15 février 2009

Du journalisme et des DOM-TOM...

2009_12_15_saint_valentin_guadeloupe.jpgJe reproduis ici une lettre ouverte, publiée par Acrimed, d'un collectif de journalistes martiniquais qui rien qu'en interpellant les journalistes métropolitains, fournit plus d'infos sur les raisons des mouvements actuels que la plupart des articles lus dans Le Monde ou Libération... Intéressante également par les questions qu'elle suscite, notamment sur notre vision de métropolitains vis-à-vis des DOM-TOM... (C'est moi qui souligne les passages en gras)









Lettre ouverte à nos confrères de la presse nationale

 

Chers confrères, chères consœurs,

Nous journalistes martiniquais vivons aujourd’hui une période agitée en ces temps de crise. Vous n’êtes pas sans savoir - ou peut-être si ?- que de nombreux problèmes autres que la crise récurrente du tourisme gangrènent ces départements d’outre-mer que vous qualifiez parfois de lointains : vie très chère (quatre fois supérieur à la métropole), chômage endémique (cinq fois supérieur à la métropole), inégalités sociales criantes, monopole racial détonant…

Et pourtant inexorablement votre couverture de l’actualité reste la même : Pas un mot (hormis quelques offs) après trois semaines de grève générale en Guadeloupe : pas une question au président de la république et finalement une couverture qui arrive très tardivement avec l’envoi du secrétaire d’état à l’outre-mer :Yves Jégo. Et quelle couverture !!!

Une fois de plus vous vous engouffrez dans les clichés : le coup dur porté à l’économie de ces îles déjà concurrencée par les îles voisines ou la main d’œuvre est meilleur marché et l’accueil bien meilleur (dixit Eric Zemmour dans l’émission « l’hebdo » sur France 0 : « on connait la rudesse légendaire de l’accueil aux Antilles ») et ces éternels marronniers sur les annulations des tours opérators.

Nous autres frappés de plein fouet par la réduction de nos personnels, par la précarisation de nos emplois, regardons avec envie les moyens que vous déployez en temps de crise (banlieue, hopitaux, industrie…) pour informer vos téléspectateurs, auditeurs, lecteurs. Le nombre de sujets, de déclinaisons, d’angles différents donnés à vos reportages. Vous êtes soucieux de donner la parole aux uns et aux autres, de faire des portraits, d’investiguer pour une couverture qui se veut la plus
objective possible.

Alors, nous sommes surpris que dans la situation très particulière dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, vous manquiez à ce point d’imagination. Peut-être parce que vous n’êtes pas sur le terrain ? Alors voici quelques suggestions d’angles si jamais vous voudriez vous intéresser autrement que par des clichés à nos réalités :

Concernant le tourisme :

Savez vous que bien avant le déclenchement de la mobilisation, la situation était déjà catastrophique dans le secteur hôtelier de Martinique ? Des sites prestigieux martiniquais sont liquidés, livrés à la spéculation immobilière, des centaines de salariés sont jetés à la rue parce que les spéculateurs choisissent de remplacer les hôtels par des résidences qu’ils vendent à des prix exorbitants que très peu de martiniquais peuvent s’offrir.

Avez-vous déjà essayé de faire le portrait d’une retraitée en Martinique qui touche 800 euros et qui doit acheter un yaourt : 4 euros 99 contre 1 euros 50 en métropole (la même marque) ?

Avez-vous mis une de vos équipes sur ce rapport détonant paru dans Le Monde sur les profits extraordinaires faits par les compagnies pétrolières aux Antilles ?

Sur le nombre de chômeurs : 25% (contre 8% dans l’hexagone) obligés eux aussi d’acheter des produits cinq fois plus chers qu’en France hexagonale avec les mêmes allocations, certains avec bac+5, 6, 7 qui ne trouve pas de travail en Martinique.

Sur les marges exorbitantes des distributeurs ?

Et il y en a des sujets à décliner !!! Embauche systématique de cadres européens au détriment des cadres locaux, bétonisation des terres, malaise social… Pourquoi pas un portrait de cet homme qui dirige le collectif à la tête de la grève en Guadeloupe, devenu un héros pour toute la population guadeloupéenne ? Qui est-il, d’où vient-il, pourquoi cette adhésion incroyable des Guadeloupéens de toutes classes à cette mobilisation ? Mais peut-être que tous ces sujets ne vous intéressent pas, ne font pas people dans vos JT ?

Alors laissez-nous finir en vous disant que nous autres journalistes martiniquais avons le sentiment que cette crise est bien plus profonde que tout ce que nous avons pu vivre précédemment. Que le documentaire de Canal Plus diffusé la semaine dernière sur les békés de la Martinique, une caste de blancs créoles qui vit en autarcie et qui détient une grande partie de l’économie et des terres en Martinique, a profondément remué et choqué nos compatriotes et nous-mêmes et qu’à l’évidence, il y a des blessures profondes qui se réveillent. Il se passe des choses qui méritent des analyses, des visions et des explications.

