17 février 2009
Sus aux protectionnistes !

Sur son blog hébergé par le Monde diplomatique, le désormais fameux "professeur" Lordon nous livre une très intéressante leçon. Il démonte la petite ritournelle qui devient petit à petit plus obsédante au fil des semaines, celle d'un "retour au protectionnisme" comme menace absolue dans le tourment de la crise. Je résume.
Pour être crédible et effrayante, cette menace d'un retour au protectionnisme (entendu comme des méchants droits de douane qui entravent le commerce international) doit avoir lieu dans un contexte de non-protectionnisme. Or, en pratique, toutes les différences socio-productives qui existent entre les états (droit du travail, sécurité sociale, conception de l'impôt, infrastructures, etc.) sont des protections. Toutes différences qui sont bien loin de disparaître un jour... Bref, les différences influant sur le commerce international ne sont pas que dans les marchés et les droits de douanes, loin de là. La "menace" joue bien plutôt comme un argument pour défendre un certain modèle idéologique.
Pour enfoncer le clou, on peut même dire que, dans le cadre fixé par ces structures éminemment différentes d'un pays à l'autre, s'obstiner à vouloir à tout prix une "concurrence libre et non faussée", c'est finalement accentuer les distorsions. "Car il n’y a pas moyen plus efficace de maximiser labrutalité des rencontres compétitives entre entités appartenant à des environnements structurels hétérogènes que de les plonger dans le faux level playing field [terrain de jeu applani, càd la concurrence non faussée] des marchés grands ouverts".
Bref, pour résumer : le protectionnisme ne menace pas ; il a toujours été là.
(Oui je sais, pour l'image, c'est facile...)
18:12 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : protectionnisme, frederic, lordon, economie, politique
15 février 2009
Du journalisme et des DOM-TOM...
Je reproduis ici une lettre ouverte, publiée par Acrimed, d'un collectif de journalistes martiniquais qui rien qu'en interpellant les journalistes métropolitains, fournit plus d'infos sur les raisons des mouvements actuels que la plupart des articles lus dans Le Monde ou Libération... Intéressante également par les questions qu'elle suscite, notamment sur notre vision de métropolitains vis-à-vis des DOM-TOM... (C'est moi qui souligne les passages en gras)
Chers confrères, chères consœurs,
Nous journalistes martiniquais vivons aujourd’hui une période agitée en ces temps de crise. Vous n’êtes pas sans savoir - ou peut-être si ?- que de nombreux problèmes autres que la crise récurrente du tourisme gangrènent ces départements d’outre-mer que vous qualifiez parfois de lointains : vie très chère (quatre fois supérieur à la métropole), chômage endémique (cinq fois supérieur à la métropole), inégalités sociales criantes, monopole racial détonant…
Et pourtant inexorablement votre couverture de l’actualité reste la même : Pas un mot (hormis quelques offs) après trois semaines de grève générale en Guadeloupe : pas une question au président de la république et finalement une couverture qui arrive très tardivement avec l’envoi du secrétaire d’état à l’outre-mer :Yves Jégo. Et quelle couverture !!!
Une fois de plus vous vous engouffrez dans les clichés : le coup dur porté à l’économie de ces îles déjà concurrencée par les îles voisines ou la main d’œuvre est meilleur marché et l’accueil bien meilleur (dixit Eric Zemmour dans l’émission « l’hebdo » sur France 0 : « on connait la rudesse légendaire de l’accueil aux Antilles ») et ces éternels marronniers sur les annulations des tours opérators.
Nous autres frappés de plein fouet par la réduction de nos personnels, par la précarisation de nos emplois, regardons avec envie les moyens que vous déployez en temps de crise (banlieue, hopitaux, industrie…) pour informer vos téléspectateurs, auditeurs, lecteurs. Le nombre de sujets, de déclinaisons, d’angles différents donnés à vos reportages. Vous êtes soucieux de donner la parole aux uns et aux autres, de faire des portraits, d’investiguer pour une couverture qui se veut la plus
objective possible.
