, les partisans du veto royal se placèrent à droite quand leurs adversaires se retrouvaient à gauche.
Au XIXe siècle, la gauche regroupe les partisans de la république, et devient porteuse d'un message de progrès social. A mesure que le régime républicain s'impose, le seul fait d'être républicain ne place pas à gauche. Au début du XXe siècle, la gauche est divisée principalement en deux courants, les radicaux et les socialistes. Le premier est plus gestionnaire, quand le second est plus révolutionnaire. Les deux se retrouvent tout de même dans leur anticléricalisme. Le Parti Communiste qui naît en 1920 bouscule le paysage en s'affirmant plus révolutionnaire que les socialistes.
Avant 1945, la gauche est rarement unie et ses passages au pouvoir sont souvent brefs. Même le gouvernement de Front Populaire qu'on retient pour ses importantes réformes sociales n'est en place que quelques mois. Hormis pour les radicaux, le pouvoir est d'ailleurs une source de remords pour les hommes de gauche. En participant au pouvoir dans un régime capitaliste, ne renie-t-on pas la révolution ?
1945 est un tournant important pour la politique française. La Libération met fin à l'expérience de Vichy, le personnel politique est profondément renouvelé, consacre les communistes et le général De Gaulle, condamne la droite au silence et achève un régime en place depuis soixante-dix ans.
Depuis la fin de la guerre, plus de soixante ans se sont écoulés, deux constitutions se sont succédées. La vie politique a profondément changé, que ce soit dans son personnel, dans ses moyens d'expressions, ou encore dans ses partis. La gauche a suivi, avec plus ou moins de difficulté, ces évolutions. C'est en étudiant avec attention les changements tactiques, idéologiques des hommes de gauche et de leurs partis qu'on pourra appréhender la situation actuelle.
Pour mener cette réflexion, il faut d'abord observer le comportement de la gauche sous la IVe République. Ensuite, l'histoire de la gauche sous la Ve République peut s'étudier en deux phases, une période d'opposition et d'adaptation au régime, jusqu'en 1981, puis un tournant avec le retour de la gauche au pouvoir et les vingt ans qui suivent.
15:40 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : histoire, politique, gauche, communiste, parti, socialiste