Nous essayons de faire notre métier d’information le plus justement possible mais nous n’avons aucune prise sur les médias nationaux. Vous seuls pouvez choisir les angles qui vous intéressent : la communication de Matignon (qui aujourd’hui craint plus que tout la contagion aux autres DOM et aux français de l’hexagone), les annulations des tours opérators ou alors vous pouvez traiter tout le reste. Si jamais ça vous intéresse !!!

Bien fraternellement

Un collectif de journalistes martiniquais


12 février 2009

L'université en lutte

Si vous n'êtes pas complètement sourds ou isolés, vous devez savoir qu'à l'Université, on n'est pas content. Non seulement les gauchistes habituels, mais aussi tous les autres, les mous, les juristes, ULM, les présidents, les extraterrestres matheux, et même les autres !
Pourquoi qu'on est colère ? Si on écoute la radio (voilà des semaines que je n'ai pas regardé un jité), on saura que la réforme du statut des enseignants-chercheurs pose problème. Mais c'est loin d'être l'unique raison de notre colère. Il faut d'abord avoir en tête que les "réformes" que nous contestons sont, pour beaucoup, la conséquence logique de la LRU, contre laquelle nous protestions déjà l'an dernier. Cette année, la mobilisation a commencé par la "réforme" (destruction ?) des concours de recrutement du primaire et du secondaire (cf mon article sur ce sujet). A cela s'ajoutent le démantèlement des organismes de recherches (CNRS en tête), les "plans" "Campus" et "Licence" et le contrat doctoral unique, ainsi que la précarité de nombreux étudiants qui se voit aggravée par la modification des critères des bourses. Et comme dans tous les services publics aujourd'hui, la baisse de moyens humains et financiers, qu'il s'agisse de l'Université directement ou du CROUS. Evidemment, on pourra encore ajouter les nombreux attaques qui touchent à côté l'éducation de la maternelle au lycée : suppression des RASED, évaluation-bidon en CM2, "réforme" du lycée (abandonnée ?), casse du lycée professionnel et toujours, suppressions de postes purement comptables.

L'attaque est globale contre l'éducation en France. Ce qui transparaît, au-delà de la conception très "IIIe République" de l'enseignement qu'a notre gouvernement, c'est qu'en liant toutes ses "réformes", le fil conducteur est certainement celui, pathétique, de l'économie et de la lutte contre le service public. A chaque fois, la conséquence est la même : permettre, au détriment de l'avenir, de supprimer quelques postes par-ci, quelques postes par-là. Et c'est là qu'on atteint la stupidité rhétorique de notre président et de ses ministres. Combien de fois nous ont-il affirmé que l'avenir était celui de l'innovation et de la connaissance ? Que c'était par eux que nous sortirions la tête haute de la crise économique qui nous frappe ? Que l'éducation était la priorité absolue ? FOUTAISES ! Quel crédit d'ailleurs accorder à des hommes et des femmes qui ont érigé le mensonge en méthode de gouvernement ? Pour en revenir au sujet qui me concerne directement, l'enseignement supérieur et la recherche, prenez cinq minutes pour regarder cette vidéo qui place le discours de l'innommable face à la vérité. Quoique le plus impressionnant dans ce disoucrs n'était peut-être pas la multiplication des contre-vérités, mais bien le mépris dont fait preuve cet homme-là.






On le voit donc, les raisons de notre colère sont à la fois multiples et profonds (un peu plus que ne le laissent entendre les médias...) et il ne suffira pas qu'une médiatrice vienne apporter quelques modifications au décrét de notre très chère ministre pour que tout rentre dans l'ordre. N'ayant ni le temps, ni la capacité de développer toutes les raisons de notre colère, je vous renvoie vers d'autres articles, vidéos, etc. Autant de ressources qui vous permettront de mieux comprendre la crise qui se développe qu'en lisant les (très) partiels articles du Monde...

- Réforme des concours :
L'éducation au hachoir, 2e épisode : la réforme des concours
Sur la masterisation des concours de recrutement des enseignants
Greve contre la masterisation
Et la vidéo de Sauvons l'Université


- Sur la réforme du statut des enseignants-chercheurs :
Trois profs de droit analysent le projet

- Sur le buget :
Budget 2009, toujours moins

- Sur le "plan Licence" :
Communiqué de SLU
Analyse et propositions


Bref. Ce ne sont que quelques liens parmi tant d'autres. Pour ceux qui veulent approfondir la question, je vous conseille quelques sites : ceux de Sauvons l'Université et de Sauvons la Recherche, le site Universités et Universitaires en lutte, ainsi que le blog du journaliste de Libération Sylvestre Huet.