Alors, nous sommes surpris que dans la situation très particulière dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, vous manquiez à ce point d’imagination. Peut-être parce que vous n’êtes pas sur le terrain ? Alors voici quelques suggestions d’angles si jamais vous voudriez vous intéresser autrement que par des clichés à nos réalités :
Concernant le tourisme :
Savez vous que bien avant le déclenchement de la mobilisation, la situation était déjà catastrophique dans le secteur hôtelier de Martinique ? Des sites prestigieux martiniquais sont liquidés, livrés à la spéculation immobilière, des centaines de salariés sont jetés à la rue parce que les spéculateurs choisissent de remplacer les hôtels par des résidences qu’ils vendent à des prix exorbitants que très peu de martiniquais peuvent s’offrir.
Avez-vous déjà essayé de faire le portrait d’une retraitée en Martinique qui touche 800 euros et qui doit acheter un yaourt : 4 euros 99 contre 1 euros 50 en métropole (la même marque) ?
Avez-vous mis une de vos équipes sur ce rapport détonant paru dans Le Monde sur les profits extraordinaires faits par les compagnies pétrolières aux Antilles ?
Sur le nombre de chômeurs : 25% (contre 8% dans l’hexagone) obligés eux aussi d’acheter des produits cinq fois plus chers qu’en France hexagonale avec les mêmes allocations, certains avec bac+5, 6, 7 qui ne trouve pas de travail en Martinique.
Sur les marges exorbitantes des distributeurs ?
Et il y en a des sujets à décliner !!! Embauche systématique de cadres européens au détriment des cadres locaux, bétonisation des terres, malaise social… Pourquoi pas un portrait de cet homme qui dirige le collectif à la tête de la grève en Guadeloupe, devenu un héros pour toute la population guadeloupéenne ? Qui est-il, d’où vient-il, pourquoi cette adhésion incroyable des Guadeloupéens de toutes classes à cette mobilisation ? Mais peut-être que tous ces sujets ne vous intéressent pas, ne font pas people dans vos JT ?
Alors laissez-nous finir en vous disant que nous autres journalistes martiniquais avons le sentiment que cette crise est bien plus profonde que tout ce que nous avons pu vivre précédemment. Que le documentaire de Canal Plus diffusé la semaine dernière sur les békés de la Martinique, une caste de blancs créoles qui vit en autarcie et qui détient une grande partie de l’économie et des terres en Martinique, a profondément remué et choqué nos compatriotes et nous-mêmes et qu’à l’évidence, il y a des blessures profondes qui se réveillent. Il se passe des choses qui méritent des analyses, des visions et des explications.
Nous essayons de faire notre métier d’information le plus justement possible mais nous n’avons aucune prise sur les médias nationaux. Vous seuls pouvez choisir les angles qui vous intéressent : la communication de Matignon (qui aujourd’hui craint plus que tout la contagion aux autres DOM et aux français de l’hexagone), les annulations des tours opérators ou alors vous pouvez traiter tout le reste. Si jamais ça vous intéresse !!!
Bien fraternellement
Un collectif de journalistes martiniquais
16:22 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, jego, sarkozy, martinique, guadeloupe, greve, generale
12 février 2009
L'université en lutte
Si vous n'êtes pas complètement sourds ou isolés, vous devez savoir qu'à l'Université, on n'est pas content. Non seulement les gauchistes habituels, mais aussi tous les autres, les mous, les juristes, ULM, les présidents, les extraterrestres matheux, et même les autres !Pourquoi qu'on est colère ? Si on écoute la radio (voilà des semaines que je n'ai pas regardé un jité), on saura que la réforme du statut des enseignants-chercheurs pose problème. Mais c'est loin d'être l'unique raison de notre colère. Il faut d'abord avoir en tête que les "réformes" que nous contestons sont, pour beaucoup, la conséquence logique de la LRU, contre laquelle nous protestions déjà l'an dernier. Cette année, la mobilisation a commencé par la "réforme" (destruction ?) des concours de recrutement du primaire et du secondaire (cf mon article sur ce sujet). A cela s'ajoutent le démantèlement des organismes de recherches (CNRS en tête), les "plans" "Campus" et "Licence" et le contrat doctoral unique, ainsi que la précarité de nombreux étudiants qui se voit aggravée par la modification des critères des bourses. Et comme dans tous les services publics aujourd'hui, la baisse de moyens humains et financiers, qu'il s'agisse de l'Université directement ou du CROUS. Evidemment, on pourra encore ajouter les nombreux attaques qui touchent à côté l'éducation de la maternelle au lycée : suppression des RASED, évaluation-bidon en CM2, "réforme" du lycée (abandonnée ?), casse du lycée professionnel et toujours, suppressions de postes purement comptables.
