29 mars 2008

Rénover : dans quelle direction ?

221151393.jpgDepuis maintenant quelques mois, l’affaire est entendue : il faut rénover le Parti Socialiste. Tout le monde s’accorde sur ce point. Il faut rénover le Parti Socialiste. Bien. Mais le point essentiel n’est pas en réalité de savoir si le Parti doit se rénover ou non, ce qui compte c’est de savoir quel doit être le contenu de cette rénovation. A en croire bon nombre d’éditorialistes, le Parti doit se moderniser. Ce qui en général signifie changer d’alliance et/ou de leader. Abandonner un PCF jugé « archaïque » et préférer le MoDem. Sans qu’on sache bien d’ailleurs ce qu’est aujourd’hui le MoDem. Pour beaucoup, il s’agirait aussi essentiellement d’un problème de leadership. C’est en tout cas ce qui ressort à la lecture de la plupart des journaux : on n’y lit aucune analyse de fond, seulement des estimations sur les éventuels-peut-être-pourquoi-pas-un-jour-futurs-candidats au poste de premier secrétaire à l’automne et à l’Elysée en 2012.

Je crois qu’on se trompe dans la définition du problème. Car savoir qui sera le meilleur candidat pour 2012 n’est pas d’une grande utilité dans une optique de long terme. En se focalisant sur les questions de personnes, on risque de ne penser qu’en termes d’image et non de fond. C’est une vision néfaste de la politique et de la démocratie. C’est croire que l’électeur est abruti et ne choisit que sur des questions superficielles, ce qui n’est pas complètement faux, mais c’est surtout croire qu’il ne peut en être autrement. Sarkozy n’a pas convaincu que la politique qu’il comptait mettre en place serait bonne. Il a raconté une histoire, fait croire et rêver l’électeur. C’est pourquoi aujourd’hui il déçoit. Etre réellement socialiste ne saurait être compatible avec une telle conception de la politique. Car c’est aussi être antidémocrate que de raisonner ainsi : il s’agirait de convaincre par des techniques de marketing de porter telle ou telle personne au pouvoir, en sachant très bien que ce n’est pas pour une politique que l’électeur se prononce… Bref, on ne doit pas concevoir la politique qu’en termes de pouvoir. L’essentiel n’est pas que ce soit le candidat du PS qui soit élu en 2012 à l’Elysée. Non. L’essentiel c’est la politique qu’un tel président mettra en place et c’est que l’électeur ait choisi cette politique en connaissance de cause parce qu’on l’aura convaincu. C’est la seule solution pour pouvoir mettre en place une réelle politique socialiste, car c’est en convaincant vraiment, sur les solutions politiques, que le pouvoir restera suffisamment longtemps aux socialistes afin qu’ils puissent apporter des solutions innovantes, sociales, humaines aux défis du siècle. Si le débat ne porte que sur « quel candidat sera le mieux placé pour vaincre Sarkozy en 2012 », une chose est certaine, c’est qu’en quelques mois, les Français seront déçu d’un choix qu’il n’auront fait qu’à moitié. Comme en 1981, comme en 1995, comme en 2002, comme en 2007… Non, l’effort du Parti Socialiste doit avant tout se porter dans deux directions. D’abord une rénovation idéologique. Ensuite une popularisation des thèmes et des solutions socialistes.