 

26 septembre 2008

Expulsions

Voilà ce que tu vas aller lire de toute urgence :

José Vieira est auteur de documentaires. La semaine dernière, il a proposé à Rue89 de raconter l’expulsion de Roms à laquelle il a assisté en gare de Massy-Palaiseau (dans l’Essonne, banlieue sud de Paris), le 17 septembre. Voici son récit et ses photos.

 

 

Sarkozy nous sauvera (si si si) !

sarko_grimace.jpgSarkozy a parlé ! C'était hier à Toulon. Il a dit ce qu'il pensait de la crise financière. Retour sur des paroles mémorables. (Voir aussi le joli commentaire de Benoit Hamon).

C'est assez édifiant en bien des points. Avant de s'attaquer au problème de la crise en elle-même, il nous a livré quelques réflexions intéressantes... "La peur est une souffrance. La peur empêche d'entreprendre, de s'engager. Quand on a peur, on n'a pas de rêve, on ne se projette pas dans l'avenir. La peur est la principale menace qui pèse aujourd'hui sur l'économie". La peur ? Celle du sans papier ? La suspicion généralisée qui est le fondement d'une politique sécuritaire à base d'Edvige, de Cristina et de caméras de surveillance ? Non point. Juste, "une crise de confiance sans précédent [qui] ébranle l'économie mondiale".

La première tâche dans cette crise est donc de lutter contre la peur en disant la vérité. Quelle vérité ? Celle d'un capitalisme débridé qui a permis à une minorité de s'en mettre plein les fouilles pendant de longues années ? Et qui, maintenant en crise, partagera bien gentiment le désastre ? "Dire la vérité aux Français, c'est leur dire que la crise actuelle aura des conséquences dans les mois qui viennent sur la croissance, sur le chômage, sur le pouvoir d'achat [...].La génération qui avait vaincu le communisme avait rêvé d'un monde, où la Démocratie et le marché résoudraient tous les problèmes de l'humanité. Elle avait rêvé d'une mondialisation heureuse qui vaincrait la pauvreté et la guerre. [Mignon et naïf toute à la fois, n'est-ce pas ?] Ce rêve a commencé à devenir réalité  : les frontières se sont ouvertes, des millions d'hommes ont été arrachés à la misère, mais le rêve s'est brisé sur le retour des fondamentalismes religieux [aïe], des nationalismes [ouille], des revendications identitaires [fichtre], sur le terrorisme [bigre], les dumpings, les délocalisations, les dérives de la finance globale, les risques écologiques, l'épuisement annoncé des ressources naturelles, les émeutes de la faim [dont la spéculation sur les matières premières ne porte aucune part de responsabilité...]." Ah ben oui, la crise financière, c'est la faute aux barbus. Qui n'y avions nous point pensé ? On mélange les tares du système capitaliste, celui qui est en crise (dumping, délocalisation, dérives de la finance globale) avec pleins d'autres trucs, comme ça c'est plus discret...

 

Bon quand même, il finit par nous parler vraiment de la crise. Il reconnait que c'est celle d'un système. "Ce système où celui qui est responsable d'un désastre peut partir avec un parachute doré, où un trader peut faire perdre cinq milliards d'Euro à sa banque sans que personne s'en aperçoive, où l'on exige des entreprises des rendements trois ou quatre fois plus élevés que la croissance de l'économie réelle, ce système a creusé les inégalités, il a démoralisé les classes moyennes et alimenté la spéculation sur les marchés de l'immobilier, des matières premières et des produits agricoles." Oh ! Notre cher président deviendrait-il anticapitaliste ? Ben non, car "ce système, il faut le dire parce que c'est la vérité, ce n'est pas l'économie de marché, ce n'est pas le capitalisme". Ouf, encore un peu il se laissait pousser la barbichette façon Illitch Oulianov, camarade.