L'attaque est globale contre l'éducation en France. Ce qui transparaît, au-delà de la conception très "IIIe République" de l'enseignement qu'a notre gouvernement, c'est qu'en liant toutes ses "réformes", le fil conducteur est certainement celui, pathétique, de l'économie et de la lutte contre le service public. A chaque fois, la conséquence est la même : permettre, au détriment de l'avenir, de supprimer quelques postes par-ci, quelques postes par-là. Et c'est là qu'on atteint la stupidité rhétorique de notre président et de ses ministres. Combien de fois nous ont-il affirmé que l'avenir était celui de l'innovation et de la connaissance ? Que c'était par eux que nous sortirions la tête haute de la crise économique qui nous frappe ? Que l'éducation était la priorité absolue ? FOUTAISES ! Quel crédit d'ailleurs accorder à des hommes et des femmes qui ont érigé le mensonge en méthode de gouvernement ? Pour en revenir au sujet qui me concerne directement, l'enseignement supérieur et la recherche, prenez cinq minutes pour regarder cette vidéo qui place le discours de l'innommable face à la vérité. Quoique le plus impressionnant dans ce disoucrs n'était peut-être pas la multiplication des contre-vérités, mais bien le mépris dont fait preuve cet homme-là.
On le voit donc, les raisons de notre colère sont à la fois multiples et profonds (un peu plus que ne le laissent entendre les médias...) et il ne suffira pas qu'une médiatrice vienne apporter quelques modifications au décrét de notre très chère ministre pour que tout rentre dans l'ordre. N'ayant ni le temps, ni la capacité de développer toutes les raisons de notre colère, je vous renvoie vers d'autres articles, vidéos, etc. Autant de ressources qui vous permettront de mieux comprendre la crise qui se développe qu'en lisant les (très) partiels articles du Monde...
- Réforme des concours :
L'éducation au hachoir, 2e épisode : la réforme des concours
Sur la masterisation des concours de recrutement des enseignants
Greve contre la masterisation
Et la vidéo de Sauvons l'Université
- Sur la réforme du statut des enseignants-chercheurs :
Trois profs de droit analysent le projet
- Sur le buget :
Budget 2009, toujours moins
- Sur le "plan Licence" :
Communiqué de SLU
Analyse et propositions
Bref. Ce ne sont que quelques liens parmi tant d'autres. Pour ceux qui veulent approfondir la question, je vous conseille quelques sites : ceux de Sauvons l'Université et de Sauvons la Recherche, le site Universités et Universitaires en lutte, ainsi que le blog du journaliste de Libération Sylvestre Huet.

10:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, darcos, pecresse, universite, masterisation, politique
15 décembre 2008
L'éducation au hachoir, 2e épisode : la réforme des concours
On a beaucoup parlé de la réforme du lycée, et d'abord celle de la classe de seconde, que préparait Xavier Darcos. Pour l'instant, il recule. L'application devrait au moins être repoussée d'un an, peut-être même y aura-t-il enfin une vraie discussion autour de ce projet, impliquant les enseignants. Il y a une autre réforme d'importance qui concerne les lycées, mais aussi les collèges, le primaire et même l'enseignement supérieur, c'est celle des concours de recrutement des enseignants. La « masterisation ».
En quoi ça consiste ? Il s'agit d'intégrer l'ensemble de la formation des enseignants du primaire et du secondaire dans des formations universitaires de niveau master (bac+5). Dans la rhétorique du ministère, cette réforme vise plusieurs objectifs : donner un diplôme à ceux qui suivent la formation, qu'ils obtiennent ou non le concours (celui de professeur des écoles ou le CAPES) et permettre ainsi à ceux qui échouent de se réorienter (aujourd'hui, la formation assurée par les IUFM ne délivre pas de diplôme) ; améliorer la formation des enseignants en leur rajoutant deux ans d'études (aujourd'hui les concours sont de niveau licence, bac+3) ; revaloriser le métier d'enseignant par une augmentation de salaires liés au passage à bac+5.