La réflexion idéologique d’abord. Il faut commencer par se retrouver autour des valeurs qui seront le fondement d’une doctrine socialiste. Pour moi, ces valeurs s’articulent autour d’une recherche de l’émancipation et la libération de la personne humaine. Dans une vision de l’homme qui considère l’égalité des individus, quels que soient leur sexe, leur âge, leur origine, leur nationalité, leur parcours, leur religion, tout en la conjuguant avec l’unicité des ces mêmes individus. Enfin, un corps de valeur qui voit le genre humain non comme une somme d’individus mais comme un corps social qui se doit d’être solidaire. En résumé : émancipation humaine, égalité, solidarité… et ce à tous les niveaux : local, national, européen international. A ces valeurs traditionnelles de la gauche socialiste, il faut aujourd’hui ajouter l’exigence écologique : le pragmatisme nous obligerait déjà à ne pas détruire plus notre unique milieu vital, mais les valeurs déjà citées nous dictent de ne pas forcer nos descendant à vivre dans une porcherie infernale. Il faudra ensuite concevoir des solutions politiques concrètes et réalistes, globales et ambitieuses, qui permettent d’imaginer puis de réaliser une évolution de la société afin de répondre au mieux aux exigences de ces valeurs fondamentales. Je ne connais pas ces solutions bien sûr (même si j’ai quelques idées, je les développerai dans un autre texte, ici ce n’est pas le sujet). C’est justement là que doit intervenir le Parti. Parce que se mettre grosso modo d’accord sur les valeurs que nous voulons défendre n’est pas bien compliqué (encore que…). L’étape difficile c’est de traduire cette volonté en force de proposition. Et justement, le PS compte en son sein de nombreux intellectuels compétents. Et encore bien d’autres sont des « compagnons de routes ». Economistes, sociologues philosophes, politologues, historiens, urbanistes, géographes… et sûrement des biologistes (écologues de préférence). Pourquoi ne pas mettre à profit ce vivier d’intellectuels, qui ne demande sûrement pas mieux, pour imaginer  ces solutions ? Pas pour tirer un trait sur tout ce que les socialistes ont pu penser depuis un siècle. Non, pour adapter, innover à partir de ces différentes idées et construire un projet cohérent et réellement socialiste qui réponde à la situation qui est celle de la France, mais aussi de l’Europe et du monde, aujourd’hui. Des solutions qui devront dans le même temps se confronter aux débats avec les militants et à un aller-retour de discussions avec la population. Discussions organisées dans le cadre d’un travail de terrain qui doit former selon moi le deuxième axe de l’action future de Parti Socialiste.

Le deuxième axe de ce qui devrait être l’action du Parti Socialiste est donc le travail de popularisation des valeurs, des thèmes et in fine des solutions des socialistes. Travail qui devrait être bien plus ambitieux, bien plus profond qu’une simple campagne électorale, essentiellement télévisée. Car comme je le disais plus haut, pour espérer avoir les moyens de mettre en place une politique socialiste, il faut vraiment convaincre la population. C’est donc sur le terrain idéologique que la propagande (acceptons le mot dans sa définition non totalitaire : travail de communication en vue de convaincre sur un terrain politique) doit jouer. On sait tous que la télévision, et la plupart de médias de manière générale, se prêtent mal à de longs débats ou argumentaires. Je pense que pour convaincre il faut réellement aller vers les gens. C’est d’un travail de terrain que pourra émerger une France socialiste. Comment faire ? Là encore, je n’ai pas de réponse toute faite. Le PS est lié à un grand nombre d’associations de terrain, il y a sûrement quelque chose à faire de ce réseau. Ensuite, il faut utiliser au mieux le réseau des militants. Pour organiser des diffusions de tracts, des journaux locaux (qui traitent à la fois des enjeux locaux et nationaux)… Et surtout organiser des réunions, dans les entreprises, dans les quartiers pour (re)créer un lien avec les couches populaires (ah, que je n’aime pas cette expression !) et le Parti. Ce qui nécessite de revaloriser la place des militants dans le Parti. Bref, il faut faire du PS un parti de militants et non de notables. Et peut-être un jour un parti de masse. C’est par un tel travail de longue haleine, en ressassant parfois certains thèmes, en convaincant pied par pied qu’on construira quelque chose de durable. Renforcer le lien entre le Parti et le peuple passe aussi par une meilleure écoute qui fasse remonter les revendications populaires jusqu’aux débats idéologiques, une écoute qui soit aussi une forme de conseil aux personnes en situation difficile (comme parfois les syndicats au sein de entreprises) et donc une écoute créatrice de confiance

Finalement, c’est l’hégémonie idéologique que nous devons chercher car l’hégémonie idéologique ne pourra amener  à long terme que la victoire politique, et si le travail préparatoire idéologique a été bien mené, celle-ci amènera à son tour la victoire sociale.