"Le capitalisme ce n'est pas la primauté donnée au spéculateur. C'est la primauté donnée à l'entrepreneur, la récompense du travail, de l'effort, de l'initiative. Le capitalisme ce n'est pas la dilution de la propriété, l'irresponsabilité généralisée. Le capitalisme c'est la propriété privée, la responsabilité individuelle, l'engagement personnel, c'est une éthique, une morale, des institutions. Le capitalisme c'est ce qui a permis l'essor extraordinaire de la civilisation occidentale depuis sept siècles." Bref, revenons-en au capitalisme de papa. Enfin, celui d'arrière-grand-papa. A l'époque du patron paternaliste, d'Henri Ford qui payait un peu plus ses ouvriers pour qu'ils puissent lui acheter une voiture. Au capitalisme qui, régulièrement, faisait donner la troupe sur les grévistes. Le XIXe siècle. Cela dit, ça nous permettrait de retenter la révolution bolchévique, au point où on est, ça serait marrant. Comme ça on pourrait atteindre la phase centrale du raisonnement sarkozyen. Punir ! Brûler du bourgeois !

medium_Sarkozy_LePen.2.jpg"Vous voulez que je vous débarasse de ces racailles ?" hurlait le ministre de l'intérieur en campagne. Il recycle avec les "responsables" de la crise. Toujours aussi démago. Encore plus. Sauf que. Sauf que le problème est bien un problème systémique. Ca ne servira donc à rien de punir les responsables. Et puis quels responsables ? Les millions de boursicoteurs qui ont spéculés sur un marché fou d'innovation de haut niveau genre subprimes ? Les patrons et leurs parachutes dorés ? Comment pourrait-il punir ? Tous ont agi dans un cadre légal de dérégulation et de déreglementation. Ils n'ont fait que profiter d'un système mis en place par des politiques. Ces décisions politiques ont une énorme reponsabilité dans la situation actuelle... Ce sont Reagan et Thatcher qu'il faut punir ? M'étonnerait que ce soit ça que Sarkozy ait en tête... Enfin, de toute façon, tous sont juridiquement intouchables : c'est un système qui est en cause, pas des individus ! Bref, du vent, du bla-bla, qu'il nous pourra en aucun cas traduire dans les faits...

Finalement, on en revient toujours au même point dans la "réflexion" sarakozyste, dans sa rhétorique. Peur, responsabilité, culpabilité, punition, répression. Il confirme une fois encore quel est le noyau de sa pensée politique. Idéologie sécuritaire.

Forcément, il nous ressort les discours récurrent sur le manque de transparence, les rémunérations des dirigeants trop élevées, patati patata. La même chose à chaque crise financière... oubliée dès qu'on trouve une nouvelle niche pour spéculer. Du vent, encore. Il leur faurait un bon SLAM dans la gueule...

Tout ça pour en arriver à la conclusion qu'il doit accéler ces réformes. Il est fantastique ! Chaque obstacle est un signe qu'il faut accéler.La claque des municipales ? Un signe que les français trouvent que ça ne va pas assez vite... La crise financière ? Il faut aller plus vite encore. On a déjà droit à une nouvelle réforme chaque jour. Ca va plus être possible... Et puis critiquer l'autorégulation en continuant à libéraliser à tout va, ça manque un poil de cohérence non ? Privatisation de la Poste, libéralisation de la santé, diminution (et donc libéralisation) des retraites, suppression de fonctionnaires... Qui peut croire que c'est là que se trouve la sortie de crise ? Tout est bon...

Le seul point intéressant est finalement l'idée d'un nouveau Bretton Woods. Mais pour en faire quoi ? Je crains le pire...

 

Alors bon, qu'il vienne pas nous la jouer au gauchiste. Pour conclure je ne résiste pas à l'envie de vous livrer un commentaire halluciné d'un lecteur extra-terrestre du Monde... "Incroyable, invraisemblable, aux limites du ridicule!..... On croirait D. Strauss-Kahn au micro, F. Hollande ou B. Delanoë!!! N. Sarkozy va bientôt, après avoir pris des socialistes dans son gouvernement, faire une politique de gauche au nez et à la barbe de sa majorité médusée... Qui avait dit que l'Etat c'était le mal? R. Reagan et les néoconservateurs en faillite aux Etats-Unis! Vive l'Etat! Vive N. Sarkozy!!!!"

06 juin 2008

Quand le pétrole s'en va...

img_Blog_060705_petrole.jpgPêcheurs en grève. Routiers en grève. Agriculteurs en grève. Taxis en grève. Ambulanciers en grève. Tout ça pourquoi ? Pour une seule et même raison : le pétrole. Le pétrole qui flambe. Qu’est ce qu’ils veulent les bougres ? Que l’Etat leur assure le carburant moins cher. Histoire de continuer à gagner de l’argent quand ils travaillent. On les comprend. Mais le problème est bien plus large que ça. Le pétrole cher ça pourrait bien ne pas s’arrêter de si tôt. Voire ne pas s’arrêter du tout. D’où vient ce prix ? On parle de spéculation. C’est vrai que depuis l’éclatement de la bulle sur l’immobilier américain, les spéculateurs en tout genre sont revenus aux bons vieux profits sur les matières premières. Avec les conséquences qu’on sait sur les prix de l’alimentaire mondial. Et les matières premières, c’est aussi le pétrole. Sauf que l’effet de la spéculation sur le prix du baril, pour réel qu’il soit, ne serait bien que l’écume sur la vague. D’autres causes bien plus profondes sont aussi bien plus inquiétantes pour l’avenir, au moins économique, de la planète. La principale, c’est sûrement que la consommation n’a jamais été aussi élevée. Surtout avec le développement à réaction de la Chine et de l’Inde. Et puis, les pays producteurs ont appris depuis quelques décennies à ne plus se laisser pomper par les compagnies européennes et américaines. S’ajoute une autre cause, qui ne joue peut-être pas encore vraiment, mais qui sera réellement problématique dans les années à venir : la pénurie. Ben oui, le pétrole c’est pas comme l’or de Midas. Quand y en a plus, y en a plus.