Il y a dans ces arguments beaucoup de vent. Pour ce qui est de l'allongement de la durée d'étude, c'est tout simplement faux. Car à la licence, il faut ajouter l'année de préparation du concours et celle de stage prévue après le concours. Et la plupart de ceux qui obtiennent le CAPES ont aujourd'hui fait un M1. Ils font donc 5 ou 6 ans d'étude entre le bac et la titularisation. L'année de stage étant supprimée, la durée qui s'allonge est celle avant d'être rémunéré. Ce qui aura des conséquences sur l'origine sociale des candidats et, bien sûr, sur leur formation.
La formation des enseignants ne sera pas non plus de meilleure qualité. L'année de stage est supprimée, remplacée par des stages courts au fil du master. Ensuite, ces nouveaux master doivent intégrer beaucoup, beaucoup de choses : préparation à l'épreuve écrite, appronfondissement de la discipline (et éventuellement préparation de l'agrégation), stages, formation didactique et, cerise sur le gâteau, formation à la recherche (ben oui, cette nouvelle organisation fera fuir les master recherches), tout en étant capable d'orienter vers autre chose que l'enseignement en cas d'échec au concours. Ah ben tiens. On n'avait jamais pensé à faire un master après lequel tout soit possible, enseignement, recherche et plus si affinité ! Si on rentre dans le détail, on relève aussi quelques éléments qui font douter de la qualité de la formation des futurs enseignants. Ainsi, il n'y aura plus de programme pour le CAPES, il faudra se contenter de connaître le programme du secondaire... Une autre perle : le CAPES de langue ne contiendra plus d'épreuve orale de langue !
Pour ce qui est de la réorientation en cas d'échec au concours, il est effectivement vrai que c'est un gros problème aujourd'hui, sachant que les reçus sont toujours minoritaires. Mais quelles portes ouvriront des masters « enseignement » ? Certains iront peut-être dans le privé, dans la formation professionnelle, mais toutes les disciplines ne sont pas concernées au même niveau, et de toute façon, ils ne seront qu'une minorité. Il y aura donc un vivier de titulaire du master mais non reçus au concours. Voilà qui fournira une excellente main d'œuvre pour travailler comme contractuel dans l'Education Nationale ! Certains y voient même la disparition programmée des concours, et des professeurs fonctionnaires... Surtout dans une dynamique de non remplacements de départs en retraite, donc, de diminution des postes ouverts au concours.
Enfin, comme beaucoup de réformes aujourd'hui, et notamment celles qui concernent l'enseignement, elle est choquante dans la méthode de mise en oeuvre. Aucune réelle concertation avec les principaux concernés : enseignants, formateurs des IUFM, universitaires, étudiants... Un flou artistique maintenu pendant un certain temps, puis les annonces, elle-même encore assez peu précise, assortie d'un calendrier qui empêche toute discussion, toute négociation et, espèrent-ils, toute protestation. Ainsi, les universités ont appris mi-octobre qu'elles avaient jusqu'au 31 décembre pour envoyer la maquette de ce nouveau master miraculeux. Pour application dès la rentrée prochaine. La date a été repoussé à la mi-février. L'application à la rentrée prochaine pose aussi de sérieux problèmes. Que feront ceux qui préparent les concours cette année et échoueront ? Ils n'auront qu'à recommencer le master à zéro ! Et ceux qui, actuellement en M1, envisagaient de préparer le CAPES l'an prochain ? Si rien ne change, ils devront soit préparer l'écrit en trois mois (il est programmé en janvier) soit recommencer, eux aussi, le master à zéro. Quand la question a été posée au ministère, il a répondu que c'était une bonne remarque, qu'il allait y réfléchir...
Face à ça, plus silencieusement que les lycéens, les personnels des universités se mobilisent. De nombreux UFR ont décidé de ne pas présenter de maquette afin d'enrayer l'application de la réforme et pousser la ministre à un moratoire pour renégocier le contenu de la réforme. Et si rien ne bouge, ce sera peut-être bientôt la grève administrative. Pour tous ceux qui se sentent concerné, une pétition est à signer sur le site du collectif « Sauvons l'Université ». C'est un combat dont l'enjeu est énorme et qui manque cruellement de visibilité, de présence médiatique. Amis blogueurs de gauche qui me lisaient, parlez-en, faites circuler la pétition, c'est urgent ! Et pour approfondir, je vous conseille l'excellent, mais un peu long, texte de Alexis Grelois.