 

 

(Ce texte a été concocté à l'intention du tout jeune blog coopératif Congrès Socialiste par les militant(e)s. C'est pourquoi je répète en développant ce que je disais déjà dans ma note Rénover ?. Je le publie ici car il développe et clarifie ce premier jet et pour qu'il figure sur le portail Cozop)

 

 

16 mars 2008

Rénover ?

Paraîtrait qu'il faut rénover le PS. Si vous n'êtes pas au courant, c'est comme pour le pouvoir d'achat, c'est que vous ne vivez pas sur la même planète que moi.

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Alors c'est quoi rénover ? Sur la forme, le fond, la stratégie...?
Pour beaucoup de commentateurs, derrière une exigence de renouveau sur le fond, c'est surtout une évolution sur la stratégie qui est nécessaire. Il serait temps que "le PS se débarrasse de ses archaïsmes gauchistes" , nous dit-on, pour se tendre tout entier vers le centre. La modernité contre le conservatisme.

Je pense que c'est mal poser le problème. Car il faut voir plus loin que l'exercice du pouvoir. La question première devrait être celle qui se pose depuis Tchernychevski puis Lénine... "Que faire ? [.pdf]". Que faire pour répondre à l'éternelle "question sociale" ? Et donc finalement, et surtout, que faire du pouvoir ?
J'écrivais il y a quelques jours : "la question centrale de sa rénovation [est] : comment répartir les richesses dans un monde fini ?". C'est une question qui dépasse les réflexions politiques et philosophiques car elle suppose des interrogations "scientifiques". De la part aussi bien des économistes que des écologues pour imaginer une nouvelle manière de produire des richesses qui prenne en compte les limites de notre présence sur terre, avec en parallèle des réflexions de sociologues, de philosophes et, encore une fois, d'économistes, sur la meilleure manière de redistribuer les richesses et sur la fameuse question du "vivre ensemble". Le camp socialiste est riche d'universitaires et d'intellectuels. Qu'il les interroge donc. Il y aura nécessairement plusieurs réponses. Il faudra trancher sur le fondements des valeurs et des objectifs de long terme.

Cette profonde réflexion doit s'accompagner d'un travail pédagogique. C'est pour moi bien plus important que tous les accords de partis, les concessions sans fondements idéologiques pour tenter de raccrocher tel ou tel "électorat". On s'adresse aux électeurs par en haut, c'est-à-dire à travers ceux pour qui ils ont voté précédemment. Il faut s'adresser aux citoyens directement, et au-delà des périodes électorales. Ce doit être un travail de longue haleine : diffuser en les expliquant les thèses socialistes. Et autrement que par l'intermédiaire des médias traditionnels ou d'internet. On montre souvent comme obstacle à une rénovation du PS son implantation locale et ses notables. Faisons en une force. Utilisons les pour faire ce travail pédagogique. Un vrai travail de terrain. Organiser des réunions dans les quartiers, distribuer des tracts pédagogiques, à travers les élus locaux quand il y en a, à travers les sections d'oppositions sinon. A travers aussi certains tissus associatifs denses et proches des socialistes. Il y a vingt ans, c'était le PCF qui s'y collait, et le PS qui récoltait. Aujourd'hui, le PCF est très diminué et le PS n'a pas pris le relais.
Si le PS veut pouvoir occuper le pouvoir sur le long terme, et ne pas devoir faire de concessions une fois élu, il doit imposer son hégémonie sur le terrain idéologique. Et cela, seul un véritable travail d'éducation populaire pourra le permettre. Et parce que la presse écrite n'est que le lot de certains et la télé ne peut véhiculer que des messages simplistes, ce doit être une éducation populaire au corps à corps.

Convainquons chaque citoyen sur l'importance du partage, du vivre ensemble, etc... et le marketing politique ne deviendra qu'un gadget.