Mais prend-on vraiment conscience du bouleversement que représentera la hausse continue des prix du pétrole puis la pénurie ? Les conséquences économiques et sociales seront énormes. Car aujourd’hui, TOUT repose sur le pétrole. Prenons l’exemple de l’alimentaire. La plus grande partie de ce qu’on bouffe est issu d’une agriculture productiviste. C'est-à-dire qui produit sur d’énormes surfaces exploitées grâce à des machines qui fonctionnent…au pétrole. Qui nourrit ses cultures avec des produits qui contiennent… du pétrole. Qui nécessite, pour rejoindre les centres urbains de consommation, des transports roulant… au pétrole. Et on va acheter tout ça au supermarché… avec du pétrole. Les prix de l’alimentation risquent donc bien d’exploser d’une telle façon que la famine, on la connaîtra aussi. De manière générale, nous sommes dans une économie mondialisée qui regroupe des nations spécialisées et interdépendantes. Ce système est viable tant que les coûts de transport sont minimes… Et tout cela sans compter l’effet kiss cool du pétrole à tout crin, le réchauffement et autres désastres environnementaux, qui nous rappellera un jour qu’à trop jouer les apprentis sorciers c’est peut-être à notre fin biologique que nous courrons.

En gros, je pense que nous sommes à l’aube d’une période très difficile, très compliquée. Une période où il faudra repenser tout l’ordre économique du monde en cherchant à limiter au maximum les conséquences sociales. Si on laisse faire la jolie technique du libéralisme économique ? Oh oui, les « anomalies » seront corrigées. Mais en combien de décennies ? Pour quel coût humain ? Non, il faudra repenser des solutions plus ou moins dirigistes, concertées, volontaristes, pour rendre possible une transition vers une économie en partie relocalisée. En agriculture comme en industrie. Et il faut être honnête, oser affirmer que la société de surconsommation on devra l’oublier. Finis les cadeaux bonux en plastique. Ben oui, le plastique c’est du pétrole aussi, et puis c’est fabriqué en Chine tout ça, transporté à coup de pétrole. Décroissance ? Si ça continue, nous n’aurons pas le choix.

Alors voilà. Une volonté qu’il nous faut. Pour reconvertir des activités condamnées (comme la pêche telle qu’on la pratique aujourd’hui par exemple), pour soutenir ceux qui n’arriveront pas à s’adapter, pour pousser la recherche. Il faut le dire, l’assumer et proposer une vision. Tout ça nécessite évidemment une réflexion de long terme et une intervention publique (donc il faudra s’atteler à repenser la fiscalité, ça pourrait bien être nécessaire…). Volonté, vision, honnêteté. Peut-on en attendre autant de notre gouvernement ? Il est clair que non. Y-a-t-il quelqu’un au PS capable d’assumer une telle position ? J’ai peur de la réponse.

 

Pessimiste ? On verra…

 

 

25 mai 2008

La diplomatie, c'est parler avec ses ennemis

220px-Hubert_Vedrine_2006_01_06.jpgHubert Védrine "chattait" sur lemonde.fr sur le sujet du Hamas. Entendre un homme politique français qui dit pas des conneries sur le sujet des affaires étrangères, ça fait plaisir. Il ne dit rien d'essentiel, mais ça fait du bien de le rappeler des temps en temps.

 

Pour commencer, la "communauté internationale", comme disent nos journaleux, "ce sont en général les Occidentaux et les Israéliens". Et l'ancien ministre de Yoyo de rappeler "qu'il y a dans le monde environ cinq milliards de gens qui ne sont pas occidentaux et qui contestent de plus en plus, on le voit avec les pays émergents, le droit aux Occidentaux de parler au nom du monde entier". Mise au point malheureusement nécessaire.