Edit :
j'ai trouvé une vidéo réalisée par SLU qui explique bien les enjeux de cette réforme. A faire circuler !
19:29 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : masterisation, capes, concours, professeur, recrutement, darcos, politique
14 décembre 2008
Pourquoi j'ai quitté le PS
Comme je l'ai dit dans ma dernière note, j'ai quitté le PS. J'ai envoyé un mail au secrétaire de la section hérouvillaise pour lui expliquer mon choix. Comme c'est un peu plus détaillé, mieux présenté, je la reproduit ici.
J'avais fait le choix du PS pour plusieurs raisons. D'abord par défaut. Parce que, pour répondre à mes convictions et mon envie d'action, il ne me semblait pas y avoir d'autre lieu existant en France. A côté d'une gauche balkanisée, je pensais que la seule possibilité était d'essayer de renforcer le PS tout en le « gauchisant ». C'est aussi la deuxième raison qui m'a fait adhérer à ce moment. Deux jours avant la date limite pour participer au Congrès de Reims. J'espérais qu'il serait possible de réorienter la ligne idéologique du PS, c'est pourquoi j'avais de l'enthousiasme à soutenir la motion « Un monde d'avance ». Enfin, la vivacité, l'intelligence et la richesse que j'avais côtoyés dans la campagne municipale à Hérouville-Saint-Clair me laissait voir, localement, un manière séduisante de faire de la politique. Bref, je venais avec une envie d'agir, mais sans illusion par rapport au PS lui-même.
Aujourd'hui, je m'en vais. Pour la gauche balkanisée, les choses ne se sont par arrangées, mais j'ai cessé de croire que l'alternative sociale pourrait venir du PS. Revenir au pouvoir, il le peut sûrement... mais pour en faire quoi ? Je n'y crois plus. Et le Congrès a participé à désenchanter ce qui pouvait encore l'être. Le faible score de la motion de Benoît Hamon d'abord. L'unité me laissait espérer, en vain, un bien meilleur score. L'attitude irresponsable, ridicule, égocentrique de nombre des dirigeants nationaux ensuite, surtout après le résultat serré entre Martine Aubry et Ségolène Royal. Militer, distribuer des tracts... pour faire élire ces gens-là ? Très peu pour moi ! Et je sais aussi qu'un des points où je diverge fondamentalement avec la position majoritaire de ce parti, c'est la question européenne. Et la prochaine campagne, c'est justement celle des européennes. Le PSE, avec le soutien d'enthousiaste de la nouvelle première secrétaire, vient d'adopter un programme pour ces élections. On ne peut pas faire plus hypocrite : prétendre rompre avec la direction actuelle de l'Union pour faire une Europe démocratique et sociale en décidant de ne pas présenter de candidat contre le président sortant de la commission, Barroso, c'est nous prendre pour des cons ! Enfin, quant à l'action de la section locale, la déception fut également de taille. Sûrement la campagne fut-elle éprouvante, sûrement la défaite fut-elle choquante. N'empêche qu'on ne fait rien. Moi pas plus que les autres, j'en suis bien conscient. Discussions ronronnantes en réunion de section, distribution de tract. Et c'est à peu près tout. Ne pourrait-on pas attendre plus d'ambition de la part d'une section qui compte plusieurs dizaines de militants, peut-être une bonne centaine ? Si au moins on avait su donner naissance à l'association dont nous parlions après la campagne, qui devait unir les forces de la gauche hérouvillaise pour mener des actions conjointes. Même pas. Je n'accuse personne en particulier ici. C'est le fonctionnement du groupe qui est en cause.
Ce n'est pas un choix si facile à faire. En quelques mois avec vous, j'ai eu le temps d'apprendre à apprécier un certain nombre de camarades. Nous avons discuté, débattu, critique, espéré ensemble, ri ensemble. Mais je ne me sens plus à ma place au Parti Socialiste. Alors je rend ma carte. Je reste néanmoins prêt à agir avec vous sur certaines campagnes. Je pense notamment aux combats qui suivront les européennes. Il faudra toutes les énergies pour battre Thomas, aux municipales comme, peut-être, aux cantonales. Et si, par miracle, une association transpartisane voyait finalement le jour pour unir la gauche hérouvillaise, j'en serais. Je me réjouis quand même de ta désignation comme secrétaire de section et de celle de Damien à la fédération. Peut-être sauras-tu faire mentir mon jugement sur la mollesse de la section socialiste ! Je te souhaite beaucoup de courage pour le travail qui t'attend. Je ne te demande qu'une chose : salues les camarades de ma part, et notamment ceux qui ont soutenu la motion C, et expliques-leur ma décision.