 

Sur la Hamas, la classification "terroriste", imposée par les USA, tout comme les conditions préalables à toute négociation, elles "ont [...] été inventées pour qu'aucun dialogue ne puisse se nouer". Et malgré ses indéniables positions extrémistes, il a remporté les élections. Et, "c'est tout à fait incohérent de la part des Occidentaux d'exiger des Palestiniens des élections libres et incontestables, ce qu'ils ont fait, et de décréter ensuite un blocus, un peu comme au Moyen Age, sous prétexte que les Palestiniens n'ont pas voté comme il faut".

 

"Il faut rappeler que la diplomatie a été inventée à l'aube de l'histoire pour traiter les problèmes autrement que par la guerre. La diplomatie ne consiste pas à se réunir avec des amis dont on partage les valeurs et à se congratuler, la diplomatie peut consister à parler avec des dirigeants ou des régimes qu'on estime horribles et dont on rejette catégoriquement toutes les valeurs, et il en a toujours été ainsi." Et donc "il faut se libérer de cette vision régressive que nous a imposée l'administration Bush, selon laquelle on ne parle pas à ses ennemis." Cela vaut pour le Hezbollah, l'Iran... 

 

Rien de révolutionnaire, bien sûr. Mais à l'entendre, j'aimerais qu'il soit resté dans le siège qu'occupe désormais Nanard Kouchner ! 

24 mai 2008

Encore une interview de Benoît Hamon

380180127.jpgComme je l'ai déjà expliqué ici, j'entend débattre d'idées plutôt que de personnes dans la discussion au sein du PS. Je ne veux donc être le fervent supporter ni de l'un, ni de l'autre de nos plus-ou-moins-futurs-candidats.

Mais quand j'écoute cette interview de Benoît Hamon, dont je parlais déjà ici il y a quelques mois... je ne peux pas m'emêcher d'aquiescer, d'être séduit. Sauf son histoire de fond souverain où j'ai pas tout compris.

 

 

 

 

 

13 mai 2008

Limiter les salaires ?

que_les_gros_salaires_1982.jpgLimiter les salaires. Vraiment, pas qu'un peu. Voilà une proposition qui peut paraître déplacée quand on ne parle que d'augmenter le pouvoir d'achat. Pourtant ce n'est peut-être qu'une manière radicale de poser le problème des inégalités de revenus. C'est en tout cas une idée qui me semble très rarement débattue. Je ne l'ai vue posée qu'une fois : dans le numéro de février de la Décroissance (débat entre Besancenot, Geneviève Adam d'ATTAC et Pierre Khalfa de Solidaires). C'est d'ailleurs en le refeuilletant que m'est venue l'idée de ce billet.
 
 
Quels seraient les avantages d'une limitation des salaires ? Ou plutôt d'une limitation des revenus, les revenus du patrimoine étant plus élevés que les revenus des salaires chez les plus riches.
 
Un avantage social d'abord : à une richesse donnée, l'existence de très haut revenus n'est possible que parce que d'autres sont ridicules. Décider d'une telle mesure s'accompagne donc d'un salaire minimum supérieur à l'actuel SMIC (voire un revenu minimum garanti bien supérieur au SMIC) Limiter les revenus pose la question de la méthode et de la destination des sommes dégagés. Si c'est par l'impôt qu'on créé cette limitation, voilà qui peut entraîner des ressources permettant de développer vraiment des services publics efficaces et gratuits. Par exemple. Une telle mesure me semble également pouvoir se conjuguer avec une diminution du temps de travail.
 
Avantage écologique peut-être. C'est notre mode de consommation qui est en cause face à la crise écologique. Limiter les revenus, c'est limiter les comportements excessifs d'une infime minorité. C'est surtout limiter les comportements d'une part de la population, conséquente cette fois, qu'on fait rêver avec les frasques de cette infime minorité. Et qui, par mimétisme, consomme des ersatz de luxes, encore plus mauvais écologiquement.
 
Un élément philosophique me semble également fondamental. On parle d'égalité, même à droite avec "l'égalité des chances", on parle d'individus, on parle de mérite, de "valeur travail". Y aurait-il des individus qui "valent" 10, 50, 100 fois d'autres individus ; des individus dont le travail mérite une récompense 10, 50, 100 fois supérieure à celle d'un autre ? Bernard Arnault a gagné 27 000 années de SMIC en 2006. 27 000. Comment peut-on justifier ça ?
Dans le même registre, ce serait finalement diminuer l'emprise du marché sur les conditions d'existences des êtres humains : on ne fixerait plus la valeur d'un être humain uniquement à la faveur de l'offre et la demande...
 
 
Alors évidemment je suis conscient que d'importantes limites s'opposent à une telle mesure. Je ne suis d'ailleurs pas convaincu qu'elle soit désirable, je reste à persuader, dans un sens comme dans l'autre. Par quelle méthode : limite stricte, impôt énorme au dessus d'un seuil... ? Comment définir ce seuil ? Je me doute aussi que notre chère Union Européenne ne nous le permettrait pas... ce qui ne me semble pas empêcher le débat. En gros, je n'ai aucune idée de la manière dont on peut caler économiquement une telle idée... mais elle me semble être une piste intéressante de discussion.

10 mai 2008

Cotiser 41 ans, "there is no alternative ?"

bertrand.jpgVoilà. Xavier Bertrand l'a dit et l'impose (il négocie mais annonce déjà le mot de la fin...), il faudra désormais avoir cotisé 41 ans pour obtenir une retraite à pension complète. Un argument de bon sens semble présider à un telle évolution : l'espérance de vie ne cesse de s'allonger, alors pourquoi ne pas travailler plus longtemps ? Revient aussi l'éternelle comparaison avec nos voisins : si d'autres pays l'ont fait, pourquoi se priver de ce progrès ? Et enfin, l'incontournable depuis Margaret Thatcher : il n'y a pas d'autre solution, "there is no alternative". Vraiment ?

 

D'abord, il faut souligner les limites d'une telle évolution. En effet, telle que tourne aujourd'hui la société française, le passage à 41 ans risque surtout d'être une baisse des pensions. D'une part parce que, les études s'allongeant, on entre de plus en plus tard sur le marché du travail ; d'autre part, et surtout, parce que le taux "d'emploi des seniors" n'est aujourd'hui que de 38%, quand bien même l'âge légal de départ à la retraite est de 60 ans, après 40 années de cotisation. Ce qui signifie qu'il y a déjà aujourd'hui un nombre considérable de travailleurs qui atteindront la retraite sans pension complète. Avec l'évolution voulue par Xavier Bertrand, ils seront plus nombreux et leurs pensions seront moins complètes. Evidemment, le ministre n'oublie pas de dire que faire évoluer cette situation est une de ses priorités. Reste qu'il n'explique pas vraiment comment il le fera, et qu'en l'état actuel des choses, sa réforme sera avant tout celle d'une baisse des pensions. N'aurait-il pas d'abord dû faire augmenter le travail des seniors avant d'allonger la durée de cotisation ?

Autre point : cet allongement "brut" à 41 ans ne prend pas en compte une donnée essentielle : l'influence de la pénibilité de l'emploi sur l'espérance de vie. Aujourd'hui l'espérance de vie d'un ouvrier est, de mémoire, d'environ 10 ans plus courte que celle d'un cadre. Si on prend l'argument principal de notre ministre - on vit plus longtemps alors travaillons plus longtemps - l'ouvrier devrait cotiser quelques années de moins que son supérieur.

Un dernier argument, moins concret, plus philosophique peut également s'opposer à cet allongement. Le progrès scientifique avance depuis des siècles dans le sens d'une augmentation de la productivité. N'est-il pas alors concevable de vouloir profiter de nos vies plus longues pour travailler proportionnellement moins tout en produisant plus ? Surtout que l'urgence écologique devrait nous rappeler l'absurdité de toujours vouloir produire plus.

 

Bien. Mais si malgré tous ces défauts, allonger la durée de cotisation est la seule solution pour sauvegarder notre régime de retraite par répartition, comment s'y opposer ? There is no alternative ? Il semble pourtant que oui, d'autres solutions existent, qui font que cette réforme n'est pas LA solution. Pour atteindre l'équilibre, le système des retraites peut donc augmenter la durée de cotisation, on vient d'en voir les inconvénients, augmenter le taux de cotisation, avec des répercussions sur les salaires et sur l'emploi, ou diversifier les sources de revenus. Dans cette dernière optique je voudrais signaler plusieurs pistes.

Une piste régulièrement évoquée est celle proposée par l'éternel gauchiste qu'est Philippe Seguin, premier président de la Cour des Comptes. Il a en effet pondu un rapport dans lequel il estime qu'en taxant les revenus autres que les salaires, et notamment les stock-options, on pourrait en tirer 6 milliards d'euros.

De son côté, Benoît Hamon propose ce qu'il appelle une "cotisation sur la valeur ajoutée". Principe relativement simple : plutôt que de faire payer les cotisations patronales en fonction du nombre de salariés (ce qui encourage par exemple à remplacer des emplois par des machines), il s'agirait de les calculer en fonction des bénéfices de l'entreprise.

Il existe encore près de 30 milliards d'euros d'exonération de cotisation sociale en faveur des employeurs. Certaines ont des effets bénéfiques sur l'emploi ou autre. D'autres moins. Faisons-en un inventaire exhaustif pour évaluer celles qui n'ont sont pas réellement utiles... et supprimons les.