12:49 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : politique, parti, socialiste, ps, segolene, royal, martine
02 décembre 2008
C'est fini !
Je n'y crois plus. Si tant est que j'y ai cru. Le PS se passera de moi.
Il y a quelques jours, j'écrivais ceci :
Ce congrès m'amène donc à me poser des questions sur mon engagement. Pourquoi suis-je au PS ? J'y étais venu un peu par défaut, parce que, aujourd'hui, le PS est la seule organisation capable de peser dans la sphère politique. De ce point de vue là, l'évolution de l'autre gauche m'ouvre peu de perspectives immédiates. J'ai bien signé l'appel de Politis, mais sans vraiment y croire. Je voulais aussi participer à ce congrès, dans l'espoir que le PS se "gauchise". C'était vain, on vient de le voir. Enfin, c'était aussi pour moi un engagement local, dans une ville de gauche où règne un maire de droite. C'est là peut-être que je suis le plus déçu.
Rien de concret, rien d'ambitieux. Après la défaite assez inattendue de la liste d'union de la gauche, nous parlions de créer une association regroupant les différentes forces de la gauche locale, pour permettre à des citoyens non encartés de militer à nos côtés sans s'engager dans un parti, pour rester en contact permanent. Rien n'a été fait. Et le PS, première force d'opposition, pourtant forte d'une bonne centaine de militants, ne fait rien. Nous ne faisons rien d'ambitieux. Tout le monde était d'accord sur la nécessité de publier un papier régulier. Pourtant, au dernier comité de rédaction, nous n'étions que trois. Et à part ça, il n'y a que réunions de sections et quelques coups de fils ou mail pour venir chercher les tracts à distribuer. On n'organise aucun moment de débat ou d'information dans la ville. D'ailleurs, c'est à peine si on débat en section ! La campagne aurait pourtant pu nous montrer ce qu'était une activité politique présente et ambitieuse... Je ne vise personne en disant ça, c'est l'organisation qui est molle, et moi-même je n'ai pas pris la parole pour réclamer qu'on travaille plus. Je constate seulement.
Bref, je me pose donc toujours la question de mon engagement. Ai-je fait le bon choix en rejoignant le PS ? Et dois-je y rester ? La question est pour moi bien ouverte. Je ne suis pas sûr d'être ici à ma place. Il est à peu près certain que s'il existait une réelle dynamique unitaire à gauche du PS, je me lancerai dans l'aventure. J'en reparlerai plus tard. Il n'y a rien, donc je ne sais pas quoi faire. Finalement, c'est assez simple !
Effectivement, c'est simple. Rien ne me retient. Je m'en vais, vers d'autres horizons politiques, plus incertains. Participer à d'autres choses, d'autres tentatives, tenter de m'impliquer dans l'effort de configuration de la "gauche de gauche". Et je repose à plat, remet en question quelques menues certitudes assoupies au fond de mon esprit.
Bref, je vais de nouveau théoriser en rond sur ce blog ! M'en fout, c'est pour ça qu'il est là !
00:31 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : socialiste, congres, ps, parti, politique
15 novembre 2008
L'éducation au hachoir
Darcos réforme l'éducation, au hachoir. Je suis un peu concerné par plusieurs des réformes qu'il met en place, je reviendrai donc un peu là dessus. Pour l'instant, juste un petit bout de son. Sur France Culture : quatre petites minutes pour comprendre ce que sont les RASED et la menace qui leur pèse dessus. Trouvée sur le site sauvons l'école publique.
La pétition est ici, avec près de 150 000 signatures...
19:19 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, reforme, education, darcos, rased
13 novembre 2008
C'est quoi un congrès socialiste ?