Dernière piste que je soumet pour l'instant : les Français ont placé en gros 1000 milliards d'euros en assurance-vie. 1000 milliards. On en déplace 1% vers les retraites, ça fait 10 milliards... en combinant avec les pistes proposées au dessus, c'est bien plus que ce qu'il faut.

 

Bref. Dans l'absolu, je ne suis pas encore fixé sur l'idée de savoir si l'allongement de la vie doit se traduire par un allongement du travail. Même si je suis sensible à l'idée qu'on n'est pas sur terre que pour travailler. Mais ce qui est certain, c'est qu'une telle réforme ne devrait pas avoir lieu avant qu'on ait réglé la question du chômage des seniors et elle ne doit pas être conçue de manière uniforme, sans prendre en compte la diversité des situations. Et avant d'en arriver là, je crois qu'il y a un certain nombres de pistes à exploiter. J'en ai cité quelques unes, il y en a sûrement d'autres... Il n'y a pas UNE solution miracle, mais plusieurs ressources à exploiter conjointement.

 

10 mars 2008

Faut-il augmenter le pouvoir d'achat ?

picsou-or.jpgSi vous vivez sur une autre planète, vous n'avez peut-être jamais entendu parler de pouvoir d'achat. Et encore.
Depuis un sacré paquet de mois, c'est un putain de consensus : il faut augmenter le pouvoir d'achat. De la LCR au FN en passant par le PS et l'UMP. Il faut augmenter le pouvoir d'achat.
Moi j'aime pas les consensus, j'aime bien les débats et là, j'aime pas l'expression. Pouvoir d'achat ? On m'avait parlé de droits, de liberté, d'égalité, de répartition, de solidarité. Mais non, aujourd'hui, le plus important serait de pouvoir acheter toujours plus. Comme vous n'avez pas pu le rater, on vit déjà dans une société de surconsommation : le kiff de la mort c'est 4x4, écran plasma et iPhone. Si le pouvoir d'achat c'est plus de 4x4, plus d'écran plasma, plus d'iPhone... écoutez Ushuaïa-man, c'est sûr que nos enfants n'auront pas de planète. Surtout quand quelques milliards de chinois ou d'indiens voudront aussi gagner du pouvoir d'achat.

Je caricature (un peu), revenons en aux bases. Voilà comment Wikipédia définit (pas trop mal) le pouvoir d'achat en termes économiques : "En économie, le pouvoir d'achat d'un revenu donné est la capacité d'achat en termes de biens et services que permet ce revenu. En particulier, le pouvoir d'achat d’un ménage est la capacité d’achat que lui permet l’intégralité de ses revenus.".

Dans la population, on a plusieurs cas de figures. Des classes populaires qui ont réellement du mal à boucler les fins de mois. C'est-à-dire qui ont du mal à payer le minimum vital, logement, alimentation, éventuellement soins non couverts... Pour ceux là, il faut réellement faire quelque chose, surtout avec les prix qu'ont atteint l'immobilier et la hausse que connaissent certaines denrées essentielles. A l'opposé, on a des gros riches. Ceux là, on s'en fiche un peu de leurs soucis de pouvoir d'achat... ils n'en n'ont pas ! Entre les deux, on a le ventre mou des classes moyennes. Ceux-là arrivent peu ou prou à manger comme il faut, à se loger. Mais parfois, ils doivent pour cela rogner sur l'envie de consommation que leur ingurgite le "modèle de société" que créé, entre autres, la publicité.

Si on est de droite ça ne plait pas, forcément. On a travaillé plus, on a mérité de consommer plus. Mais que la gauche s'engouffre sans la moindre réflexion, y compris la gauche extrême, dans ce débat me trouble un peu plus. Il me semble qu'elle devrait poser la question avant tout en terme de redistribution. Pas de débat. J'ai pourtant l'impression qu'on est face à un réel un choix de société, dans un débat qui recoupe finalement celui de l'urgence écologique. Et en même temps que tout le monde est d'accord pour sauver le monde de la catastrophe écologique, tout le monde, sauf les "objecteurs de croissance", est d'accord pour sauver la consommation et surtout l'augmenter. Personne ne relève la contradiction.

Ce rush sur la question du pouvoir d'achat permet au PS de gagner des points politiquement. Mais il lui évite aussi de se poser la question qui devrait, à mon humble avis, être la question centrale de sa rénovation : comment répartir les richesses dans un monde fini ? Je n'ai pas la réponse. Mais si je suis sûr d'une chose, c'est que cette réponse n'est pas l'augmentation du pouvoir d'achat. La décroissance n'est peut-être pas la solution, mais si nous refusons d'en arriver là, il faudra très vite trouver comment mieux consommer, et finalement comment, globalement, moins consommer. Tout en corrigeant quelques menues inégalités sociales. Tayaut !

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