Pour comprendre le fonctionnement d'un congrès socialiste, Olivier Duhamel fait sa leçon sur France Culture :
10:21 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, parti, socialiste, ps, congres
03 novembre 2008
Former les militants
Comme tous les militants socialistes, j'ai reçu la semaine dernière le rapport d'activité du PS dans ma boîte. Comme (presque) tous les militants socialistes, je ne l'ai pas lu. Sauf la partie concernant l'activité de formation, placée sous la tutelle d'Henri Weber. J'avoue que c'est assez déprimant. Derrière l'enrobage, on voit le vide de l'action du PS sur cette question. Ce que semble confirmer Julien Dray dans l'entretien qu'il a passé avec quelques blogueurs (voir la liste des billets qui en ont résulté chez Nicolas J.). Hervé Nowak écrit : "Il nous explique que la formation populaire doit être replacée au cœur des préoccupations, il est lassant de voir évoluer une classe politique élitiste qui confisque le savoir, car au fond, que serait l’humanité sans cette transmission du savoir."
Pourquoi je m'intéresse à cette question ? Parce qu'elle me semble d'être d'une importance non négligeable et pourtant négligée dans la lutte des socialistes contre un ordre social inégalitaire. Elle est d'ailleurs au centre de mes recherches de master 1 (je travaille sur la formation des militants du PCF dans la période de la guerre froide, j'y reviendrais peut-être un de ces jours). J'aimerais revenir sur deux points qui me semblent plaider dans le sens de l'affirmation de Dray.
J'écrivais ceci il y a quelques mois (dans un article repis par Libération, quand même !) :
Le deuxième axe [en parallèle du travail de réflexion idéologique] de ce qui devrait être l’action du Parti Socialiste est donc le travail de popularisation des valeurs, des thèmes et in fine des solutions des socialistes. Travail qui devrait être bien plus ambitieux, bien plus profond qu’une simple campagne électorale, essentiellement télévisée. Car comme je le disais plus haut, pour espérer avoir les moyens de mettre en place une politique socialiste, il faut vraiment convaincre la population. C’est donc sur le terrain idéologique que la propagande (acceptons le mot dans sa définition non totalitaire : travail de communication en vue de convaincre sur un terrain politique) doit jouer. On sait tous que la télévision, et la plupart de médias de manière générale, se prêtent mal à de longs débats ou argumentaires. Je pense que pour convaincre il faut réellement aller vers les gens. C’est d’un travail de terrain que pourra émerger une France socialiste. Comment faire ? Là encore, je n’ai pas de réponse toute faite. Le PS est lié à un grand nombre d’associations de terrain, il y a sûrement quelque chose à faire de ce réseau. Ensuite, il faut utiliser au mieux le réseau des militants. Pour organiser des diffusions de tracts, des journaux locaux (qui traitent à la fois des enjeux locaux et nationaux)… Et surtout organiser des réunions, dans les entreprises, dans les quartiers pour (re)créer un lien avec les couches populaires (ah, que je n’aime pas cette expression !) et le Parti. Ce qui nécessite de revaloriser la place des militants dans le Parti. Bref, il faut faire du PS un parti de militants et non de notables. Et peut-être un jour un parti de masse. C’est par un tel travail de longue haleine, en ressassant parfois certains thèmes, en convaincant pied par pied qu’on construira quelque chose de durable. Renforcer le lien entre le Parti et le peuple passe aussi par une meilleure écoute qui fasse remonter les revendications populaires jusqu’aux débats idéologiques, une écoute qui soit aussi une forme de conseil aux personnes en situation difficile (comme parfois les syndicats au sein de entreprises) et donc une écoute créatrice de confiance…
Premier point. La formation des militants doit être un des éléments centraux pour répondre à cet objectif. D'abord pour convaincre les militants socialistes (et pourquoi pas les écouter ?). Ensuite pour leur donner de réels outils politiques pour débattre, argumenter, convaincre. Au quotidien comme dans des réunions publiques, par la rédaction de papiers locaux ou tout autre action militante. Parce que seuls les militants pourront remplir cette tâche de construire une France socialiste. Ce travail de formation ne doit donc pas seulement concerner les cadres du parti, mais être proposé à tous les militants, à l'échelle de la section si c'est possible, en regroupant plusieurs sections sinon. Déjà le cadre fédéral me paraît trop large et trop centralisé pour être pertinent. Nous prônons la décentralisation, appliquons la. Et alors, les convictions transmises aux militants par ces formations feront tâche d'huile.
Deuxième point. Sans faire preuve d'un ouvriérisme comparable à celui du PCF il y a quelques années, j'assigne aussi à ce travail de formation un objectif social. Celui de permettre à d'autres que des énarques, des universitaires, des prof, des médecins, de prendre des reponsabilités dans le parti. Ou d'exercer des mandats locaux ou nationaux. Ne nous leurrons pas, une rapide analyse sociologique des élus , des candidats et même des cadres socialistes suffirait, j'en suis persuadé, à convaincre qu'entre nos discours et nos actes, il y a un fossé à combler. Il faut donc construire une offre éducative qui soit pertinente pour des gens qui n'ont pas pu, ou n'ont pas voulu quand c'était possible, poursuivre des études supérieures, voire secondaires (au moins le lycée). Avec tous les reproches qu'on peut légitimement lui faire, le système éducatif mis en place par le PCF avait au moins cette qualité à mes yeux essentiels : elle a permis à des ouvriers de passer de l'usine aux mairies, conseils généraux, et même à l'Assemble Nationale, au Sénat et jusqu'à quelques ministères. Des gens qui ont démontré qu'on pouvait être issu de milieux populaires et exercer avec qualité des mandats électifs, des exemples en quelques sorte ; des gens, aussi, qui ont apporté dans l'exercice de leurs fonctions un regard radicalement différent de celui qui n'a connu que l'ENA et le pouvoir, par leur expérience infiniment différente de la société. A nous de reprende le flambeau, de l'adapter à une société qui a évolué, de l'élargir à toutes les catégories maintenues dans une infériorité politique. A nous de lui donner une dimension encore plus ambitieuse. Il me semble tenir là un des éléments d'une perspective révolutionnaire de renversement et d'équilibrage de l'ordre politique. Nous critiquons la reproduction des élites, luttons contre elle !
14:42 Publié dans Réflexions politiques | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : politique, formation, militant, parti, socialiste, communiste, ps
28 octobre 2008
Contretemps
Découvert via le blog de Clémentine Autain, le site de la revue Contretemps. En même temps que le site, je découvre la revue.
Alors, c'est quoi ? Voici la présentation que l'on trouvera sur le site :
"La revue Contretemps, fondée en par le philosophe Daniel Bensaïd en 2001, est une publication indépendante, clairement engagée dans la mouvance anticapitaliste, qui fait le pari de la combinaison de la réflexion et de l’action, de la recherche et de l’engagement. Dans le cadre d’une nouvelle formule, la revue papier sera dorénavant éditée chez l'alter-éditeur Syllepse.
Le lancement du site Internet de la revue Contretemps est plus qu'une simple extension de la revue papier. Ce site a pour ambition de devenir un équivalent radical, dans la mouvance anticapitaliste, des sites de réflexion et d’analyse récemment apparus dans le sillage des think-tanks de la droite libérale ou de la social-démocratie, pour leur disputer le terrain des idées."
En gros, la revue semble assez proche de la LCR, ce qui est logique, étant donné que son fondateur en est un membre éminent. Comme je n'ai pas grand chose à reprocher à la ligue, je n'y vois pas d'inconvénient. Surtout que les articles vont bien au-delà de cette dimension et sont, ceux que j'ai lu au moins, foutrement intéressants ! Quelques articles alléchant parmi la poignée de contributions mises en ligne : La gauche et la "question noire" - Entretien avec Pap Ndiaye ; Capitalisme(s) du XXIe siècle ; L'avenir des mouvements ouvriers. Et encore quelques petites choses...
En premier plan surtout, on verra un entretien entre le sociologue Luc Boltansky et le facteur Olivier Besancennot. Comme c'est filmé, ça ravira les plus fainéants que rebutent de longs articles... Je vous mets ici une des cinq vidéos. Pour mirer la suite, il faudra aller là-bas...
Je vois donc ça comme un espace de réflexion supplémentaire sur le web. Prometteur. Un seul reproche, il y a peu d'articles pour l'instant. J'espère que ça se ramplira rapidement. En tout cas, cela donne envie d'acheter le numéro papier de janvier prochain !
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